(Echos du Niger 25 octobre)Au Niger, la loi 2006-16 du 21 juin 2006 relative à la santé de la reproduction reconnaît aux individus et aux couples le droit de décider du nombre de leurs enfants et de l’espacement des naissances. Dans la vie de certaines femmes, cette liberté s’arrête pourtant à la porte du foyer. De milliers de femmes butent au refus parfois cynique de leurs époux lorsqu’elles tentent de faire recours à l’usage d’un contraceptif. A ce veto s’ajoute la pression de certains agents de santé qui applique leur diktat aux femmes dans les centres de santé en violation de la loi et des règles de déontologie. Zoom sur des pratique rédhibitoire à l’accès aux soins et à la contraception.
À Tibiri, dans la région de Maradi, en cette fin octobre où la campagne agricole rend ses derniers soupirs dans cette contré du Niger, Amina, à 15 ans sombre dans la mélancolie. Elle avait 13 ans lorsque son père décide de la marier à un homme de 41 ans, déjà père de cinq enfants. Elle venait de terminer sa classe de 4e et devait passer en 3e avec la certitude nous confie-t-elle d’obtenir son Brevet d’Etude du Premier Cycle (BEPC). Elle n’est plus retournée à l’école.
« C’était pendant les vacances 2022 je venais d’avoir mon bulletin avec 14/20 de moyen lorsque mon papa m’a notifié qu’il a donné ma main au fils d’un de ses amis », explique-elle. Sa mère avait tenté de s’opposer à cette décision sans succès. Deux ans après le mariage, Amina tombe enceinte. Mais dans son foyer, chaque déplacement dépend de l’accord de son mari. « Le foyer conjugal était comme une prison. Je n’avais pas le droit de sortir de la maison sans l’autorisation expresse de mon mari que ce soit pour aller au marché, pour voir mes parents ou aller me consulter », nous confie la jeune femme.
Cette interdiction touche également ses consultations prénatales. La grossesse est peu ou mal suivie. Lorsque les premières contractions surviennent, le travail se prolonge. Près de trois jours après, Amina accouche d’un enfant sans vie. Pendant son hospitalisation, le médecin chef a recommandé un contraceptif pour préserver Amina et lui donner le temps de se reconstruire après ce traumatisme mais c’était sans compter le désir de Housseini de se faire des enfants sans discontinuer.
« Le major du centre l’a fait venir et lui a dit que mon corps n’était pas prêt pour porter une grossesse jusqu’à terme et que par conséquent il comptait me mettre un contraceptif. Il a fait un scandale dans le bureau de l’agent et ce dernier a renoncé » fait savoir Amina. Depuis lors, le sort semble décidé pour la jeune femme après le refus de son époux pour l’usage d’un contraceptif, elle n’est pas encore tombée enceinte. L’accusant d’être passé outre son refus en complicité avec le chef CSI pour l’usage d’un contraceptif, Housseini a répudié la jeune qui depuis lors vie chez ses parents avec l’espoir de regagné son foyer un jour

Image 2 Amina Salihou transportant de l’eau
L’histoire d’Amina est loin d’être un cas isolé malgré sa gravité. Elle met en lumière un verrou souvent invisible : lorsqu’une femme ne contrôle pas elle-même ses déplacements et les décisions concernant sa santé, un droit peut être reconnu par la loi. Ce qui en fait une violation claire de la loi 2006-16.
Un veto qui viole la loi et l’intégrité physique…
Dans le parcours d’Amina, l’obstacle ne se trouvait pas d’abord au centre de santé. Il était à la maison. Avant même de rencontrer une sage-femme, il fallait franchir un obstacle qui n’est que le premier d’une série. Outre ce blocus conjugal, il ya parfois un autre plus pernicieux qui émane des agents de santé d’assurer la mise à disposition des services de contraception.
Au Centre mère et enfant de Maradi, Fatima Bako, sage-femme et point focal de la PF et de la lutte contre la fistule obstétricale.
« Nous enregistrons souvent des plaintes le plus souvent d’anonyme qui se plaigne des procédures d’accès et le comportement de certains agents », explique-t-elle à notre micro assurant que tout est mis en ordre afin fin de palier à ses déviances.
« En fait les agents transposent les convictions religieuses sur le terrain professionnels alors qu’il ne nous appartient pas de juger les usagers ou d’astreindre la contraception à la présence obligatoire du conjoint » indique Faima.

Image 3 Point focal planification familiale CME Maradi
En effet dans la loi, aucune autorisation du mari n’est mentionnée comme condition d’accès aux contraceptifs. La loi N° 2006-16 du 21 juin 2006 relative à la santé de la reproduction reconnaît, en son article 9, aux couples et aux individus la liberté de décider, avec discernement, du nombre de leurs enfants et de l’espacement des naissances. Son article 11 consacre le droit à l’information, notamment en matière de santé reproductive.
Les textes examinés reconnaissent aussi le droit à la vie privée, à la confidentialité et à des services de proximité sûrs, efficaces, abordables et acceptables. Aucune disposition consultée ne fait de l’autorisation du mari une condition générale d’accès d’une femme majeure à la contraception. L’Organisation mondiale de la Santé recommande également que les femmes puissent demander un service contraceptif sans avoir à obtenir l’autorisation de leur conjoint. Le dialogue dans le couple peut accompagner le choix. Il ne doit pas remplacer le consentement de la personne qui utilisera la méthode.
Toute la contradiction tient dans quelques mots de la loi : « les couples et les individus ». Dans la pratique, le couple est parfois placé au premier plan au point d’effacer l’individu.
Dans un foyer où une femme doit obtenir une permission pour sortir, le centre de santé est déjà loin avant même que la distance soit calculée.

Image 4 Une sage-femme en consultation au CSI de Birni dans la région de Dosso
En milieu rural, le choix contraceptif se rétrécit…
Les données nationales disponibles ne permettent pas de mesurer directement le nombre de femmes empêchées par leur conjoint d’accéder à la contraception. Elles montrent néanmoins l’ampleur des besoins et les inégalités qui traversent le pays en matière d’accès au service de contraceptions.
Selon l’étude nationale PMA 2023, 13,5 % des femmes en union utilisaient une méthode contraceptive moderne. Dans le même temps, 19,2 % avaient un besoin non satisfait de planification familiale : elles souhaitaient espacer ou limiter les naissances, mais n’utilisaient aucune méthode.
La situation est particulièrement préoccupante chez les jeunes femmes. Parmi celles âgées de 20 à 24 ans et vivant en union, le besoin non satisfait atteignait 24,6 %. Il concernait également 22,9 % des femmes en union ayant deux ou trois enfants.
Le lieu de résidence creuse davantage l’écart. En milieu rural, 10,8 % des femmes en union utilisaient une méthode moderne, contre 29,8 % dans les zones urbaines. Les besoins non satisfaits atteignaient 20 % dans les campagnes.
La pauvreté ajoute une barrière supplémentaire. Parmi les femmes en union appartenant au groupe économique le plus défavorisé, 23,1 % avaient un besoin non satisfait de planification familiale. Ces écarts ne peuvent pas être attribués uniquement aux maris. La distance, l’indisponibilité de certaines méthodes, le manque d’information, la peur des effets secondaires, les rumeurs, le coût du déplacement et la qualité de l’accueil interviennent également.
Mais dans un ménage où la femme ne dispose pas librement d’argent, ne décide pas de ses déplacements et redoute la réaction de son conjoint, ces obstacles se renforcent mutuellement. La contrainte conjugale n’apparaît pas toujours dans les registres des centres de santé.
Du reste, une femme peut remettre sa consultation au mois suivant, cacher son intention d’utiliser une méthode, accepter une nouvelle grossesse qu’elle ne souhaitait pas, ou renoncer pour éviter un conflit. Ces renoncements laissent peu de traces administratives car les centres n’arrivent pas à les documenter. Très souvent des obstacles à l’accès au méthode contraceptif sont nourris par des considérations religieuses
L’Islam ne fait pas obstacle à la planification familiale…
Dans les communautés, la planification familiale est parfois présentée comme une pratique contraire à la religion. À Maradi, des acteurs religieux défendent pourtant une lecture différente.

Figure 5 Imam Mamane Awal
L’imam Mahaman Awal, également directeur d’une école franco-arabe, est de ceux-là. « L’Islam ne s’oppose pas la PF bien au contrait, notre religion recommande et encourage l’espacement de naissance par l’allaitement maternel jusqu’à 24 mois soit deux au moins » nous explique l’Imam. C’est pour mettre en exergue cette réalité que beaucoup ignorent qu’à Maradi, l’UNFPA a collaboré avec des prédicatrices musulmanes afin d’introduire les questions de santé reproductive dans des espaces d’enseignement religieux. Parmi elles, Malama Ouani abordait l’espacement des naissances, la santé des femmes, les violences et les consultations médicales.
Selon cette prédicatrice, beaucoup de femmes pensaient que l’islam s’opposait à l’espacement des naissances. Ses enseignements insistaient au contraire sur la protection de la santé de la mère et de la famille.
Cette expérience montre que les responsables religieux peuvent contribuer à lever les résistances. Mais leur mobilisation, comme celle des maris, ne doit pas créer une nouvelle autorisation préalable.
L’objectif n’est pas de transférer le choix de la femme à un homme présenté comme plus compréhensif. Il est d’amener les conjoints à partager les responsabilités, à soutenir l’accès aux soins et à reconnaître que la décision contraceptive exige d’abord le consentement de la personne concernée.
Par ailleurs, les organisations de défense des droits des femmes plaident également pour des mécanismes de plainte confidentiels, la formation des prestataires et une meilleure information des communautés. Ces propositions doivent toutefois être documentées par des prises de parole nominatives avant leur attribution à une organisation ou à un responsable précis.
L’histoire d’Amina rappelle souligne à l’endroit des, époux, les autorités sanitaires, l’urgence d’agir en synergie pour faire disparaitre ces barrières en faveur d’une meilleure santé maternelle et reproductive. Le droit nigérien reconnaît pourtant aux couples, mais aussi aux individus, la liberté de décider du nombre de leurs enfants et de l’espacement des naissances.
Youssouf Sériba (www.lesechosduniger.com)
