(Echos du Niger 11 mai) MR est une jeune femme âgée d’une trentaine d’années et titulaire d’un diplôme en gestion décroché dans une école de la place. Après quelques années passées à désespérer dans le désert aride du chômage, une de ses tantes lui a fait confiance pour travailler dans son entreprise, une quincaillerie basée dans un quartier de Niamey. Malheur lui en a pris, avec la complicité (supposée) du gestionnaire des stocks, la jeune dame met en place un système de détournement des recettes. La mafia découverte, les deux complices sont jetés derrière les barreaux. Le 9 avril dernier, ils sont faits face aux juges du pôle spécialisé en matière économique et financière du Tribunal Grande Instance hors classe de Niamey. Les dégâts sont estimés à 16 millions.
En juin 2021, MR est heureuse de pouvoir rompre avec le chômage. Pour cause, sa tante qui vient d’ouvrir une quincaillerie avec d’importants investissement lui a confier la gestion de la boutique qui abrite des marchandises d’une valeur de plusieurs millions de FCFA renouvelés régulièrement après épuisement du stock. Enregistrer les ventes dans un livre de compte, mettre à jour régulièrement la comptabilité à l’aune du stock disponible et faire un rapport régulièrement à HB la patronne de l’établissement, telles sont entre autres les taches de la dame. Comme salaire, elle perçoit 80.000 FCFA/mois. Quand MR commence le job, au bout quelques semaines, sa patronne a estimé qu’elle ne pouvait gérer toutes les taches à elle seule. Elle lui demande alors de trouver quelqu’un qui va assurer la gestion du magasin de stock et les livraisons. « Lorsqu’elle m’a dit de trouver quelqu’un j’ai pensé à IS un jeune de mon quartier qui était très correcte et bien éduqué. J’ai lui ai fait la proposition et il a accepté » témoigne MR devant le juge.
La collaboration avait bien débuté entre MR, IS le logisticien et la patronne de la quincaillerie. « Chaque jour à la décente, je fais le compte, vérifie les stocks et chaque semaine je fais le point avec la patronne le plus souvent chez elle, car elle peut passer des longues périodes sans faire un tour à la boutique » explique la jeune dame au tribunal.
Ainsi, dans un premier temp, les comptes se faisaient normalement, aucun problème n’est constaté. Les choses se passaient tellement bien que quelque chose avait l’air de ne pas tourner rond. MR curieusement commence à donner de l’argent à son collègue cogestionnaire, de temps en temps. Cet argent qui était certes des sommes presques insignifiantes au début variant entre 1.000 FCFA et 5.000 ont commencé à hausser. Arrive des moments où IS recoit des sommes allant jusqu’à 40.000 FCFA. Quand ce dernier par curiosité interroge sa collègue sur l’origine de l’argent celle-ci lui répond que ce sont des surplus des ventes. Le jeune IS âgé de 20 ans ne comprenais pas trop mais continuait d’empocher à cœur joie, surtout que des fois ce ‘’cadeau’’ vient clôturer une journée bien faite où des clients ont été généreux en lui offrant des petits pourboires après des livraisons. Cependant quelques semaines et des mois plus tard le doute et la suspicion s’installent au sein de l’établissement. Pour cause la jeune gestionnaire MR multiplie les détournements.
La découverte du pot aux roses…
Pour la jeune dame, sa patronne serait naïve et ne comprenait pas. En effet, celle-ci a déjà constaté des trous dans la comptabilité mais tant qu’elle n’a pas preuve, elle se refuse d’accuser directement ses employés. En juin 2022 alors que HB était parti pour la Mecque, la jeune gestionnaire fait un gros coup. D’emblée elle pioche la coquette somme de 500.000 FCFA. Dès son retour du pèlerinage la patronne a engagé une opération de contrôle qui lui a permet de découvrir le pot aux roses. Le suspect ni tout en bloc, estime qu’elle n’a fait que prélevé des surplus de ventes.
Face aux juges « au mois de juin cette année nous avons constaté un surplus de 500.000. Nous l’avons partagé en deux avec IS. C’est quand la patronne a fait son contrôle que je me suis rendu compte que ce n’étais pas un surplus et j’ai appelé IS pour lui expliquer et lui demander de rembourser » explique la prévenue.
En réalité vous vous êtes juste rendu compte que votre tricherie a été découverte lance un des juges. Comment pouvez-croire un surplus de d’un montant si élevé ? vous êtes diplômé en gestion rappel le juge. Combien coute les tuyaux dont vous dite tirer les surplus ?
-Ils coutent 1000 FCFA et nous ajoutons 200 FCFA qui nous reviens à nous répond-elle.
-Donc vous voulez nous faire croire que c’est avec ce montant que vous arrivez à vous partager des sommes aussi importantes ?
-Face à cette question déroutante du tribunal, la jeune femme répond avec un silence presque troublant.
-Dites-nous comment vous faite pour brouiller les pistes ? interroge un autre juge.
Plus d’échappatoire, MR reconnait son forfait et se confi. « Après les décentes, je falsifie le registre des comptes, je retire les vrais chiffres et j’ajoute de nouveaux » reconnait MR. Dans ce sursaut de sincérité, la gestionnaire disculpe son collègue en endossant toute la responsabilité des détournements. Elle affirme qu’IS ne participait pas à la gestion de la caisse et ne savait rien de ses agissements « il prend juste ce que je lui donne » indique MR. Cette révélation explique en effet, pourquoi après l’emprisonnement des deux prévenus suite à la poursuite engagée par leur patronne, elle MR a puis payer huit (8) millions (sur les 16 que réclame HB) pour avoir une liberté provisoire alors qu’IS lui continuait à garder la prison jusqu’au procès.
Ceci étant dit, IS n’avait plus besoin de revenir à la barre plaider à sa décharge, le ministère public face aux aveux de MR requiert son renvoi pour absence d’éléments d’intention.
En revanche, s’agissant de MR, le procureur requiert deux (2) ans de prison ferme et 200.000 FCFA d’amande pour abus de confiance, faux et usage faux en écriture privée.
Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

