(Echos du Niger 30 avril) Le 29 avril 2025, les recommandations issues de la « consultation des forces vives de la nation » à Bamako ont laissé place à une inquiétante relecture de la charte des partis politique du Mali. Sous couvert de rationalisation du paysage politique, les propositions formulées dessinent en réalité les contours d’un verrouillage autoritaire du système. Dissolution générale des partis politiques, caution astronomique de 100 millions de FCFA pour en créer un, suppression du chef de file de l’opposition, maintien du pouvoir de transition pour cinq ans renouvelables… le tout, sans consultation populaire réelle.
En apparence, la réforme vise l’assainissement d’un système saturé. En réalité, elle marginalise les citoyens, détruit le pluralisme et ferme l’arène politique à ceux qui n’ont ni fortune ni réseaux militaires.
Un recul démocratique inacceptable…
L’idée de dissoudre l’ensemble des partis politiques constitue une rupture brutale avec le principe de pluralisme garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (art. 22), ratifié par le Mali. Le droit à la libre association politique ne peut être supprimé qu’à titre exceptionnel, avec des justifications solides — absentes ici. En réalité, cette mesure revient à annihiler l’opposition et à criminaliser la diversité idéologique.
La proposition d’imposer une caution de 100 millions de FCFA pour la création d’un parti est tout aussi scandaleuse. Elle transforme l’engagement politique en luxe, réservé à une élite économique. En comparaison, des pays démocratiques comme l’Allemagne, l’Afrique du Sud ou même des voisins africains comme le Sénégal privilégient des seuils de signatures régionales ou des critères représentatifs, bien plus respectueux de l’égalité d’accès. Cette réforme n’est pas une épuration du système, mais une confiscation.
Où est le peuple ?…
Dans ce processus, le citoyen est spectateur, pas acteur. Aucune pétition populaire, aucune consultation publique directe, aucun référendum n’a été organisé. La réforme est portée par un cercle restreint d’« experts » et de représentants autoproclamés des « forces vives », sans garantie de leur représentativité. Pourtant, une véritable refondation aurait dû s’appuyer sur le peuple souverain, en instaurant par exemple un système de pétition nationale pour la création de partis, bien plus démocratique qu’un filtre financier.
Un pouvoir sans contre-pouvoir…
La recommandation la plus inquiétante reste l’élévation du Général Assimi Goïta au rang de président de la République pour un mandat renouvelable de cinq ans, sans élection ouverte ni concurrentielle. Ce choix, présenté comme un gage de stabilité, consacre en fait la personnalisation du pouvoir, en contradiction totale avec l’esprit de la Constitution de 2023.
L’interdiction du nomadisme politique et les sanctions renforcées à l’égard des partis pourraient paraître pertinentes, mais elles tombent dans l’autoritarisme lorsqu’elles sont décidées dans un contexte de suppression des libertés fondamentales, comme le maintien de l’autorisation préalable pour toute manifestation.
La démocratie ne peut être un luxe…
En somme, cette réforme propose une vision élitiste, sécuritaire et verticale de la politique. Elle vide la démocratie de sa substance en la monnayant. Le Mali a besoin de stabilité, certes, mais pas au prix d’un retour au parti unique déguisé. La refondation ne peut se faire sans le peuple, ni contre lui. La souveraineté populaire, la transparence, l’inclusion des jeunes, des femmes, des ruraux doivent en être le cœur, non les victimes.
Il est urgent de replacer le citoyen au centre, et non à la périphérie de la démocratie.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

