(Echos du Niger 12 mai) La journée du vendredi 9 mai 2025, marque un pas décisif dans la compréhension et le rapprochement entre la justice nigérienne et les justiciable par l’entremise de la presse. une quinzaine de journalistes issus des médias audiovisuels et de la presse écrite, publique comme privée, ont eu l’opportunité unique de franchir les portes du Tribunal de Grande Instance Hors Classe (TGIHC) de Niamey. Cette visite guidée, organisée par le Réseau des Journalistes pour le Droit de l’Homme (RJDH) avec l’appui de l’Organisation Internationale de Droit du Développement (IDLO), s’inscrit dans le cadre du Projet de renforcement de l’accès à la justice pour une meilleure protection des citoyens au Niger.
L’objectif de cette initiative est sans équivoque : renforcer la compréhension du fonctionnement judiciaire auprès des professionnels de l’information afin qu’ils puissent, à leur tour, transmettre ce savoir au grand public. Car le constat est amer, comme l’a souligné le procureur de la République près le TGIHC, M. Ousmane Baydo : « La majorité des Nigériens ignorent les rouages de la justice, ce qui explique les sollicitations inappropriées adressées à l’appareil judiciaire. »
La visite a débuté au cabinet du procureur. Dans un échange direct et didactique, M. Baydo a présenté son rôle ainsi que celui de ses collaborateurs, notamment les substituts et procureurs adjoints. Le procureur, magistrat du parquet, est chargé de l’action publique. Il reçoit les procès-verbaux des services d’enquête (police judiciaire, gendarmerie, garde nationale), décide des suites à leur donner, engage des poursuites ou classe les affaires selon les circonstances.

Chaque mois, près de 400 dossiers atterrissent au parquet de Niamey. Ces affaires, souvent complexes, suivent un circuit rigoureux : lecture et analyse du procès-verbal, qualification juridique des faits, décision d’orientation (classement, poursuite par citation directe ou ouverture d’une information judiciaire), saisine éventuelle d’un juge d’instruction, et enfin audience devant les tribunaux.
Après le parquet, les journalistes ont visité les cabinets des juges du siège, ces magistrats qui tranchent les litiges et rendent les décisions. Le premier arrêt a été au cabinet du juge Brah Amadou Ali, en charge des crimes et délits de droit commun — tels que les vols, agressions, homicides ou encore viols — des infractions qui, bien que fréquentes, exigent rigueur et humanité dans leur traitement.
Ensuite, les journalistes ont été reçus par le deuxième vice-président du tribunal, M. Souley Ouali Ibrahim, responsable du pôle économique et financier. Là, ils ont découvert les subtilités des affaires de détournement de fonds publics, de blanchiment d’argent ou de fraude, dont le traitement exige des investigations poussées et une collaboration étroite avec les institutions de contrôle. Les Echos du Niger vous propose d’ailleurs cette semaine quelques comptes rendus sur des dossiers de détournement de fonds publics et privés jugés récemment par ce pôle spécialisé.
L’étape suivante les a conduits chez le doyen des juges, M. Salaou Issoufou. Magistrat chevronné, il joue un rôle central dans l’instruction des dossiers complexes. Son cabinet est saisi des affaires qui, par leur technicité ou leur sensibilité, nécessitent une attention particulière. Il intervient aussi dans les enquêtes du tribunal militaire, ce qui témoigne de l’étendue de ses compétences.
Autre moment fort : la visite du cabinet de la juge Dadi Hadjara Abdoulaye, en charge des mineurs en conflit avec la loi. Ici, la justice prend un visage plus humain. « Nous ne parlons pas de délinquants mineurs, mais d’enfants en conflit avec la loi », précise-t-elle. Son cabinet ne se limite pas à instruire les dossiers : il les juge également, dans une logique de pédagogie, de protection et de réinsertion, loin de la seule répression.
Enfin, les journalistes ont exploré le pôle dédié à la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée. Ce service, composé de neuf cabinets d’instruction, traite les dossiers liés aux groupes armés, aux trafics de stupéfiants, d’armes et à toutes les formes de criminalité transfrontalière. Le magistrat Zakari Ibrahim a exposé avec précision les défis de ce pôle, au regard du contexte sécuritaire tendu que traverse le Niger.

La visite, conduite de bout en bout par le juge Zakari Djabo, s’est achevée sur une note de convivialité, avec une photo de famille aux côtés du procureur. Mais au-delà de la symbolique, c’est une véritable immersion dans l’univers judiciaire qui s’est offerte aux journalistes.
Cette initiative salutaire vient combler un vide. Elle renforce le lien entre la presse et la justice, deux piliers essentiels de l’État de droit. Car une justice transparente ne peut exister sans une presse bien informée, capable de traduire avec exactitude et pédagogie les mécanismes de cette institution souvent méconnue du grand public.
C’est désormais le devoir de ces journalistes de restituer fidèlement cette expérience dans leurs médias respectifs, et de contribuer ainsi à bâtir une citoyenneté plus éclairée, respectueuse de la légalité et confiante envers ses institutions.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

