Edito: Tiani l’historien, « Dan kori n’est pas un drame  »

Actualité Niger Société

(Echos du Niger 18 octobre) Le président de la République Abdourahamane Tiani est-il un historien qui aurait raté sa vocation au profit du métier des armes ? La question mérite d’être poser au regard de la propension de l’homme à étoffer ses discours par des faits historiques marquants. Assurément, même les chefs d’Etat africains historiens de formation à l’image d’un Lurent Gbagbo en Cote d’Ivoire n’ont autant invoqué l’histoire dans leurs discours politiques. Le samedi 4 octobre encore, à Tillabéri face à ses troupes, le général d’armée Abdourahamane Tiani a évoqué des évènements historiques comme à Zinder en août dernier à l’occasion de la fête nationale de l’arbre et pratiquement toutes ses sorties médiatiques.

Pour l’occasion, il a cité des Grands résistants à pénétration coloniale tel que Alpha Ourmarou de Karma, Alpha Seybou de Zigui(actuelle Dosso) et Mahamadou Atikou de Sinder. Comme pour rappeler aux forces armées nigériennes de qui elles tiennent le courage, il a souligné à leur attention que tous ces souverains étaient des farouches résistants aux colons.

Dans sa rétrospective historienne, le chef de l’État a porté une observation critique des événements du 14 juillet 1899 à Dan kori (situé à Kantché, region de Zinder) retranscrits dans les manuels scolaires comme un drame. Loin s’en faut selon le président de la République,  »Ce qu’on vous a naïvement et innocemment fait chanter comme un drame n’en est pas un’‘ a-t-il déclaré. Pour le chef de l’État qui a «chassé l’armée française du Niger»  » pour tout nigérien fière et reconnaissant, Dan kori est le signe même de la victoire d’un peuple debout ». Tiani l’historien, n’ignore pas que  »le drame de Dan kori » fut moins la tuerie des sanguinaires capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine que l’ assassinat de leur compatriote, le capitaine Jean François Clobb dépêché depuis Tombouctou(au Mali) pour mettre fin à l’expédition sanguinaire de Voulet et Chanoine.

Pour rappel, ces événements sont rapportés par les livres d’histoire et les manuels scolaires(y compris ceux enseignés au Niger) comme un drame qui a débuté par l’assassinat le 14 juillet du nommé Jean François Clobb. Ce dernier était envoyé aux trousses des capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine qui étaient en train de semer la terreur sur leur passage afin de les arrêter. A leur actif des massacres dans des localités comme Sanssané Houssa, Sorko et Konni.

Refusant d’obtempérer aux instructions de Clobb, Voulet et Chanoine ont ordonné son exécution d’où le drame de Dan kori en question. Deux jours plus tard, le 16 juillet 1899, à quelques encablures de Dan kori une mutinerie éclate et les deux capitaines furent tués à leur tour par les tirailleurs qui faut-il le rappeler également dans bien de cas n’étaient sénégalais que de nom(on peu s’interroger aussi sur cette confusion historique et historienne dont le fondement demeure encore obscure).

Certes ces évènements sont sujettes à deux interprétation voir plus suivant d’où l’on manifeste leur commémoration. Sans aucun doute, pour bon nombre de nigériens, des colons Français qui s’entre-tuent, avec le recule de l’histoire et dans l’atmosphère qui couvre la gouvernance actuelle du pays, c’est loin d’être un drame. De même, si l’on considère la mutinerie des tirailleurs comme un acte de courage et un désir profond se soustraire de la dominations de colons sanguinaires, ce qui nous parait juste, il n’en demeure pas moins que cette révolte ait été précédé de massacre de plusieurs dizaines de compatriotes au bas mot. Peut-on occulter ce drame? Evidement non. Et pourtant ces hommes et ses femmes là, personne ne se souvienne de leurs noms. Ni Tiani l’historien encore moins les universitaires, historiens nigériens qu’on peut ici accuser de paresse intellectuelle au vu de leur manque d’intérêt pour ces martyrs de la colonisation française.

Alors faut-il revisiter ce récit dans nos manuels scolaire et peut-être tant d’autre qui souffrent d’inexactitude voir de contrevérité et n’honorent pas la mémoire de nos braves ascendants ? Pour ma part c’est oui. Mais comprenons-nous ce travail ne peut pas être aborder dans la précipitation encore moins dans un esprit de trituration des faits historiques car le salut de notre peuple se trouve moins dans les livres d’histoire que dans notre force de travail et notre dévouement pour le Niger, notre cher et beau pays.

Du reste, le Pr. Mamoudou Djibo rapporteur général du Comité d’écriture de l’Histoire Générale du Niger a déclaré que ce projet ne fera pas abstraction de la colonisation.  »la colonisation fait parti de notre histoire, bonne où mauvaise’‘ a affirmé l’historien.

Youssouf Sériba

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *