(Echos du Niger 13 mai) Face aux crises multidimensionnelles qui secouent la région sahélienne (violences armées, instabilité politique, changement climatique, pauvreté chronique) un nouvel espoir émerge porté par les femmes. Un rapport inédit met en lumière les voix et recommandations de 150 organisations engagées pour un avenir pacifique et inclusif au Sahel, avec les femmes et les filles comme actrices centrales du changement. Le rapport « Dialogues pour la paix : les femmes au cœur du changement au Sahel », fruit de six tables rondes organisées au Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad, Mauritanie et en Belgique, dresse un plaidoyer sans équivoque : investir dans les femmes, c’est investir dans la paix.
Plus de 180 participants représentant 150 organisations du réseau ‘’Elles du Sahel’’ ont contribué à ce document structuré autour de neuf grandes recommandations. Celles-ci insistent sur la nécessité de reconfigurer les politiques de développement et de sécurité en centrant les efforts sur l’équité de genre, la participation communautaire et la gouvernance inclusive.
Le document relève l’urgence d’agir. Pour cause, la situation humanitaire au Sahel est alarmante : 5,4 millions de déplacés, plus de 14 000 décès liés aux violences en 2024, et 2 millions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë. Pourtant, les financements s’amenuisent, les donateurs se retirent, et la communauté internationale semble résignée.
« C’est un silence assourdissant », déplore une participante burkinabè à l’étude. D’autres voix appellent à ne pas “abuser de la résilience” des femmes, souvent en première ligne sans moyens suffisants. C’est pourquoi le rapport tire la sonnette d’alarme : cette indifférence croissante ne peut plus durer.
Des recommandations concrètes et stratégiques…
Après avoir dressé le diagnostic de la situation, le rapport, propose des actions en vue d’améliorer la situation des femmes et renforcer leur implication dans la quête de solution pour les différentes crises au Sahel. C’est d’ailleurs, ce qu’à relevé Mme Nafissatou Idé Représentante du Réseau ‘’Elles du Sahel’’ au Niger lors de la cérémonie de restitution du rapport le samedi 10 mai à l’hôtel Bravia de Niamey en présence de la Ministre de la Population, de l’Action Sociale et de la Solidarité nationale Pr Sidikou Ramatou Djermakoye Seyni et plusieurs autres invités de marque. « C’est une boussole stratégique pour des réponses plus justes, plus efficaces, plus proches du terrain. Il propose des recommandations, mais aussi une feuille de route concrète, dans un contexte marqué par une insécurité persistante, un recul inquiétant des financements en faveur du genre, et un rétrécissement de l’espace civique pour les organisations de femmes » indique Nafissatou Idé.
Pour renverser la donne, il faut en priorité assurer un soutien accru aux organisations de la société civile (OSC), notamment celles dirigées par des femmes, renforcer leur fédération, et les inclure dans toutes les instances de décisions. L’Alliance Sahel est ainsi appelée à jouer un rôle catalyseur, en orientant les financements vers des initiatives centrées sur les femmes et les filles.
Le rapport plaide aussi pour une réelle “localisation” des actions, où les communautés participent activement aux décisions, loin des logiques descendantes qui ignorent souvent les réalités locales. Cela inclut la reconnaissance des savoirs endogènes, la formation de leaders féminins, et un soutien institutionnel aux OSC locales.
« La démarche portée par Les Elles du Sahel s’inscrit parfaitement dans les priorités stratégiques du Gouvernement du Niger, en particulier en matière de promotion des droits des femmes, de protection de l’enfance, et de renforcement de la résilience communautaire. Dans un contexte sahélien marqué par des crises sécuritaires, économiques, sociales et climatiques, les femmes et les filles demeurent parmi les plus vulnérables, mais aussi parmi les plus résilientes et innovantes » a souligné la ministre de la population, de l’Action Sociale et de la Solidarité nationale lors de la cérémonie de présentation du rapport.
Cette étude démontre par ailleurs, que les femmes sahéliennes ne sont pas seulement victimes des crise multiformes qui frappe le Sahel, elles sont aussi des actrices de paix, de la cohésion sociale, et du développement durable. A ce titre, elles doivent être incluses dans les processus de médiation, les plans d’adaptation au changement climatique et les programmes de lutte contre la violence.
« Notre seul espoir est la paix, et investir dans les femmes et les filles, c’est investir dans une paix durable », rappelle une participante mauritanienne.
Enfin, le rapport invite les bailleurs de fonds à revoir leurs priorités : moins de dépenses sécuritaires, plus de moyens pour l’éducation des filles, les droits sexuels et reproductifs, et la justice de genre. Il s’agit de passer d’un soutien symbolique à un engagement structurant, long terme, et adapté au contexte sahélien.
Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

