Niger: Orano saisit la justice suite à l’interpellation du DG de sa filiale et la perquisition de ses locaux à Niamey

Justice Mines Niger

(Echos du Niger 13 mai)La firme française Orano (ex AREVA) a annoncé, ce mardi 13 mai dans un communiqué, avoir saisi le procureur de la République du Niger pour “arrestation arbitraire, détention illégale et confiscation injustifiée de matériels propriété des sociétés nigériennes”. Cette décision intervient en réponse à l’irruption de forces de sécurité nigériennes le 5 mai dernier dans les bureaux des filiales Somair, Cominak et Orano Mining Niger à Niamey, à l’issue de laquelle son Directeur général pour le Niger  « aurait été conduit à la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) », a précisé le géant mondial du nucléaire civil, en froid avec les autorités militaires du Niger  (CNSP) depuis les évènements du 26 juillet 2023 et dans le sillage du bras de fer diplomatique entre Niamey et Paris.

« Orano s’indigne d’une telle intervention dont ni le cadre légal ni les motifs n’ont été établis, et a décidé par conséquent de saisir le procureur de la République du Niger pour arrestation arbitraire, détention illégale et confiscation injustifiée de matériels propriété des sociétés nigériennes, filiales d’Orano et de l’État du Niger« , a annoncé le groupe français dans son communiqué transmis ce mardi aux médias.

Le groupe a aussi précisé qu’aucune communication n’a pu être établie avec le Directeur d’Orano Mining Niger [Ibrahim Courmo Barcourgné] depuis son arrestation, que l’entreprise qualifie d' »arbitraire et extra-judiciaire« . Et d’ajouter que depuis, “la police empêche l’accès aux locaux des filiales à Niamey”.  Du matériel informatique ainsi que les téléphones portables de l’ensemble du personnel ont été saisis, et les directeurs généraux des filiales ont été entendus et interrogés sur place, a ajouté le groupe.

Bras de fer judiciaire

Cette saisine de la justice nigérienne est un nouvel épisode du bras de fer judiciaire entre le spécialiste du combustible nucléaire, dont l’Etat français détient 90% du capital, et les autorités nigériennes depuis les évènements du 26 juillet 2023 et l’avènement des militaires du CNSP au pouvoir. Un bras de fer sur fonds de persistance de la brouille diplomatique entre Niamey et Paris alors que le gouvernement nigérien ne cache plus son ambition d’affirmer sa souveraineté sur les ressources naturelles du pays notamment l’uranium que la France exploite depuis plus de cinq décennies sans véritable retombées pour les populations.

 En juillet dernier, Orano s’est vu retiré par les autorités de Niamey, le permis d’exploitation du méga gisement d’Imouraren (200.000 tonnes de réserves) et en fin d’année 2024, le groupe français a confirmé avoir perdu l’an dernier le contrôle opérationnel de sa filiale chargée d’exploiter la seule mine d’uranium active du pays , la SOMAIR après la fermeture de la COMINAK en 2021. Quelques 1400 tonnes du métal jaune restent toujours stockées dans cette mine située dans le nord du pays. ORANO a déjà intenté deux recours en arbitrage international contre le Niger.

Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *