Le chiffre est considérable : 2,5 milliards de barils. un chiffre qui indique que le Niger vient de découvrir l’un des plus importants gisements pétroliers de son histoire. Du moins jusqu’ici mais il faut toutefois nuancée.
Lors de son point de presse, le ministre du Pétrole, Hamadou Tini de ce mercredi, a justement distingué plusieurs catégories de ressources. La première donnée importante concerne les 255 millions de barils estimés en 2018 en réserves 2P. Dans l’industrie pétrolière, cette catégorie regroupe les réserves prouvées et probables associées à des découvertes déjà réalisées.
Les 2,5 milliards de barils correspondent à une autre catégorie : des ressources prospectives, évaluées à partir d’une étude réalisée en 2023 sur le nord du bloc.
Autrement dit, le pétrole est considéré comme potentiellement présent sur la base des connaissances géologiques et géophysiques, mais les volumes doivent encore être confirmés par forage. C’est précisément l’enjeu de la campagne lancée le 13 août.
Quatre puits pour répondre à la question décisive…
Le programme prévoit quatre puits d’exploration sur deux ans. Kafra Sud-Est 1, premier de la série, doit descendre à environ 3 900 mètres. Les résultats permettront de répondre à plusieurs questions : y a-t-il effectivement des hydrocarbures dans les structures ciblées ? Dans quelles quantités ? Les réservoirs permettent-ils un débit commercialement viable ? Et surtout, l’exploitation serait-elle rentable après prise en compte des infrastructures et des investissements nécessaires ?
C’est pourquoi aucune date de production commerciale ne peut encore être fixée. Un autre potentiel mérite attention : environ 168 millions de barils d’huile lourde ont également été évoqués. Sous réserve de confirmation technique et économique, cette ressource pourrait servir à une production de bitume et réduire une partie des besoins en matériaux routiers.
Un projet qui entre dans une nouvelle phase…
L’exploration pétrolière de cette zone faut-il le rappeler ne commence pas en 2026. Des forages avaient déjà été réalisés à Séguédine en 1974 et Tiffa en 1975. SIPEX, filiale de Sonatrach, intervient sur Kafra depuis 2005.
Depuis, quelque 2 205 kilomètres de sismique 2D et 760 km² de sismique 3D ont été acquis et interprétés, tandis que deux puits d’exploration ont été réalisés en 2018 et 2019. Kafra est donc moins une découverte soudaine qu’un pari pétrolier vieux de plusieurs décennies qui entre aujourd’hui dans une phase de vérification déterminante.
Si les quatre forages confirment une partie substantielle du potentiel annoncé, la question ne sera plus seulement de savoir combien de pétrole se trouve sous Kafra, mais combien peut être extrait de manière techniquement et économiquement viable.
Youssouf Sériba
