Site icon

Mali: face à la contestation, les autorités suspendent les partis et activités politiques jusqu’à nouvel ordre

Publicités

(Echos du Niger 8 mai) Les autorités maliennes ont annoncé, ce mercredi 7 mai, la suspension des partis et activités et partis politiques jusqu’à nouvel ordre. Officiellement, cette suspension a été motivée par des “raisons d’ordre public” mais elle intervient dans un contexte marqué par des tensions à risque suite aux mouvements de contestation qui prennent de l’ampleur contre la dissolution annoncée des formations politiques ainsi que la prolongation de la transition.

L’annonce est tombé comme un couperet en milieu de journée de ce mercredi 7 mai 2025 à travers un communiqué lu à la télévision nationale (ORTM) et par la suite la publication au Journal officiel d’un décret du Président de la Transition, le Général Assimi Goita. Les autorités maliennes ont décidé de la suspension immédiate et jusqu’à nouvel ordre des activités de tous les partis politiques sur l’ensemble du territoire national. Selon le texte officiel, cette suspension s’applique non seulement aux “partis politiques formellement constitués”, mais également à  “toutes associations à caractère politique et organisations se réclamant d’un caractère politique”. Les autorités justifient cette décision par des “raisons d’ordre public”.

Vent de contestation contre la transition

La  décision des autorités maliennes intervient à deux jours d’une nouvelle manifestation prévue par les partis d’opposition pour le vendredi 9 mai afin de s’opposer contre la dissolution annoncée des partis politiques et la prolongation de la Transition sur le modèle du Niger et du Burkina Faso, les autres pays de l’AES. Des manifestations qui s’annoncent sous haute tension au regard de ce qui s’est déjà passé le weekend passé avec les incidents, d’abord le samedi, au Palais de la Culture Amadou Hampaté Ba, et le dimanche à la Maison de la presse, à Bamako. On se rappelle que des opposants qui avaient appelé à des manifestations ont été empêchés par ce qu’ils ont qualifiés  de “loubards et autres nervis”, en référence à des soutiens de la transition qui ont bloqué l’entrée principale dans la nuit du 2 au 3 mai avant de pénétrer de force dans l’enceinte. Selon les organisateurs, des participants auraient été brutalisés puis expulsés sur ordre des forces de l’ordre.

Cette montée de la contestation politique fait suite à volonté supposée des autorités de transition de dissoudre les partis politiques et de prolonger pour cinq (05) ans renouvelables, la transition militaire qui est déjà à un quinquennat alors que les élections sensées ramener l’ordre constitutionnel sont sans cesse reportées aux calendes grecques. La semaine dernière, le Conseil des ministres avait procédé à l’adoption d’un projet de loi controversé visant à abroger la Charte des partis politiques de 2005 et le Statut de l’opposition de 2015. Ce texte, issu des concertations régionales et nationales d’avril 2025, organisées par le pouvoir mais boycottées par les partis politiques, prévoyait déjà la suppression des partis politiques existants, la fin du financement public et la disparition du statut de chef de file de l’opposition.

Les recommandations prévoyaient également de nouvelles conditions strictes pour la création de nouveaux partis, notamment une caution de 100 millions FCFA, en plus d’ouvrir la voie à un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable pour le chef de la transition, le général Assimi Goïta, qui sera érigé au titre de Président de la République.

Suite à ces réformes controversées que le gouvernement comptait visiblement mettre en œuvre comme l’a promis, à la clôture des Assises, le Premier ministre, le général Abdoulaye Maiga,  les partis d’opposition se sont mis sur le pied de guerre en appelant à une mobilisation générale des “démocrate”. Dans une déclaration qui sonne comme un manifeste, ils ont exigé la fin effective de la transition au plus tard le 31 décembre 2025, un calendrier clair pour le retour à l’ordre constitutionnel, la libération des détenus d’opinion et le retour sans condition des exilés politiques. Les partis signataires ont même averti qu’ils engageraient des poursuites contre tout détenteur de pouvoir public impliqué dans la “manipulation de la Constitution ou la dissolution illégale des partis”.

Ce n’est pas la première fois que les partis et activités politiques sont suspendus sous la transition en cours pour des “raisons d’ordre public” pour avoir appeler à la fin de la transition et l’organisation d’élection. Cette fois, le contexte est assez particulier car c’est pour la première fois qu’un vent de contestation prenne une telle ampleur. Pour l’heure, les premières réactions des partis politiques vont dans le sens de l’apaisement et les opposants disent se conformer à la légalité pour ne pas “tomber dans le piège du pouvoir”. Il reste à attendre la suite notamment lorsque les autorités vont acter la mesure de dissolution des partis politiques…

Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

Quitter la version mobile