(Echos du Niger 23 avril) Dans une atmosphère empreinte de gravité et de détermination, la Confédération Nigérienne du Travail (CNT) a tenu, ce mercredi 23 avril 2025, son congrès extraordinaire à l’Hôtel Sahel de Niamey. Un rendez-vous voulu décisif par ses organisateurs, mais lourd de controverses. Initialement prévu hier mardi, le congrès avait été suspendu suite à une requête de la Secrétaire Générale du SUMAC, introduite en référé auprès du juge le 21 avril. Ce dernier a acté au BEN/CNT, l’annulation de l’événement. Pourtant, défiant cette injonction judiciaire, la CNT a persisté et signé car le congrès s’est tenu, en dépit des risques de crise ouverte.
À l’origine de ce bras de fer, un différend profond et toujours non résolu entre la CNT et le SUMAC. Bien que la cour d’appel ait débouté ce dernier le 9 avril dernier, l’affaire reste juridiquement pendante, le SUMAC peut encore se pourvoir en cassation. En cela, le congrès de la CNT s’inscrit dans une zone grise légale et morale, où la légitimité statutaire invoquée notamment l’article 16 des statuts confédéraux se heurte à la prudence institutionnelle qu’imposent les procédures en cours.
Pour les défenseurs de la tenue du congrès, l’urgence est claire : il faut redynamiser une CNT en perte de repères et de cohésion, dans un contexte socio-économique particulièrement tendu. Le Secrétaire Général, dans son discours d’ouverture, a évoqué l’impératif de refondation, la montée en puissance de nouveaux syndicats membres, la nécessité de répondre aux aspirations des travailleurs, et l’importance de faire bloc face aux défis contemporains notamment l’insécurité, l’éducation en crise, la souveraineté économique et sociale sans trahir la vocation de la CNT. A ce titre, il a indiqué « La CNT est apolitique et les décisions sont prises dans le cadre d’un débat d’idées. Alors, nous demandons aux marchands d’illusions de s’écarter de la conduite démocratique des actions de la confédération et de ses affiliés. Car, nous combattrons à la CNT, tous ceux qui ont des idées préconçues et stéréotypées sur notre confédération, qui dans son combat ne vise que l’amélioration des conditions de vie et de travail de ses militants ».

Mounkeila Halidou par ailleurs aussi rappelé les racines historiques de la CNT, née en 1996 avec seulement 5 syndicats, aujourd’hui forte de 65 syndicats affiliés. Le message est clair, la CNT veut se projeter, malgré les querelles intestines.
Car derrière cette volonté affichée de relance, se cache un forcing périlleux. Organiser un congrès extraordinaire alors que le contentieux avec le SUMAC est loin d’être épuisé, c’est exposer la CNT à une fragilisation juridique et à une fracture interne irréversible. Cette démarche interroge : est-ce un acte de courage politique ou une dérive autoritaire ? Est-il raisonnable de parler de dialogue social alors que la contestation bat son plein jusque dans les prétoires ?
Le SUMAC, par la voix de sa Secrétaire Générale Dame Doumbia, pourrait ne pas en rester là. Le silence, jusqu’ici stratégique, pourrait céder la place à une contre-offensive, tant sur le terrain judiciaire que syndical. Les prochaines heures s’annoncent décisives pour l’avenir de la CNT, et plus largement, pour la crédibilité du syndicalisme nigérien.
Au terme d’une journée des travaux, plusieurs recommandations ont été formulées, notamment la confirmation du 10 novembre 2025 comme date du 6ème congrès ordinaire, qui marquera la fin du mandat actuel du Bureau Exécutif National (BEN/CNT). Les congressistes ont également recommandé sur la nécessité de préserver un climat de dialogue social apaisé, condition sine qua non pour une refondation réussie.
Mais le ver est déjà dans le fruit. Ce congrès, loin de réconcilier, pourrait bien accentuer les fractures. Le syndicalisme nigérien est-il à la croisée des chemins ? À vouloir avancer coûte que coûte, la CNT risque-t-elle d’y laisser son âme ? La question reste entière.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)
