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Niger : la réglementation du pain courant se heurte à la résistance des boulangers

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(Echos du Niger 3 août) Par un arrêté N°0058MC/I/ANMC en date du 11 juillet, le ministère du Commerce et de l’Industrie du Niger, sur rapport de l’Agence Nigérienne de Normalisation, de Métrologie et de Certification (ANMC), a procédé à une refonte rigoureuse des normes encadrant la fabrication, le conditionnement et la commercialisation du pain courant. Cette décision marque un tournant majeur dans la quête d’un pain plus sain, plus contrôlé et conforme aux exigences sanitaires et nutritionnelles. Sauf que, les nouvelles exigences auxquelles le Ministère en charge du commerce astreints les boulangers n’ont pas trouvés l’assentiment de ces derniers. Réunis au sein du Syndicat Patronale de ces boulangers du Niger (SPBN), les promoteurs des boulangeries dans la ville de Niamey annoncent une grève ce lundi 4 et mardi 5 août.

Au-delà des aspects techniques à savoir dosage précis des ingrédients, interdiction du bromate de potassium, exigences d’hygiène strictes et obligation de traçabilité l’arrêté s’inscrit dans une logique de sécurité alimentaire et de santé publique. Le pain, aliment de base pour une majorité de Nigériens, se devait de sortir de la zone grise dans laquelle s’épanouissaient jusqu’ici certaines pratiques douteuses : usage d’additifs toxiques, farine de qualité douteuse, poids arbitraire, absence d’étiquetage…

Le texte précise désormais les différents types de pains (baguette, bâtard, gros pain, boulette…) et impose un poids moyen de 250 g par unité, avec une tolérance de 5 %. Il impose aussi un étiquetage réglementaire, un stockage conforme, et conditionne toute activité de boulangerie à un certificat de conformité délivré par l’ANMC.

Mais derrière cette salutaire volonté de normalisation se posent plusieurs défis. Le premier est celui de l’application réelle du texte. Nombre de boulangeries artisanales, souvent non déclarées, ne disposent pas des moyens techniques et humains pour satisfaire à ces exigences. Le risque d’un marché parallèle est donc bien réel si la réforme n’est pas accompagnée d’un dispositif d’appui, de formation et de suivi.

Ensuite, la question du contrôle demeure cruciale. L’ANMC, bien que compétente, est-elle en mesure d’effectuer des inspections régulières dans toutes les régions ? Quelle sera la capacité du ministère à faire respecter les interdictions d’additifs toxiques ?

Enfin, reste l’enjeu du prix du pain, qui n’est pas fixé dans l’arrêté, mais dont les modalités sont renvoyées à une décision ultérieure du ministre. Le respect des nouvelles normes risque de faire grimper les coûts de production, que les boulangers pourraient répercuter sur le consommateur, dans un contexte de crise économique persistante.

Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

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