Mali: Comme au Niger, les Partis officiellement dissous et les activités politiques désormais interdites

Gouvernance Mali Politique

(Echos du Niger 13 mai) C’est désormais officiel au Mali où la Transition s’arrime à la Refondation au Niger! Les partis politiques et les organisations à caractère politique sont officiellement dissous sur toute l’étendue du territoire national selon un décret signé, ce mardi 13 mai 2025,  par le Président de la Transition, le général d’Armée Assimi Goita, à la suite d’un Conseil extraordinaire des ministres qu’il a présidé au Palais de Koulouba. Une dissolution qui ne surprend guère au regard de la succession des évènements ces derniers jours avec l’adoption par le Gouvernement puis le Conseil national de la Transition (CNT) des principales recommandations des consultations régionales et nationales menées dans le cadre de la relecture de la Charte des partis politiques. Désormais donc et malgré la levée de boucliers de l’essentiel des 300 formations politiques que comptent le pays, Bamako s’aligne sur Niamey  en suspendant toute activité politique, ce qui comme au Niger, pourrait ouvrir la voie à un nouveau quinquennat de cinq (05) ans au Général-Président, au pouvoir depuis 2020, après avoir pris le pouvoir grâce à la fronde menée par des partis politiques et associations civiles contre le régime du défunt président IBK.

Les choses sont allés très vite au Mali où, au lendemain e l’adoption par le CNT, le Parlement de la Transition, des textes qui lui ont été soumis par le gouvernement sur le projet de loi relatif à l’abrogation de la loi portant Charte des partis politique et celle relative au statut de l’opposition, le Président Assimi Goita a signé un décret portant dissolution des partis politiques. « Les partis politiques et les organisations à caractère politique sont dissous sur toute l’étendue du territoire national », a indiqué le ministre chargé des réformes politiques, Mamani Nassiré, qui intervenait sur la chaine publique ORTM, après la tenue d’un Conseil extraordinaire des ministres. « Toute violation des dispositions du présent décret expose les auteurs et complices aux sanctions prévues par les lois et règlements en vigueur », a averti le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des réformes politiques et du soutien au processus électoral, avant de préciser, toutefois, que « les personnes en exercice dans les institutions politiques et administratives de l’État en vertu d’une désignation de partis politiques ou organisations politiques peuvent poursuivre leurs missions sans pouvoir se réclamer de leurs qualité de représentants de partis politiques ou d’organisations à caractère politique ».

Réformes politiques et institutionnelles

Ce que redoutait les partis politiques et les organisations “pro-démocratie” a fini par arriver et c’est loin d’être une surprise. Selon le communiqué publié par le gouvernement à l’issue du Conseil des ministres, le projet de décret qui a été adopté et par la suite signé par le Chef de l’Etat s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la recommandation relative à la dissolution des partis politiques et son extension aux autres formes d’organisations à caractère politique. « Il dissout les partis politiques et les organisations à caractère politique sur toute l’étendue du territoire national”, a indiqué le gouvernement pour qui “cette mesure qui  porte pas atteinte à la démocratie et au multipartisme ».

Le décret portant dissolution des partis politiques et des organisation à caractère politique prescrit entre autres  l’interdiction de toute réunion des membres des partis politiques et des organisations à caractère politique dissous;  l’interdiction à toute personne de favoriser la réunion des membres d’un parti politique dissous, notamment en consentant l’usage d’un local dont elle dispose ou la mise à disposition de tout autre moyen à des fins politiques; l’interdiction de toute activité comme fondateur, président, directeur ou administrateur des organisations dissoutes ainsi que  l’interdiction de toute autre activité politique ou à caractère politique de la part des organisations dissoutes.

 Contestation des partis politiques et organisations pro-démocratiques

« La dissolution par Décret des partis politiques ce jour mardi 13 mai 2025 est d’une tristesse profonde pour la démocratie multipartiste et tristesse encore plus profonde pour le Mali! Dans le contexte actuel, les partis politiques sont davantage le thermomètre que la fièvre. En outre, cette décision porte un coup sévère à la dynamique de réconciliation engagée l’année dernière. Que le Tout Puissant éclaire les esprits, adoucisse les cœurs et, surtout, sauve notre pays! », a réagit à chaud sur les réseaux sociaux, l’ancien Premier ministre Moussa Mara, président du parti YELEMA.

Il faut dire que les partis politiques maliens et les associations de la société civile “pro-démocratie” étaient sur le pied de guerre depuis quelques temps suite à ce qu’ils considéraient comme une velléité affichée des autorités de transition de mettre fin au multipartisme pourtant instauré dans le pays depuis la Constitution de 1992.

La concertation nationale organisée par le pouvoir, dans la suite des assises nationales de 2021, avait préconisé la dissolution des partis et le durcissement de leur création avec une caution de 100 millions exigés pour la création de toute nouvelle formation ainsi que la fin de la subvention politique. La  rencontre  marquée par la présence des soutiens du régime mais boycottée par la plupart des formations politiques,  avait également proposé la proclamation sans élection cette année du général Assimi Goïta comme président pour un mandat de cinq ans renouvelable. Ce qui a révolté les leaders et partis politiques qui se sont regroupés au sein d’une nouvelle coalition d’une centaine qui a entamé des manifestations pour « exiger la fin effective de la transition politico-militaire au plus tard le 31 décembre 2025 » et appeler « à la mise en place d’un calendrier de retour rapide à l’ordre constitutionnel ». Elle a aussi « catégoriquement » rejeté la décision des autorités de transition de suspendre les activités des partis politiques et des associations.

Après une première tentative de tenir des manifestations les 2 et 3 mai, sabotées par les soutiens du régime, celles prévues le weekend ont été interdites par les autorités qui ont décidé de suspendre les activités politiques pour raison de “trouble à l’ordre public”.

Des réformes institutionnelles contestées par les partis politiques désormais dissous, ce qui ouvre un boulevard aux autorités de transition. Selon le ministre en charge des réformes politiques, il ne s’agit nullement de mettre fin au multipartisme comme mis en avant par la classe politique. « Le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, a assigné une mission précise, celle de poursuivre les réformes afin de donner satisfaction au peuple malien sur la base d’un certain nombre de recommandations formulées lors des assises nationales de la refondation » de décembre 2021 », a déclaré Nassiré pour qui, l’objectif est de « gérer la vie politique de façon sereine et en harmonie avec notre option de souveraineté« .

Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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