(Echos du Niger 20 mai) Le mercredi 7 avril, OA un jeune opérateur économique basé à Niamey a comparu devant le pole économique et financier du Tribunal Grande Instance Hors classe de Niamey. Il est poursuivi pour abus de confiance dans le cadre d’un marché de construction d’un centre de santé octroyé par la coopération allemande GIZ au Niger en 2020 au profit des populations de d’une commune de la région de Tillabéry. Prévu être exécuté en 8 mois, 5 ans après cette infrastructure n’est pas achevée alors qu’une banque de la place a préfinancé sa construction à hauteur de 171 millions auxquels on peut ajouter 20% (50 millions) d’avance de la GIZ sur le montant global du marché arrêté à 250 millions de FCFA. Les faits…
Courant de l’année 2020, AO est l’heureux adjudicataire d’un marché de construction d’un Centre de santé dans la région de Tillabéry d’un cout global de 250 millions soit un peu plus de 381.000 euro financé par la Coopération Allemande GIZ au Niger. Le délai d’exécution est de huit mois et pour cela AO avait obtenu tout ce qu’il lui fallait pour le financement des travaux de construction afin de pouvoir livrer ledit centre à temps. Dès l’obtention du marché il avait saisi la banque agricole du Niger (Bagri) pour l’obtention d’une avance 171 millions pour réaliser l’ouvrage alors même que qu’une avance de 50 millions de FCFA lui a été accordé par la GIZ.
L’histoire commence avec le financement de la Bagri qui nécessite le dépôt d’une garantie qui couvre 171 millions de FCFA. C’est ainsi qu’il contacte son ami SO lui demandant d’intercéder pour lui auprès de son ami à lui DC un propriétaire immobilier âgé de 50 ans natif de Tondibia. Ce dernier faisant foi en son ami SO accepte d’aider AO sans condition financière « Quand il est venu me voir avec SO, il m’a expliqué son problème. J’ai été sensible et j’ai eu l’impression qu’il tenait une affaire à priori sans problème. Nous sommes ensuite allés chez un notaire pour formaliser l’engagement ».
L’engament en effet était que DC met à la disposition de AO plusieurs titres fonciers d’immeubles bâtis et non bâti qui valent plus de 171 millions. Ce dernier s’était engagé à les rétrocédé à DC après un an, délai de sureté avant lequel il était sûr de pouvoir régler ses comptes avec la banque puisque le délai d’exécution du chantier est de 8 mois.
Le problème aujourd’hui ce que DC risque de perdre ses titres fonciers car la Bagri se prépare à liquider lesdits titres pour récupérer son capital et son bénéfice conformément à l’accord signé avec AO.
-Avez-vous un accord sur la base duquel AO devait vous verser quelque chose ? demande le juge à DC.
« Pas du tout, toutefois je reconnais qu’il m’a donné deux millions une fois mais il n’était pas obligé » répond la partie civile qui a confié qu’AO à un moment ne décrochait même pas ses appels quand le délai de leur accord était arrivé courant de l’année 2021. « S’il a pu avoir des soucis avec la banque je crois j’avais le droit de le savoir car c’est mon patrimoine qui est en jeux et je pouvais aider à trouver une solution » s’exclame DC au tribunal.
Comment en est-on arrivé à là ?…
A l’évidence, l’erreur de AO ici était de n’avoir pas pris en compte les facteurs exogènes dans la planification. Depuis 2019 peut-on exécuter un projet à Tillabéry sans mettre en perspective la question de l’insécurité dans la région ? La coopération Allemande a-t-elle manqué de rigueur vis-à-vis de son fournisseur de ce point de vue ? Telles sont les questions que l’on est en droit de se poser au regard de la légèreté avec laquelle AO a abordé ce projet car de toute évidence il n’avait aucun plan pour minimiser l’impact de l’insécurité sur le projet.
Pour preuve : sur le papier le projet est toujours en cours d’exécution près de 5 ans après alors qu’ils sont censés durer moins de 8 mois en depuis de l’insécurité. Par ailleurs, nous apprenons qu’en dépit de l’insécurité les travaux de construction du centre devrait pouvoir se terminer relève un cabinet commandité pour auditer le projet.
Devant le juge, AO voulant justifier le retard et la tournure que les chose prennent avec la Bagri au détriment de DC par le seul facteur sécuritaire, mais le juge contre-carre. Le cabinet qui a audité a-t-il demandé l’arrêt des travaux pour cause d’insécurité ? La réponse est non reconnait finalement AO.
Pour l’avocat du prévenu, le tribunal doit faire confiance en son client et ne pas le condamner pour plusieurs raisons. D’abord a-t-il souligné, « les travaux du centre son exécuté à hauteur de 65% » et aussi « la Coopération Allemande reste lui devoir la somme de 173 millions ».
Pour le parquet, il ne fait aucun doute au regard de tous les éléments présentés devant le tribunal, AO est coupable d’abus de confiance. Raison pour laquelle il a requis deux ans de prison ferme contre lui et 100.000 FCFA d’amende.
Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

