(Echos du Niger 7 mai) Dans un communiqué transmis mardi aux médias, la multinationale française ORANO (ex Areva), a confirmé que des forces nigériennes ont perquisitionné, lundi 5 mai, le sièges de ses filiales Somair, Cominak et Orano Mining Niger à Niamey. Des équipements ont été saisis et un responsable, le DG d’Orano Niger, a été interpelé a aussi annoncé le géant du nucléaire civil qui se dit “préoccupés” par la situation.
C’est un nouvel épisode du bras de fer qui persiste depuis le 26 juillet 2023 entre les autorités militaires nigériennes et la firme française, sur fond de tensions entre Niamey et Paris depuis l’avènement du CNSP au pouvoir et sa volonté d’assurer la souveraineté nationale sur l’exploitation des ressources naturelles notamment l’uranium que la France exploite depuis plus de cinq décennies.
« Le lundi 5 mai, il semble que les forces de l’ordre nigériennes soient intervenues au siège des filiales Somair, Cominak et Orano Mining Niger à Niamey, et que des équipements aient été saisis », a confirmé Orano dans un communiqué transmis aux médias mardi en fin de journée. « Nous sommes très préoccupés par la situation, car nous n’avons pas été en mesure de contacter le représentant d’Orano au Niger à ce stade », a ajouté le géant français du nucléaire civil dans le communiqué cité par Reuters et repris par l’AFP.
Selon plusieurs sources, dans l’après-midi du lundi, des agents de la toute puissante Direction générale de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DGDSE), les services de renseignements et de contre-espionnage nigériens, ont fait irruption dans les locaux des 3 filiales de la firme française au Niger, situés au sein de la “Maison de l’Uranium”, sur la route de l’Aéroport, un immeuble justement réalisé par Orano. Ils ont perquisitionnés les sièges pendant plusieurs heures et emportés du matériel informatique ainsi que le DG d’Orano Niger, Ibrahim Courmo Barcourgné (ancien directeur d’exploitation de la Somair), une des filiales de la firme française. Par la suite, les locaux ont été mis sous scellés et l’accès depuis interdit au personnel.
Bras de fer entre le Niger et Orano sur fonds de tensions diplomatiques entre Niamey et Paris…
Ce nouvel épisode témoigne de la persistance du bras de fer entre Orano et les autorités militaires nigériennes depuis le coup d’Etat du 26 juillet 2023 contre Bazoum Mohamed et l’avènement du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) au pouvoir. Un bras de fer sur fonds de tensions diplomatiques entre Niamey et Paris.
Début décembre dernier, la multinationale française avait annoncé avoir perdu le contrôle opérationnel de la mine de Somair, dont Orano détient environ 63%, et le reste revenant à l’État du Niger à travers la SOPAMIN. Près de 1.400 tonnes de concentré d’uranium sont stockées dans cette mine situées dans le nord du pays.
En juin 2024, Orano avait déjà signalé que le Niger avait retiré un permis d’exploitation à sa filiale Imouraren, ce qui la prive de l’exploitation d’un gisement de près de 200.000 tonnes du métal jaune. Pour faire valoir ses droits, Orano a intenté deux recours d’arbitrages à l’international et a stoppé le processus de réaménagement du site de la Cominak, près d’Arlit. Ce qui a poussé une ONG locale d’assigné la société en justice.
Pour Niamey, il s’agit de réaffirmer la souveraineté du pays sur l’exploitation de ses ressources naturelles notamment minières dont l’uranium que la France exploite depuis près de cinq décennies sans véritable retombées pour les populations comme l’a récemment exprimé le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine, lors d’une conférence de presse, en marge d’un déplacement à Washington où il a pris part aux Assemblées générales de la Banque mondiale et du FMI.
En clair, les autorités nigériennes veulent pousser Orano à la porte pour chercher de nouveaux partenaires, des contacts ayant déjà été pris avec la Russie, l’Iran, la Chine ainsi que la Turquie, les nouveau alliés stratégiques du pouvoir de Niamey dirigé par le Général d’armée Abdourahamane Tiani et qui rompu toute relation avec l’ancienne puissance coloniale. A l’image du Burkina Faso et du Mali, ses alliés au sein de la Confédération des États du Sahel (AES).
Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

