(Echos du Niger 8 juillet) Le pain que consomment quotidiennement les habitants de Niamey est-il contaminé ? C’est la question que soulève un rapport explosif de l’Agence Nigérienne de Normalisation, de Métrologie et de Certification (ANMC) publié hier lundi 7 juillet, à la suite d’une vaste opération d’inspection des boulangeries de la capitale. Sur les 114 boulangeries identifiées dans les cinq arrondissements communaux de Niamey, les constats sont pour le moins alarmants.
Selon le rapport, seules 11,92 % des boulangeries ont présenté un Registre du Commerce valide, et à peine 2 % disposent d’un certificat de salubrité.
Plus préoccupant encore, 100 % des établissements inspectés ne respectent pas la formule de production réglementaire du pain, tandis que les instruments de mesure (balances) ne sont ni vérifiés ni étalonnés. Autrement dit, les consommateurs ignorent ce qu’ils achètent vraiment, en termes de poids ou de qualité.En matière d’hygiène, le rapport évoque un tableau désastreux.
La majorité des boulangeries inspectées présentent des conditions sanitaires déplorables : planchers crasseux, plafonds moisis, présence d’insectes, de toiles d’araignées dans les zones de production, absence de dispositifs de lavage des mains, toilettes insalubres(voir phos du rapport).

Le personnel, souvent sans tenue de travail adéquate ni carnet de santé à jour, manipule la pâte à pain à mains nues, parfois même en portant des bijoux.Les données physiques recueillies sur le pain montrent des variations importantes : le poids moyen d’une baguette va de 167 à 387 grammes, pour une moyenne de 251,14 grammes ; la longueur, elle, varie de 54 à 67 cm. Quant aux prix de vente, ils oscillent entre 175 FCFA et 225 FCFA selon qu’il s’agisse de vente en gros ou au détail. Aucune norme uniforme ne semble respectée.
Le rapport met également en lumière des cas flagrants de mauvaise gestion des matières premières : sacs de farine entreposés à même le sol, sans palette, exposant les produits à l’humidité et à la contamination. Cette négligence pourrait entraîner des intoxications alimentaires ou des maladies digestives.Face à ces constats, l’ANMC recommande un renforcement des contrôles, l’instauration de normes strictes d’hygiène, la formation du personnel aux bonnes pratiques, ainsi que la régularisation des documents administratifs. Il est aussi suggéré de créer une base de données à jour des boulangeries afin de mieux planifier les prochaines inspections.

Ce rapport jette une lumière crue sur les défaillances d’un secteur aussi essentiel que celui de la boulangerie, pilier de l’alimentation quotidienne. Il interpelle les autorités publiques, les syndicats professionnels, mais aussi les consommateurs, sur la nécessité d’une réforme en profondeur. La santé publique en dépend.
Youssouf Seriba,(lesechosduniger.com)

