Dissolution des Partis Politiques : relent d’autoritarisme et silence coupable des politiciens

Gouvernance Niger Politique

(Echos du Niger 1 avril) Le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, fraîchement intronisé Président de la République du Niger le 26 mars 2025, a pris une décision radicale le même jour séance tenante en signant l’ordonnance n°2025-06 qui dissout les partis politiques du pays. Le chef de l’Etat entérine ainsi une des recommandations phares des assises nationales souveraines. Cette décision, qui vient conforter le pouvoir du CNSP est accueillie avec une indifférence troublante de la part des dirigeants politiques nigériens. Le silence prolongé des acteurs politiques face à une telle mesure soulève des questions sur l’avenir de la démocratie au Niger et sur la véritable nature de la relation entre les militaires et les dirigeants politiques.

Au moment de la suspension des partis politiques en juillet 2023, beaucoup pensaient qu’il s’agissait d’une simple parenthèse, une interruption temporaire en attendant que les turbulences du coup d’État se calment et laissent place à une reprise de la vie politique. Cette tradition des militaires au Niger, qui consistait à effectuer un nettoyage politique, organiser des élections, puis se retirer dans leurs casernes, semblait donner des raisons d’espérer. Mais la décision de dissoudre définitivement les partis politiques au terme des assises nationales de la refondation du Niger montre que cette tradition n’a plus sa place dans la vision de la junte actuelle.

Ce qui choque dans cette situation, au-delà de l’attaque contre les fondements démocratiques du pays, c’est l’inertie des dirigeants politiques. Comment expliquer le silence absolu des figures politiques, certains d’entre eux à la tête de partis depuis les années 90 ? Pourquoi ces hommes et femmes, qui ont incarné la démocratie et les libertés publiques pendant plus de trois décennies, se retrouvent-ils dans une passivité inquiétante face à l’élimination pure et simple de leurs voix démocratiques ? Ne ressentent-ils aucune responsabilité à défendre le pluralisme politique face à un pouvoir autoritaire en pleine ascension ?

Cette absence de réaction des dirigeants politiques interroge et soulève plusieurs hypothèses. Les politiciens ont-ils été muselés, contraints par un pacte implicite avec les militaires ? Ont-ils accepté ce scénario de dissolution, séduits par des promesses de sécurité ou d’avantages ? Ou bien, certains d’entre eux, usés par les années de lutte, ont-ils définitivement abandonné leur vocation ? Dans tous les cas, ce silence sonne comme une abdication de la responsabilité politique, un abandon des principes démocratiques qui les ont portés au pouvoir pendant toutes ces années.

Les interrogations ne s’arrêtent pas là. Si les militaires ont pris le contrôle, c’est en grande partie grâce à l’assentiment ou même à la complicité tacite de certains politiciens. Peut-il donc exister un accord caché entre les militaires et des partis politiques pour maintenir une certaine stabilité ? Et surtout, à qui profite de cette dissolution ? Les militaires pourront-ils gouverner à long terme sans les partis politiques, ou ne s’agit-il que d’un rêve autoritaire voué à l’échec ? La réponse à ces questions réside peut-être dans les prochains mois, lorsque le silence des politiques finira par se briser ou, au contraire, il deviendra le signe de leur démission totale.

Le Niger semble s’engager sur une pente glissante vers une dérive autoritaire, et l’inaction des partis politiques ne fait qu’aggraver le tableau. La démocratie, qui paraissait être un acquis fragile mais essentiel, semble désormais menacée. Le temps nous dira si les politiciens reprendront la scène ou s’ils ont définitivement accepté l’effacement de la politique au Niger. Mais une chose est claire : ce silence complice des dirigeants politiques est l’un des plus grands dangers pour la survie de la démocratie dans le pays.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

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