(Echos du Niger 22 juin) Dans l’après-midi du jeudi 18 juin 2025, alors que le Niger célébrait à l’instar de la communauté internationale, la Journée internationale des migrants, des tensions ont éclaté entre des jeunes et des migrants, dans le quartier “Tekazam”, d’Agadez. Face à la tournure qu’ont pris les évènements, les autorités et les partenaires humanitaires se sont mobilisées depuis pour gérer la situation et trouver des solutions adaptées et durables afin d’éviter ce genre de situation qui viennent rappeler le lourd tribut que paie le pays, en particulier les grandes villes du nord comme Agadez et Arlit, dans la prise en charge de cette question migratoire. En cause, la difficile cohabitation entre les deux communautés qui est assez souvent source de tensions alors que la grande ville du nord tend à passer d’un carrefour de transit à une véritable ville d’accueil pour beaucoup de migrants qui s’y sont installés.
Carrefour par excellence de transit des migrants africains en route vers le Maghreb sur leur route européenne, ce n’est pas la première fois que la ville d’Agadez, principale ville du nord du pays, connaît des violences suite à des tensions entre les populations autochtones et les migrants. Comme il fallait s’y attendre, la cohabitation entre les deux communautés n’est toujours pas facile et l’afflux récent des migrants subsahariens récemment expulsés en masse d’Algérie ainsi que les conditions de traversée du désert de plus en plus difficile des migrants sont venus amplifiés les risques de tensions. Ceci, d’autant que la ville tend de plus en plus à devenir une ville d’accueil pour certains de ces derniers qui parviennent à se créer des opportunités de commerce ou de trafic parfois dans l’informel. Cette semaine, alors que le monde entier célébrait la journée internationale des migrants, de nouvelles violences ont émergé dans un quartier de la ville.
Aux sources des nouvelles tensions entre jeunes locaux et migrants…
Dans l’après-midi du jeudi 18 juin, des tensions ont encore éclaté entre les migrants de nationalité Nigériane et les jeunes au quartier Tekazam d’Agadez. Selon les autorités, ces tensions sont nées suite à des “accusations graves” portées sur un jeune Agadézien par les migrants nigérians qui lui ont imputé la responsabilité d’avoir incendié deux cases de leur camp. Le jeune a ainsi été pris à partie par ces migrants.
Le jeudi 19 juin 2025, le matin aux environs de 9 Heures, des heurts se sont éclatés et des affrontements armés (armes blanches) ont eu lieu. Conséquences : trois blessés, dont deux graves.
En représailles, indique les mêmes sources, les habitants du quartier ont incendié 175 cases abritant des migrants nigérians au niveau du ghetto appelé « Gadon kaya » installés en périphérie de la ville et en dehors du site officiel. Aucun décès n’a été enregistré mais deux blessés restent hospitalisés.
Aussitôt informé de la situation les autorités administratives, l’Administrateur Délégué (AD) en tête et les forces de sécurité (sapeurs pompiers, CNS13, BAC, police municipale) se sont rendues sur le lieu pour tenter de maîtriser la situation. Cette action a conduit à l’interpellation d’un migrant nigérian identifié comme meneur de la foule.
Cette population flottante des migrants nigérians est estimée à plus de 1 600 personnes. Depuis plusieurs mois elle fait l’objet de plusieurs plaintes par la population du quartier Tekazamte auprès des autorités administratives et judiciaires. Les représentations diplomatiques du pays d’origine des migrants ont été saisies par rapport aux comportements agressifs et hors-la-loi de leurs ressortissants.
Des mesures prises en urgence…
C’est ainsi que le vendredi 20 juin 2025, au lendemain des évènements, les autorités administratives de la Commune Urbaine d’Agadez et les acteurs humanitaires intervenant dans la gestion et la prise en charge des migrants se sont réunis dans la salle de réunion de la Maire. L’objectif de cette rencontre est d’évaluer, analyser et formuler des recommandations pour une solution durable, suite aux violents affrontements entre les migrants de nationalité Nigériane et les jeunes au quartier Tekazam. La réunion d’urgence a été présidée par l’Administrateur délégué de la Commune Urbaine d’Agadez, le Chef de Bataillon Assarid Almoustapha et a enregistré la présence du Secrétaire Permanent du Dispositif Régional de Gestion de Catastrophes, du Directeur Régional de l’Etat Civil, des réfugiés et des Migrations, des représentants des toutes les organisations humanitaires intervenant à Agadez sur les questions des migrations et humanitaire.
Lors de la rencontre, il a été décidé le regroupement et l’acheminement de tous les migrants en situation irrégulière vers le centre régional des refoulés nigériens d’Algérie. Ainsi, trois camions et 2 minibus ont été mobilisés à cet effet par la Commune Urbaine d’Agadez et 2 bus par l’OIM pour le déplacement. Outre cela, les migrants ont bénéficié d’une aide d’urgence composée de kits alimentaires et non alimentaires offerts par le HCR, des repas chauds pris en charge par l’OIM, et le soutien médical apporté par MDM et COOPI. Au total 1 573 migrants flottants de nationalité nigériane ont été rassemblés et transportés au centre.
L’AD a plaidé pour un rapatriement rapide de ces migrants vers leurs pays d’origine. Les autorités municipales tiennent toutefois à préciser que les migrants en question n’ont rien à voir avec ceux qui sont pris en charge par l’OIM. Ceux-là sont venus du Nigéria d’eux-mêmes, et ont délibérément choisi de se concentrer autour du Centre de l’OIM dans l’espoir de bénéficier d’une prise en charge. Plusieurs tentatives de leur déguerpissement ont échoué et ils refusent de quitter les alentours du Centre de l’OIM, indiquent les mêmes sources.
Au cours de la réunion, le premier responsable de la commune a saisi l’ occasion pour dénoncer des violences récurrentes attribuées à certains migrants (agressions, viols). Les habitants du quartier Tekazamte dénoncent et se plaignent au quotidien du manque de sanction sur ces migrants qui causent des actes contraires à la loi.
La réunion a recommandé aux acteurs humanitaires de soumettre, sous 72 heures, un plan concret pour accélérer le rapatriement rapide de tous les migrants, tandis que la Commune Urbaine s’est engagée à renforcer la médiation et les actions de sensibilisation pour ramener la cohésion sociale. A cet effet, un comité de suivi a été mis en place.
Sur instruction du Gouverneur et des plus hautes autorités du pays, un terrain a été attribué pour la délocalisation et le déménagement du centre OIM hors de la ville plus précisément a l’extrême ouest de la ville sur la route de Tahoua.
Ikali DH (lesechosduniger.com)
