Le chef de l’Etat en Interview avec le journaliste Tiemogo Directeur de la cellule com de la PR

Général Tiani: “La frontière avec le Bénin restera fermée tant que les autorités de ce pays continueront de collaborer avec les forces françaises de déstabilisation”

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(Echos du Niger 2 juin) La réouverture de la frontière du Niger avec le Bénin n’est pas pour demain! C’est en tout ce qui ressort des déclarations du Président de la République, le général d’Armée Abdourahamane Tiani, lors de l’entretien qu’il a accordé à la chaîne publique et qui a été diffusé dans la soirée du samedi 31 mai 2025. Selon le Chef de l’Etat nigérien, les raisons de la fermeture de cette frontière, au lendemain du coup d’état militaire du 26 juillet 2023, restent d’actualité car le régime de Patrice Talon a accueilli et continue de collaborer avec les forces françaises qui persiste à déstabiliser le Niger et les autres pays de l’AES. Tout en déplorant le silence de Cotonou face aux accusations de Niamey et les preuves que le Général dit avoir dévoilé à plusieurs reprises, le Président nigérien a mis en garde les autorités béninoises sur les conséquences de leurs “décisions dangereuses” , en référence à la présence militaire française dans le pays voisin du Niger et qui servait jusque-là, de principal corridor d’approvisionnement du pays à travers le port autonome de Cotonou.

Ceux qui s’attendaient à la réouverture imminente des frontières entre le Niger et le Bénin en s’appuyant sur quelques signes de reprise constatés ces derniers temps sur les relations entre Niamey et Cotonou, vont vite déchanter! L’ouverture de la frontière fermée depuis maintenant près de deux (02) ans n’est pas pour demain à en croire le Chef de l’Etat nigérien.  Au cours d’un entretien diffusé samedi soir sur la télévision publique (RTN), le Général Tiani a été on ne peut plus assez clair en  soulignant que les raisons qui ont prévalu au maintien de la fermeture de cette frontière reste toujours d’actualité.

Selon le Président nigérien, contrairement au Nigeria, avec lequel le Niger maintient des échanges malgré la méfiance, Niamey considère que la situation avec Cotonou est plus grave et nécessite des mesures strictes, ce qui justifie le maintien de cette fermeture. Selon Tiani, la frontière restera fermée tant que le Bénin continuera de collaborer avec les forces françaises, qu’il qualifie de “troupes de déstabilisation”. Pour le Général, il ne s’agit point d’un traitement différencié entre le Nigeria et le Bénin car les décisions sont fondées sur des éléments de renseignement solides, et non sur des considérations superficielles ou médiatiques. “Un État ne travaille pas avec le superficiel. Il travaille avec des facteurs de décision”, a martelé le Général Tiani.

“ Nous avons gardé la frontière avec le Bénin fermée et la frontière avec le Bénin restera fermée tant que le Bénin ne comprendra pas que le combat que nous faisons, ce n’est pas contre le Bénin que nous le faisons, c’est contre les troupes françaises de déstabilisation.”, a déclaré le Général Tiani.

Méfiance persistante et mise en garde de Niamey aux autorités de Cotonou

Dans son entretien, le Chef d’Etat nigérien n’a pas été tendre avec les autorités   béninoises et a fermement rejeté les accusations de Patrice Talon et de son gouvernement sur l’absence de coopération des autorités des pays voisins du nord (le Burkina Faso et le Niger), qui expliquerait l’expansion du terrorisme au Bénin et dans le Golfe de Guinée. Selon le Président Tiani, ces accusations de laxisme dans le contrôle des frontières  relèvent d’une inversion des responsabilités.

Le Président nigérien a d’ailleurs saisi l’occasion pour rappeler qu’ils ont déjà mis en garde Cotonou sur les risques et conséquences des “décisions dangereuses” prises par le régime de Talon, notamment la collaboration avec “les forces françaises de déstabilisation” que le pays accueille sur son territoire. Selon le général Tiani, les attaques terroristes qui ont ébranlé le Bénin depuis le début de l’année ne sont que les conséquences de ces décisions alors même  que son pays avait averti Cotonou des risques liés à l’installation sur son sol de ce qu’il qualifie avec insistance de “troupes de déstabilisation”, en référence à la présence militaire française dans la région. “Les autorités béninoises ont cru pouvoir être plus intelligentes que nous. Elles ont accueilli ces troupes de déstabilisation qu’elles ont démenties quand nous en parlions”, a-t-il déploré avant de faire remarquer que “quand c’est Macron qui en a parlé, on ne les a pas entenduesni le Bénin, ni le Nigeria, ni même la Côte d’Ivoire”. Pourtant, a-t-il ajouté, “lorsque j’ai lancé l’alerte le 25 février, tous se sont indignés parce qu’un Africain disait une vérité qu’il fallait à tout prix faire taire, au lieu d’en chercher les fondements. Le Bénin a continué à démentir, même après l’intervention de Macron. Il n’a jamais reconnu la présence de forces de déstabilisation sur son territoire. Au contraire, il a poursuivi et renforcé sa coopération avec elles. C’est une décision souveraine certes, mais lorsqu’on pose un acte, il faut en assumer les conséquences”.

Des preuves révélées par Tiani contre le régime de Talon

Le Président nigérien a révélé que  le Bénin avait  conclu un contrat de non-agression avec les forces jusqu’au 31 décembre 2024. Le contrat est arrivé à échéance en fin d’année dernière mais, a-t-il soutenu, “dès le 8 janvier 2025, les attaques ont repris au Bénin”. En plus de l’attaque du point triple qui a coûté la vie à plusieurs militaires béninois, il a ajouté que plusieurs autres attaques ont suivi, dont l’une aurait permis à des éléments terroristes de s’emparer d’un impressionnant arsenal militaire. “Du matériel équivalent à celui d’un bataillon, soit plus de 400 hommes, a été retrouvé dans une base tenue par un simple peloton de cinquante soldats”, a-t-il détaillé, laissant entendre une préparation logistique suspecte comme certains observateurs l’avaient fait remarquer à l’époque.

Les terroristes, eux-mêmes, ont exhibé ce matériel comme « butin » après l’attaque dans le Nord Bénin. Depuis cette attaque, le Bénin s’est complètement retiré, laissant un vide. Et ce vide, selon eux, est une profondeur stratégique. Mais en réalité, ce sont 350 combattants d’ISWAP qui ont investi les positions abandonnées”, a soutenu le Chef de l’Etat nigérien qui, dans ses propos, a déploré le silence de Cotonou face aux déclarations d’Emmanuel Macron sur la présence française dans la région. Ce qui, a mis en exergue le Général Tiani, contraste avec les démentis véhéments exprimés lorsque Niamey évoquait la même chose.

Autant dire que la méfiance des autorités militaires nigériennes à l’égard des autorités de Cotonou restent de mise et par ricochet, le maintien de la fermeture de la frontière restera encore pour un temps au grand dam des populations et des acteurs économiques qui en paient le prix fort bien que depuis, l’informel a pris le dessus et les marchandises continuent à circuler de part et d’autres des frontières officielles. En dépit de tous les risques…

Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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