Mines : le gouvernement reprend le contrôle de la Somair, Orano cris à ‘’l’ingérence’’

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(Les Echos du Niger 5 déc) En plein contentieux avec les autorités nigériennes, le géant français de l’uranium Orano (ex Areva) a annoncé ce mercredi dans un communiqué, avoir perdu le contrôle de sa principale filiale au Niger. Un nouvel épisode du bras de fer qui ne cesse de s’amplifier entre Niamey et Paris, depuis le coup d’état du 26 juillet 2023 et l’arrivée des militaires du CNSP au pouvoir.

Pour beaucoup d’observateurs, ce n’est pas une surprise au regard de la tournure prise par les évènements ces derniers mois entre la multinationale française spécialisée dans le nucléaire civile et les nouvelles autorités nigériennes à propos de la Société des mines de l’Air (Somair), située dans le nord du pays et co-détenue par les deux partenaires à hauteur de 63,4% pour Orano et 36,6% pour l’Etat du Niger à travers la Société du patrimoine des mines du Niger (SOPAMIN). Dans le communiqué publié ce mercredi, le spécialiste français de l’uranium a affirmé que les autorités nigériennes avaient « pris le contrôle opérationnel » de sa filiale minière au Niger rappelant au passage que depuis plusieurs mois, « Orano alerte sur les ingérences que le groupe subit dans la gouvernance de la Somaïr, dont il est actionnaire majoritaire et opérateur au Niger ».

En effet, a indiqué le groupe dans son communiqué, « les décisions prises lors des Conseils d’administration de la société ne sont plus appliquées et aujourd’hui de fait, Orano constate que les autorités en ont pris le contrôle opérationnel ».  

Pour comprendre les raisons de ce nouvel épisode, il faut remonter au 12 novembre dernier où à l’issue d’une session, le conseil d’administration de la Somaïr avait entériné la suspension des dépenses liées aux activités d’extraction. Ceci n’a pas été du goût des autorités nigériennes qui a travers la SOPAMIN ont dénoncé cette « décision unilatérale » du coactionnaire français. Quelques jours plus tard, d’ailleurs, une délégation dépêchée par Niamey avait visité les mines de la Somaïr, à Arlit dans le nord du pays, pour féliciter et encourager les agents dans la poursuite de l’exploitation. « Les dépenses de production qui se poursuivent sur le site dégradent chaque jour davantage la situation financière de la société », déplore le groupe français pour qui, dans ce contexte, « l’application de la résolution adoptée par le conseil d’administration de la Somaïr le 12 novembre de suspendre les dépenses liées aux activités de production pour prioriser le paiement des salaires et de préserver l’intégrité de l’outil industriel est volontairement empêchée ».

Dans le même communiqué, Orano n’a pas manqué de souligner que « les représentants du Niger assument cette position qu’ils ont défendue lors du conseil d’administration ordinaire qui s’est tenu mardi 3 décembre 2024, en confirmant notamment leur refus d’exporter la production ». Il faut dire que c’est au total, 1.150 tonnes de concentré d’uranium issus de stock de 2023 et 2024, soit près de la moitié de la production moyenne annuelle du site, qui sont actuellement bloquées, pour une valeur marchande estimée à « 200 millions d’euros », selon le groupe dont le capital est détenu à 90% par l’Etat français. 

La fin d’une hégémonie française dans l’exploitation uranifère au Niger…

Dans son communiqué qui sonne comme un aveu d’impuissance, Orano a exprimé « ses plus vifs regrets face à l’évolution de la situation qui pèse lourdement sur les salariés et les communautés locales ».

Or en réalité la société française semble juste faire feu de tout bois pour une reprise de l’exploitation et l’exportation du minerai. On est loin des agissements capricieuse et opaque qui ont été la marque de fabrique du géant minier au Niger. Des agissements du temps des régimes civils corrompus par la société à coup de milliards, d’avion présidentiel pour le prestige personnel de l’ancien président Issoufou avec qui Orano a eu des deals dont certains avaient ternis l’image de notre pays sur la scène économique mondiale comme l’affaire Uranium Gate.

Au demeurant, Orano assure qu’il « entend défendre ses droits auprès des instances compétentes et réaffirme sa conviction que seule une volonté partagée par l’ensemble des parties prenantes de rétablir un mode de fonctionnement stable et pérenne permettra de reprendre les activités sereinement ».

Le bras de fer entre Orano et les nouvelles autorités n’est pas près de connaitre son épilogue. Ce bras de fer pourrait se poursuivre devant les tribunaux. Pour les autorités nigériennes, l’heure est à « affirmation de la pleine souveraineté du Niger principalement sur ces ressources naturelles » comme ne cesse de le ressasser le ministre des Mines, le colonel Ousmane ABARCHI. Dans les rangs des ‘’souverainistes nigériens’’, qui ont le vent en poupe depuis l’arrivée des militaires du CNSP au pouvoir et le début de la brouille diplomatique avec l’ancienne puissance coloniale, l’annonce de la reprise du contrôle de SOMAIR a été bien perçue.

Des ouvriers d’Arlit lors d’une grève

Pour rappel, en juin dernier, les militaires au pouvoir avaient retiré à Orano le permis d’exploitation du méga gisement d’Imouraren et ses réserves estimées à 200.000 tonnes avant que fin octobre, la société française n’annonce que face à une situation ‘’fortement dégradée », sa filiale allait « suspendre » sa production à partir du 31 octobre, faute de pouvoir « continuer à travailler dans le pays. » 

Ce nouvel épisode illustre donc l’ampleur du divorce entre Niamey et Paris car de toute évidence, Orano a été poussée stratégiquement à la porte avec le maintien de la fermeture de la frontière terrestre avec le Bénin, par où transit le « Yellow Cake » nigérien. Les nouvelles autorités n’ont pas d’ailleurs manqué de faire appel ces derniers temps, à de potentiels investisseurs internationaux notamment chinois, russes, turques et même iraniens vers lesquels le régime du général Tiani, tombeur de Bazoum Mohamed, se tourne actuellement après avoir rompu avec les anciens partenaires occidentaux notamment la France.

Il importe de souligner que le Niger fournit 4,7% de la production mondiale d’uranium naturel, loin derrière le Kazakhstan (45,2%), selon des chiffres de 2021 de l’agence d’approvisionnement d’Euratom (ESA).

Yacouba Barma

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