(Echos du Niger 31 juillet) Depuis le 26 juillet 2023, les médias font preuve d’une grande résilience malgré le manque de ressources, l’accès difficile à l’information et les restrictions sur la liberté de la presse. Néanmoins, les journalistes continuent de contribuer à l’effort de souveraineté initié par les autorités depuis deux ans.
Des préoccupations sont exprimées concernant l’attitude générale envers la situation des médias dans le pays ainsi que la normalisation des difficultés qui affectent ce secteur auparavant vu comme essentiel à la souveraineté et au développement. À l’heure où la refondation nationale est sur toutes les lèvres, il est paradoxal de constater que la presse, pourtant censée en être l’alliée naturelle, demeure reléguée au second plan, privée d’attention aussi bien de la part des décideurs que du reste de la société civile.
Ce désintérêt se manifeste dans les budgets, les politiques publiques et le retrait des partenaires traditionnels. Les médias privés, en particulier, font les frais d’une indifférence généralisée, et peinent à remplir leur mission d’intérêt général dans un contexte où la précarité devient la norme plutôt que l’exception. La question de la sécurité de l’emploi et de la reconnaissance du statut des journalistes n’est plus un simple débat corporatiste : elle touche au cœur même du droit du public à accéder à une information libre et de qualité.
La crise actuelle est aussi d’ordre moral et éthique : les dérives comme la quête d’influence ou le clientélisme sapent la confiance dans la presse. Le journalisme, censé incarner rigueur et indépendance, est parfois détourné par des intérêts extérieurs, affaiblissant le lien avec le public et favorisant la désinformation, surtout en période d’instabilité.
La presse reste marginalisée dans la refondation, faisant face à des difficultés économiques croissantes et à de nombreuses pertes d’emplois, certains médias ayant même cessé leurs activités. Sans couverture sociale, les journalistes de la presse privée vivent dans l’incertitude, mettant en péril le droit du public nigérien à une information de qualité.
De plus, certains individus ont pris la parole au nom des journalistes, en s’exprimant au sein des organisations socioprofessionnelles. Certains ont créé des structures qu’ils disent représenter pour les journalistes, mais les utilisent principalement à des fins personnelles, négligeant les véritables enjeux du métier au profit de discours inutiles et d’ambitions individuelles. Il est temps que la corporation se ressaisisse, et que les vrais journalistes, celles et ceux qui exercent le métier au quotidien et pratiquent les durs réalités du moment reprennent la parole et le contrôle de leurs organisations, loin des discours vains et stériles.
Dans ce contexte difficile, la précarité du métier s’accentue. De nombreuses rédactions ont perdu leurs journalistes chevronnés, partis chercher stabilité ou reconnaissance ailleurs.
Malgré tout, et même face à l’adversité, la créativité et la résilience de la profession ne cessent de surprendre. Plusieurs journalistes, animés par la conviction que l’information est un bien public, tentent de réinventer la manière de raconter le Niger, en s’appuyant sur le numérique, les réseaux sociaux, ou des formats innovants. Ils se regroupent avec d’autres acteurs afin de mettre en commun leurs ressources et compétences, ce qui permet d’assurer une continuité dans le traitement de l’actualité.
Afin que la presse joue un rôle dans la refondation nationale, des réformes structurelles sont nécessaires. Il s’agit notamment de l’établissement d’un cadre légal protecteur, de l’investissement dans la formation continue et du développement de modèles économiques durables. Assurer la liberté et la pérennité des médias revient également à préserver le droit du public à une information fiable, pluraliste et indépendante, fondement essentiel d’une souveraineté dynamique.
Youssouf Sériba, journaliste/ Directeur des Echos du Niger

