Niger : ces groupes armés qui menacent la stabilité de l’Etat dans une quête priseuse pour la restauration de Bazoum

Sécurité

(Les Echos du Niger) Alors que les autorités militaires au pouvoir sont confrontées à des attaques menées par des groupes djihadistes dans la région dite des trois frontières et autour du bassin du lac Tchad, un autre danger semble planer sur la sécurité du Niger. Cette fois-ci, le danger ne vient ni de l’Ouest, ni du Sud-Ouest, mais plutôt du Nord. Dans ces régions désertiques, peu peuplées où vivent des populations semi-nomades, et qui servaient jadis d’avant-poste au puissant Empire ottoman, plusieurs groupes rebelles se sont récemment formés.

Au total 3 groupes rebelles perturbent la sérénité du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie CNSP et la quiétude du pays. Ces groupes qui ont récemment vu le jour dans la région d’Agadez au prétexte de revendiquer le retour au pourvoir du président déchu Mohamed Bazoum mettent en jeux l’unité nationale, la fraternité et la cohésion sociale, ces piliers essentiels de la Nations acquis au prix du sang.  Mais qui sont-ils ces nigériens qui font planer le spectre de la rébellion armée sur le pays de feux Ibrahim Baré Mainassara et feux Tandja Mamadou ?

CRR, le mouvement mort-né d’un ex rebelle aux abois…

Le conseil de la résistance pour la République est le plus ancien des groupes rebelles ayant vu le jour au Niger après les évènements du 26 juillet 2023. Il est paradoxalement le moins actif. Son fondateur Rhissa Ag-Boula est une figure historique de la rébellion touareg des années 1991 et 2007. Il a combattu notamment aux côtés du célèbre chef rebelle Touareg Mano Dayak. Rhissa Ag-Boula est aussi un briscard de la politique nigérienne. Il a rejoint le gouvernement à de nombreuses reprises et a occupé entre autres le poste de ministre du Tourisme et celui de conseiller du président de la République sous Mahamadou Issoufou.

Proche de Mohamed Bazoum dont il était le ministre-conseiller en sécurité, il décide de lancer une rébellion au lendemain du coup d’État du 26 juillet. Officiellement, il réclame la libération de l’ancien président et un retour à l’ordre constitutionnel. Toutefois, malgré ses faits d’armes passés, Rhissa Ag-Boula et ses hommes peinent à mener des actions significatives et le groupe n’a revendiqué aucune attaque depuis sa création. La raison de cette  inertie qu’on pourrait qualifier d’un échec pour ce mouvement réside en la maturité des populations de la région septentrionale Agadez. Selon des sources locales, grâce à un travail de médiation préventive auprès de commutés d’élites locales le Gouverneur de la région d’Agadez le Général de brigade Ibrahim Boulama Issa en poste depuis août 2023 avec l’appui de chefs coutumiers et d’acteurs de la région ont su orienter les populations d’Agadez dans le sens de leurs intérêt. Cet intérêt qui est  la préservation de la paix et la sécurité  dans cette région est aussi l’intérêt de la Nations toute entière qui a tant souffert des affres de la rébellion. C’est ainsi que Rhissa Ag-Boula, a été désavoué par la majeure partie des anciens chefs rebelles touareg. Depuis ce mouvement finalement mort-né  n’arrive pas à constituer une solide base arrière. Pour les analystes de questions sécuritaires, le vieux renard du désert serait en train d’attendre le moment propice pour passer aux offensives, peut-être aux coté du FPL qui parvient à porter des coups au pouvoir en place.

Le FPL, la menace grandissante

Le Front patriotique pour la libération (FPL) est dirigé par un ancien rebelle dont la popularité n’égale pourtant pas celui de Rhissa Ag-Boula. Il est dirigé par Mahmoud Salah. Juriste de formation, après avoir passé quelques années à la faculté des sciences économiques et juridiques de l’université de Niamey, Mahmoud Salah retourne dans sa communauté toubou dans le nord du pays et lance avec quelques camarades une première rébellion : l’UFPR. Nous sommes au milieu de l’année 2019. Le groupe rebelle bénéficie des appuis en Libye et critique sévèrement les actions du président Issoufou qu’il considère comme étant un corrompu et un président népotiste. Après un court séjour en prison, l’homme est libéré et reprend ses activités de rebelle.

À l’époque, Mahmoud Salah appelle l’armée nigérienne à renverser le président Issoufou qui se serait allié (selon ses dires) aux terroristes. Il se présente aussi comme un partisan de l’unité africaine et un panafricaniste convaincu. Même si l’UFPR n’a jamais mené des actions de grande envergure, elle a attaqué à de nombreuses reprises des positions isolées de l’armée nigérienne faisant parfois des victimes. En 2022, le chef rebelle accepte de déposer les armes et est reçu par le président Bazoum. Il donne quelques interviews puis tombe dans l’oubli.

Au lendemain du coup d’État du 26 juillet, Mahmoud Salah reprend ses vêtements de combattant, mais ne peut plus compter sur ses anciens compagnons d’armes qui choisissent dans leur majorité d’accompagner l’action du CNSP. Il retourne dans le nord et parvient à recruter de nouveaux combattants. Après plusieurs mois d’inactivité, le groupe a récemment fait beaucoup parler de lui. Il a menacé de saboter les installations énergétiques du pays, notamment le pipeline Niger-Bénin dont il a détruit le 16 juin un important oléoduc. Il réclame lui aussi la libération de Mohamed Bazoum et considère que les généraux au pouvoir ne sont motivés que par des intentions personnelles et cupides. Ce groupe rebelle disposerait de moyens importants et les experts estiment que le nombre de combattants du FPL serait de quelques centaines tout au moins.

Le FPJ, ravisseur du préfet de Bilma…

Le Front Patriotique pour la Pustice (FPJ) est le dernier-né de ces mouvements rebelles. Il n’est pas pour autant le moins actif. Le 23 juin dernier, ce groupe a revendiqué l’enlèvement du commandant Amadou Torda, préfet de Bilma et de quatre éléments des forces de sécurité qui l’accompagnaient. Le mouvement réclame la libération du président Bazoum et l’organisation sans plus tarder de nouvelles élections. Mahamat Tori, son leader est une figure peu connue du grand public. Il s’agirait d’un infirmier de formation, toubou originaire des environs de Bilma. Il a très tôt délaissé la blouse blanche pour se tourner vers l’orpaillage, ce qui lui a permis de faire fortune. Certaines sources estiment que le FPJ compterait une centaine de combattants.

L’on apprend également que, Mahamat Tori aurait créé son groupe armé à la suite de divergence avec Mahmoud Salah. Pour se donner les moyens de ses ambitions, l’ex-infirmier s’est associé avec des alliés de taille. On peut mentionner les noms comme Mohamed Wardougou, qui est un des commandants du général Haftar dans la zone frontalière entre le Niger et la Libye. Il est aussi proche de l’ancien chef de cabinet de Mohamed Bazoum, Issa Galmey.

Des alliances en vue…

Dans une vidéo diffusée le 24 juin, le FPJ a appelé tous les patriotes sincères et résilients à le rejoindre et a salué le front CRR et le FPL qui œuvrent dans la même dynamique. Le 22 mai dernier, le CRR et le FPL ont signé un communiqué conjoint dans lequel il annonce la création à terme d’une coordination de tous les mouvements engagés dans la même dynamique qu’eux. Des sources concordantes annoncent aussi une future alliance entre FPL et FPJ, les discussions seraient en cours pour que le FPJ adjoigne ses forces à celles du FPL.

Si ce jeu des alliances peut permettre aux puissances rebelles de monter en puissance, la stratégie à adopter face aux insurgés ne fait pas l’unanimité au sein de la population nigérienne. Certains préconisent la méthode forte contre des groupes qui, selon eux, sont pilotés par les puissances occidentales. D’autres au contraire souhaitent qu’une négociation soit organisée dans le cadre d’un grand dialogue ouvert et inclusif.

Youssouf Sériba

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