Polémique sur l’article 12 de la Charte: explications peu convaincantes dans une sortie presque ratée du DIRCAB Soumana Boubacar

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(Echos du Niger 21 mai) Le ministre Directeur de cabinet du Président de la République et porte-parole du gouvernement, Dr Soumana Boubacar, était lundi soir sur la télévision publique pour expliquer, enfin, la position du CNSP et du gouvernement sur l’article 12 de la Charte de la Refondation qui consacre le “HAUSA” comme seule langue nationale au détriment des autres langues, reléguées au simple rang de “langues parlées”. Face à la polémique que ce choix controversé a suscité au sein de l’opinion, le ministre qui faisait son baptême de feu, s’est laissé allé dans ce que beaucoup ont qualifié de “gesticulations verbales”, sans véritablement convaincre sur la pertinence de cette option qui risque de remettre en cause la cohésion nationale. Pour le ministre Soumana Boubacar, qui s’est beaucoup référé à la foi des nigériens pour rassurer sur la bonne marche du pays, le choix du “Hausa” comme langue nationale est “un choix souverain et totalement assumé” par les autorités dans leur volonté de consacrer au Niger une véritable identité nationale en s’appuyant sur la langue la plus parlée du pays.

En substances, sur cette question linguistique tout comme les autres choix opérés par le CNSP, Dr Soumana Boubacar a été on ne peut plus clair sur la démarche à suivre: “Dieu à exaucer les prières des nigériens qui sont croyants dans leur ensemble, et il va falloir remettre tout entre les mains d’Allah!”. Et de mettre en garde contre les tentatives de manipulations dans ce contexte marqué par l’amplification des défis et des enjeux, ce qui risque d’attiser de nouveau la polémique qui semblait pourtant s’estomper et qui a fait douter chez beaucoup d’observateurs, de l’opportunité d’une telle sortie médiatique alors que les vrais enjeux de l’heure sont ailleurs notamment les défis sécuritaires qui ne cessent de s’amplifier ces derniers temps, menaçant à bien des endroits, le bon vivre ensemble sinon l’existence même de la nation.

Les Ivoiriens disent de quelqu’un qui a raté sa cible ou sa mission, “qu’il a tapé poto!” (poteau en argot nouchi), pour dire qu’il est passé à coté de la plaque! C’est un peu ce qu’on pourrait dire de la prestation du Dr Soumana Boubacar, en se référant aux réactions à chaud qui ont suivi la première sortie médiatique du ministre porte-parole du gouvernement et Directeur de cabinet du Président de la République (DIRCAB). Sur le plateau de la télévision nationale (RTN), lundi soir, le ministre était face au journaliste Abdoulaye Tiemogo, conseiller en communication du PRN, pour un exercice d’explications sur les raisons qui ont poussé le CNSP et le gouvernement à consacrer, à travers l’article 12 de la Charte de la Refondation, le “HAUSA” comme seule langue nationale du Niger, reléguant la dizaine d’autres langues du pays au simple statut de “langues parlées”. Un  choix qui  a attisé une véritable controverse au sein de l’opinion sur cette option qui remet en cause les acquis jusque-là engrangés et consolidés par le Niger en matière de politique linguistique et de promotion des langues nationales qui jusque-là, jouissait du même statut.

Jusque-là, en effet, on a pas entendu les autorités se défendre ou tenter d’expliquer ce choix alors qu’au plus fort de la polémique, les débats et autres interventions, surtout sur les réseaux sociaux, partaient dans tous les sens avec de réelles risques de menaces à la cohésion sociale et à l’unité nationale. Au point où dans certaines régions comme à Tahoua, le Procureur s’était vu obligé de mettre en garde publiquement, ceux qui soufflaient sur la braise avec des propos qui pouvaient incriminer leurs auteurs. Autant dire que les explications officielles étaient très attendues dès le début de la controverse et il a fallu qu’elle commence à s’estomper pour que le ministre porte-parole du gouvernement soit envoyé au front médiatique pour défendre le choix des autorités.

Une sortie médiatique très attendue qui a laissé beaucoup sur leur faim

Sur l’objet de sa prestation médiatique, le Directeur de Cabinet du Président de la république a été on ne peut plus clair: “le choix de la langue Hausa comme langue nationale est un choix souverain et totalement assumé par le CNSP et son gouvernement!”. Sur les explications des raisons qui ont poussé à ce choix, le ministre porte-parole du gouvernement a fait plus simple en mettant en avant qu’il n’a jamais été question pour le CNSP et le gouvernement de mettre en avant une langue au détriment d’une autre comme d’ailleurs cela a été inscrit noir sur blanc dans l’article 13 de la Charte de la Refondation qui stipule que “tous les nigériens sont égaux”. Selon le porte-parole du gouvernement, le choix de la langue hausa comme langue nationale s’explique tout simplement par le fait qu’elle est la langue la plus parlée du terroir.

La langue Haussa c’est notre patrimoine culturel et nous en sommes fiers. En réalité, la conséquence lorsqu’on décide de faire de la langue Hausa notre langue nationale, c’est que nous allons travailler pour que tous les nigériens apprennent et parlent cette langue pour que tous les messages passent facilement. L’avantage c’est que nous avons une langue qui est parlée ou comprise par  70 à 80% des nigériens [Hausa, NDLR], et c’est plus facile d’apprendre aux autres 30 à 20 % restant, la langue Hausa”, a argué le ministre, Docteur en droit de son Etat et qui ne s’est pas gêné pour mettre en évidence le fait que “même en France, le choix de la langue française a été imposé par les Monarques car ce n’est pas la seule langue qui est parlé dans le pays”. Les souverainistes et autres panafricanistes ou anti-impérialistes sauront certainement apprécier!

A en croire le ministre porte-parole du gouvernement, il n y a pas lieu de polémiquer et d’ajouter à la confusion car, a-t-il asséné, “les défis et les enjeux sont tels que nous n’avons pas d’autre choix que d’être soudés  et de nous battre pour imposer notre vivre-ensemble”. Et c’est sur cette corde, un brin prédicateur avec de fortes références à la foi des citoyens, qu’il s’est mis en devoir d’insister sur la nécessité de faire bloc derrière les autorités actuelles pour le salut du pays. “Le message est simple est important: il s’agit  d’accorder le bénéfice du doute à ceux qui gouvernent l’État. Le chemin qui a été pris, les sacrifices qui ont été consentis font en sorte qu’il  ne peut  plus avoir de marche-arrière. Ceux qui ont pris la lourde responsabilité de conduire le pays à ce jour [le CNSP, NDLR], sont des nigériens et connaissent les défis et les enjeux. Ils ont le souci du Niger et du vivre-ensemble”.

Accorder le bénéfice du doute aux autorités et placer la confiance en Dieu

Tout ce que le chef de l’Etat fait, il le fait et le fera avec la seule volonté de servir le Niger et les nigériens.  Nous sommes des musulmans à une large majorité pour ne pas dire à 100% croyants. Nous avons prié et fait des Qunuts pour confier notre pays et notre destin en Allah et nous sommes engagés sur ce chemin. Si nous avons placé notre confiance en notre Dieu, il n’y a pas à s’inquiéter sur la marche du pays.  Comme l’a dit le Chef de l’État, si lui-même est à cette place, c’est par la volonté de Dieu qui a exaucé les prières des nigériens qui sont que le Niger soit bien gouverné, soit en paix et soit souverain. Celui qui va dans le sens opposé de l’intérêt, Dieu va s’occuper de lui parce qu’il ne va jamais permettre que cet élan que nous avons pris soit brisé. Dans ces conditions, si Dieu a exaucé nos prières, il serait bien de placer notre confiance en Lui. Il n y a pas d’autre chose à faire d’autant que le Président de la République a lui-même solennellement fait serment de ne jamais trahir le Niger et les nigériens”, croit savoir Dr Soumana Boubacar, le Ministre Directeur de Cabinet du Président de la République et Porte-parole du Gouvernement, dans la version française de son entretien où le ton empathique s’est parfois mélangé à une verve quelque peu agressive.

Des réactions à chaud qui en disent long sur l’impact de l’opération de Com

Comme il fallait s’y attendre, la sortie médiatique du ministre porte-parole du gouvernement a provoqué aussitôt de vives réactions, particulièrement sur les réseaux sociaux. Des réactions qui dans l’ensemble ne vont pas dans le sens de qui était attendue de cette opération de communication et de séduction du gouvernement. Entre ceux qui doutent de l’opportunité d’une telle démarche dans le contexte actuelle marquée par une amplification des menaces sécuritaires avec la multiplication des attaques terroristes ou même la cherté de la vie ainsi que d’autres attentes légitimes des citoyens sur le cap que prend le pays et ceux qui remettent en cause les arguments étayés par le ministre, les réactions négatives font florilèges et prennent largement le dessus sur les avis favorables. “Cette sortie et les explications données par le ministre porte-parole du gouvernement vont attiser les rancœurs alors que la polémique est en train de s’apaiser car les nigériens savent que l’occasion se présentera pour remettre en cause ce fameux article 12”, commente un internaute.

Selon les explications du ministre, ils ont choisi la langue du terroir la plus parlée pour en faire la promotion et amener tous les Nigériens à la parler. L’idée, selon lui, est de trouver une langue dans laquelle l’État peut communiquer avec les citoyens, une langue comprise et enseignée par tous. Cela peut se comprendre mais ne justifie pas qu’une langue soit mise au devant d’une autre pour ce qui est de son statut”, renchérit un autre sur Meta. Pour ISSA KARIMOU Ismail qui a pondu en quelques clics une analyse assez édifiante, c’est plus une explication  institutionnelle à contretemps.

L’entretien du Ministre Directeur de Cabinet du Président de la République, destiné à clarifier le positionnement du Gouvernement sur la question linguistique, a au contraire semé le trouble dans l’opinion publique. Loin d’ouvrir un espace de réflexion ou de dialogue, l’intervention a emprunté un ton unilatéral, laissant penser que la décision du choix de la langue haoussa comme langue nationale (et potentiellement officielle) était déjà actée. Cette démarche contredit les principes d’une gouvernance inclusive, surtout dans un contexte de transition où la légitimité politique repose avant tout sur l’adhésion populaire”, a-t-il estimé.

Il faut dire que même les laudateurs qui ont tenté de prendre la défense de la sortie médiatique du ministre directeur de cabinet, cela a raté car ils ont aussitôt pris pour leur grade. Pour une première opération de communication pour le porte-parole du gouvernement, le baptême de feu a été visiblement une véritable gageure. Les réactions en disent long et sont assez édifiantes sur l’attente des nigériens qui commencent à s’impatienter et même à s’inquiéter de la marche du pays ou disons de la Refondation. Et c’est d’ailleurs une valeur ajoutée positive de l’exercice qui pouvait se révéler pédagogique, celle de servir d’alerte ou même  d’avertissement au CNSP et au gouvernement pour peut-être et pendant qu’il est encore temps, penser à changer le cap…

Yacouba Barma (lesechosdunger.com)

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