La polémique autour de l’article 12 de la Charte de la refondation : une tempête dans un verre d’eau ?

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(Échos du Niger 10 avril) Depuis la publication au Journal Officiel de la Charte de la refondation, qui fait désormais office de loi fondamentale pour une période transitoire de cinq ans modulables, l’article 12 a cristallisé les tensions. Initialement adopté lors des assises nationales, ce dernier énonçait clairement : « Les langues nationales sont l’Arabe, le Buduma, le Fulfuldé, le Gurmancema, le Hausa, le Kunuri, le Tagdalt, le Tamajaq, le Tassawaq, le Tubu et le Zarma-Sonrai. Les langues de travail sont l’Anglais et le Français. »

Or, dans sa version publiée au Journal Officiel, une modification inattendue mais significative est apparue : « Les langues parlées du Niger sont […]. La langue nationale est le Hausa. Les langues de travail sont l’Anglais et le Français. » Ce glissement lexical, apparemment anodin, a déclenché une vive polémique. D’aucuns y voient une tentative de hiérarchisation linguistique, une mise à l’écart implicite des autres langues nationales au profit du hausa.

Pourtant, un examen honnête et objectif du contexte sociolinguistique nigérien impose une autre lecture. Le hausa est, de fait, la langue la plus parlée au Niger. Selon les statiques on estime que près de 60 % de la population l’utilise au quotidien, que ce soit dans les marchés, dans les médias, ou même au sein de certaines administrations.

Ce n’est pas une langue confinée à une ethnie ou à une région, mais un véritable vecteur de communication nationale.D’un point de vue strictement pragmatique, la nouvelle rédaction de l’article 12 reflète donc une réalité sociolinguistique. Affirmer que le hausa est la langue nationale ne revient pas à nier la richesse linguistique du pays, mais à reconnaître ce qui est déjà en pratique un fait accompli.

Cela n’implique pas une marginalisation des autres langues, ni un abandon de leur statut historique ou culturel.Les craintes exprimées par certains opposants, bien que compréhensibles dans un contexte postcolonial où les sensibilités identitaires sont intensifiées, apparaissent exagérées. S’il est vrai que les mots ont un poids politique, il faut aussi reconnaître que les langues ont un poids social. Et en cela, le hausa s’impose, non par décret, mais par usage tout simplement.D’après des sources proches du gouvernement, cette évolution s’inscrit dans une vision à long terme.

En effet avec l’essor du hausa à l’international, deuxième langue la plus parlée en Afrique, onzième dans le monde, il est tout à fait envisageable qu’elle devienne à terme une langue de travail aux côtés du français et de l’anglais estime cette source qui a requis l’anonymat.

Néanmoins, pour couper court à une polémique jugée stérile et entretenue par une minorité non représentative, une solution démocratique s’impose. Il faut que cette question soit soumise au référendum prévu pour l’adoption de la nouvelle Constitution. Il est temps que le débat quitte les arènes passionnelles pour rejoindre les voies légitimes de la souveraineté populaire. Car si polémique il y a, c’est sans doute moins à propos d’une langue qu’à propos d’un malentendu.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)