(Les Echos du Niger 24 juin)Au début du mois de juin, le général Assoumane Abdou Harouna a présidé un conseil régional sur la sécurité de la capitale et ses alentours. Le communiqué sanctionnant la réunion est très explicite et indique que « face à la menace de sabotage du Front patriotique de libération (FPL) de Mahamoud Sallah », le gouverneur de Niamey a pris la décision de renforcer la vigilance et le niveau de sécurité autour de certaines installations à Niamey. Les installations de la Nigelec ainsi que les dépôts de la Sonidep sont particulièrement concernés par cette décision.
Depuis plusieurs mois, le CNSP affirme que la menace viendrait de l’extérieur, notamment du Bénin avec lequel les frontières terrestres restent fermées. Et pourtant, la vraie menace se trouverait peut-être à l’intérieur des frontières du pays. Si le FPL est un jeune mouvement rebelle né en août 2023 à la suite du renversement du président Mohamed Bazoum par un coup d’État, son chef Mahamoud Sallah n’est pas à ses premiers faits d’armes.
L’intérêt de l’homme pour la politique et le pouvoir n’est pas nouveau. Ancien étudiant de la faculté des sciences économiques et juridiques de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, Mahamoud Sallah se fait très vite connaître pour ses critiques virulentes contre le régime de l’ancien président Issoufou et contre le parti au pouvoir de l’époque, le PNDS-taraya. Après avoir quitté l’université, Mahamoud Sallah effectue des allers-retours entre le nord et le sud du Niger. Toubou de son état, un groupe ethnique qu’on retrouve des deux côtés de la frontière entre le Niger et la Libye ainsi qu’au Tchad, il aurait séjourné en Libye au cours de cette période.

En décembre 2019, alors âgé de 38 ans, Mahamoud Sallah est arrêté par les services spéciaux du Niger. Ces derniers l’accusent à l’époque de planifier des opérations pour empêcher l’exploitation pétrolière dans le nord. Les circonstances de sa libération ne sont pas clairement établies. Toujours est-il que ce séjour en prison n’a fait que renforcer les convictions de Mahamoud Sallah.
En août 2020, il crée avec un groupe d’amis, l’Union des Forces Patriotiques pour la Refondation (UFPR). Mahamoud Sallah justifie cette décision par la corruption et la mauvaise gouvernance qui régnaient selon lui dans le pays. Dans ces discours d’alors, il appelle au renversement du régime du PNDS mais précise n’avoir rien contre les forces armées nigériennes. Il demandait à cette dernière de prendre ses responsabilités pour renverser le pouvoir qui aurait affaibli les capacités de l’armée nationale et s’est allié aux terroristes.
Un mois après la création de l’UFPR, Mahamoud Sallah est à nouveau arrêté, cette fois-ci en Libye par des éléments armés proches du Maréchal Khalifa Haftar. Ces derniers lui reprochent d’être en procession des armes et munitions à bord d’un véhicule sans papiers. Très vite, des négociations sont lancées par les notables Toubous pour obtenir sa libération. Dans le même temps, plusieurs sources indiquent que le président Issoufou se met aussi à pied d’œuvre pour obtenir l’extradition de Mahamoud Sallah. Celui-ci sera finalement, une fois encore, libéré.
Entre 2020 et 2023, il poursuit ses activités de rebelle et s’attaque quelques rares fois à des postes avancés des forces de défenses et de sécurité nigériennes. Sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, il publie régulièrement des vidéos dans lesquelles il traite le président Issoufou et son successeur Mohamed Bazoum de dictateur et de plusieurs autres adjectifs peu élogieux.

En 2023, et alors que la rébellion n’a enregistré aucun succès militaire majeur, Mahamoud Sallah et ses hommes décident de faire la paix avec le président Bazoum qu’il vilipendait depuis lors. Un accord est conclu et l’UPRF accepte officiellement de baisser les armes sans condition. Si au cours du mois de mai 2023, Mahamoud Sallah fait la Une des journaux à Niamey, il finit vite par tomber dans l’oubli.
L’homme ne fait plus parler de lui jusqu’au mois d’août 2023. Après la chute du président Bazoum, Mahamoud Sallah tente dans un premier temps de ressusciter l’UFPR. Mais cette tentative échoue. Il est d’ailleurs désavoué par la majorité de ses anciens camarades d’armes qui déclarent soutenir le CNSP et le général Tiani. Mahamoud Sallah décide alors de créer un autre mouvement rebelle qu’il baptise le FPL. Il affirme son opposition au coup d’État et demande la libération du président Bazoum ainsi que sa remise en fonction.
Au plan national, le FPL jouit de peu de soutien. Il est majoritairement composé de Toubous, de Touaregs et d’Arabes, des ethnies minoritaires au Niger. Sans aucune assise populaire, le FPL tente de mener des actions de déstabilisation ciblée. Il a récemment multiplié ses attaques contre les positions de l’armée nigérienne. Cette nouvelle rébellion aurait, selon certaines sources, gagnées considérablement en puissance. Au début du mois de mai 2024, les hommes de Mahamoud Sallah ont attaqué un détachement de la garde nationale dans la localité de Siguidine. Le bilan reste inconnu. Le 16 juin dernier il met en exécution sa menace de saboter le pipeline transportant le pétrole brut nigérien vers le Bénin.
Face à la montée en puissance de cette rébellion, le CNSP a préféré jouer la carte de la prudence. Il a été annoncé un contrôle plus important de la distribution du carburant ainsi qu’un contrôle rigoureux sur les sorties des vivres à destination des zones considérées comme dangereuses. Il est aussi demandé à la population de redoubler de vigilance.
Youssouf Sériba

