(Echos du Niger février) Dans une correspondance adressée à la représentation locale du Comité Internationale de la Croix-Rouge (CICR, ICRC en Anglais), le gouvernement nigérien a dénoncé l’accord de siège avec l’organisation humanitaire internationale tout en ordonnant la fermeture de ses bureaux au Niger ainsi que le départ immédiat de son personnel expatrié. Les raisons de cette décision des autorités de transition n’ont pas encore été rendue publique mais depuis quelques temps, plusieurs ONGs nationales et internationales sont dans le collimateur du gouvernement qui leur reproche un certain flou dans certaines de leurs interventions, en déphasage avec les objectifs nationaux ainsi que leurs accointances avec certains partenaires financiers que Niamey soupçonne de tentative de déstabilisation ou de servir des intérêts autres que ceux du Niger.
C’est à travers une note verbale en date du 31 janvier 2025 du Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération et parvenue au siège du Comité Internationale de la Croix-Rouge (CICR Niger) de Niamey, hier mardi 04 février, que le gouvernement nigérien a dénoncé l’accord de siège avec l’organisation humanitaire internationale. Par la même occasion, les autorités nigériennes ordonnaient avec “effet immédiat”, la fermeture de ses bureaux ainsi que le départ de tout son personnel expatrié.
Aucun motif n’a été officiellement évoqué pour justifier cette mesure à laquelle l’ONG n’a pas encore réagit alors que le même jour qu’elle recevait la note verbale du Ministère des Affaires étrangères, le CICR publiait le bilan de ses activités 2024 au Niger. Il convient toutefois de noter que depuis quelques temps, les nouvelles autorités du CNSP ont engagé une stratégie d’assainissement du secteur des organisations nationales et internationales œuvrant dans le domaine de l’humanitaire et du développement. En novembre dernier, l’ONG internationale a été citée dans la dénonciation par les autorités nigériennes, de la gestion par la Délégation au Niger, d’un don de l’Union européenne (UE) alloué aux victimes des inondations. Niamey avait notamment dénoncé le fait que l’aide ait été affectée “unilatéralement” à des ONG, “au mépris des principes de transparence et de bonne collaboration”.
Le CICR est présent au Niger depuis près de 35 ans et intervient dans divers domaines de l’urgence humanitaire, du soutien à la résilience des populations vulnérables et du développement dans les zones de conflits. Elle dispose d’un bureau principal à Niamey et des bureaux à l’intérieur du pays qui emploient des centaines d’employés dont des expatriés. En 2024, ses interventions ont touché près de 120.000 personnes selon le bilan de ses activités présenté cette semaine.
Recadrage des interventions humanitaires et de développement
Ce n’est pas la première mesure du genre prise par les autorités nigériennes de transition ces derniers mois. En novembre dernier, deux ONG humanitaires avaient d’abord été suspendues au Niger dont l’une internationale, l’Agence d’Aide à la Coopération et au Développement (ACTED) et l’autre nationale, Action Pour le Bien-Être (APBE). Puis d’autres ONGs surtout internationales ont vu leur autorisation d’exercice retirées par l’autorité de tutelle, ce qui s’est traduit par la cessation de leurs activités dans le pays et la suspension de plusieurs projets dont certains en pleine exécution. Plusieurs autres dont les dossiers sont en instance au niveau du ministère de l’Intérieur sont également dans l’expectative et ont réduit la voilure de leurs interventions au Niger en attendant de voir clair, ce qui n’est pas sans provoquer une certaine psychose dans le secteur des organisations humanitaires et associations de développement.
En 2024, on dénombrait 4.122 ONGs dont 332 étrangères qui opèrent au Niger selon les chiffres officielles annoncées, en janvier dernier par le Ministre d’État de l’Intérieur, de la sécurité publique et de l’administration publique. Le général Mohamed Toumba qui présentait le bilan de l’année des actions de son département ministériel, a toutefois déploré le fait que certaines n’ouvrent pas avec l’orthodoxie nécessaire en la matière. Cette situation a amené son département a prendre “d’importantes mesures pour assurer le suivi et l’encadrement des ONG et des Organisations de développement”, a déclaré le ministre Toumba pour qui, certaines ONGs ONG sont des “fourre-tout” parce que “c’est un domaine dans lequel les gens se retrouvent et certainement pas pour travailler pour le pays”. Selon le Ministre de l’Intérieur, ces ONG ont annoncé avoir investis 130 milliards au courant de l’année 2023 avant de reconnaitre que le résultat sur le terrain n’est pas à la hauteur du montant annoncé. “Moi je suis de ceux qui sont convaincus que les ONG n’ont jamais développé un pays, l’aide n’a jamais développé un pays” a-t-il poursuivi préconisant que “si on veut se développer, il faut se développer avec la bonne manière, en comptant sur soi-même”.
Selon le ministre de tutelle, « nos analyses et nos enquêtes ont permis de découvrir qu’il y a beaucoup d’ONG qui sont en accointance avec justement ces partenaires qui nous portent la guerre à travers justement des missions de subversion, à travers des mauvais comportements, à travers des soutiens qu’ils apportent souvent aux terroriste ». Pour cela, a-t-il dit, « tout mouvement d’ONG dans le pays est contrôlé parce que nous prônons maintenant la souveraineté, nous prônons d’organiser notre pays pas de leur permettre de venir faire ce qu’ils veulent ». Et le ministre d’asséner: « il faut que cela soit compris de tous, certaines ONG ont été fermées et expulsées à juste titre parce que nous avons documenté des comportements vraiment peu orthodoxes dans lesquels elles sont ». Des déclarations qui expliquent certainement les dernières mesures prises par le gouvernement contre certaines ONG et qui laissent à penser que la dynamique ne va pas s’arrêter même si, de l’avis de certains experts, cela va beaucoup impacter la mise en œuvre de certains projets et programmes bénéfiques pour les populations vulnérables mais aussi rehausser le taux de chômage dans le pays.
A.Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

