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Manifestation des partis politiques au Mali : le réveil d’une démocratie asphyxiée ?

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(Echos du Niger 5 mai) Au cœur de Bamako, un souffle nouveau s’élève, porté par les voix résolues des partis politiques maliens. Leur déclaration en date du 3 mai sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel assombri de la transition militaire : « Non à la dérive autoritaire Oui à la démocratie, à la République et à l’État de droit ! » Une alerte solennelle, un cri d’alarme lancé à ceux qui, jadis portés par l’espoir du peuple, s’installent désormais dans les habits serrés du pouvoir absolu.

Cette mobilisation politique marque-t-elle la fin de la parenthèse militaire au Mali ? Ou mieux encore, amorce-t-elle un second réveil démocratique, plus lucide, plus exigeant, après l’enthousiasme qui a accompagné la chute de l’ordre ancien ? Les partis signataires ne laissent place à aucun doute : la transition s’éternise, les promesses fondatrices sont trahies, et la tentation autoritaire gagne chaque jour du terrain, sous le masque d’un pouvoir militaire qui refuse de lâcher prise.

Car la Constitution, adoptée en juillet 2023 avec force promesses, garantissait pourtant la liberté d’association et d’expression. Aujourd’hui, ce texte est bafoué. Les autorités de transition organisent des concertations sans pluralisme, brandissent des menaces de dissolution contre les partis politiques, et cherchent à instaurer un suffrage censitaire – une démocratie filtrée par l’argent, excluant les voix sans fortune.

Mais plus qu’un simple refus de cette dérive, la déclaration du 3 mai est un acte de résistance. Elle exige la fin de la transition au 31 décembre 2025, la libération des détenus politiques, le retour des exilés, et surtout, le retour immédiat à un ordre constitutionnel réel. Ce n’est plus un plaidoyer, c’est un ultimatum adressé aux généraux.

Ce sursaut démocratique pourrait-il inspirer le Niger voisin, où les partis politiques sont réduits au silence par décret et où les libertés fondatrices d’un État de droit sont suspendues sans procès ? Le Mali, en brisant le mur de la peur, offre un exemple. Il témoigne que la société civile, les syndicats, les leaders religieux et les partis refusent de se taire. Ce signal pourrait bien essaimer, nourrissant une contestation transnationale contre l’autoritarisme militaire.

Reste à savoir comment réagiront les généraux maliens. Céderont-ils à l’exigence populaire, ou préféreront-ils le silence des baïonnettes à la clameur de la liberté ? L’histoire récente montre que les transitions confisquées ne mènent jamais à la stabilité. Le refus d’un calendrier clair, la criminalisation des opposants, et la tentative d’étouffer la pluralité ne sont pas des signes de force, mais de peur. Peur d’un peuple qui se souvient.

Le peuple malien, au prix de luttes et de sacrifices, a déjà renversé l’arbitraire. Il peut, une nouvelle fois, reprendre la main. Car la démocratie, même vacillante, n’est jamais morte tant qu’il reste des voix pour la défendre.

La bataille pour l’État de droit est engagée. Elle ne se gagnera ni dans les casernes ni dans les salons du pouvoir, mais dans la rue, dans les esprits, dans le courage de ceux qui, comme les signataires de cette déclaration, refusent de se résigner. Le Mali peut redevenir un phare. Encore faut-il que la lumière ne soit pas étouffée.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

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