Médias: au Niger, la liberté de la presse recule selon Reporters Sans Frontières (RSF)

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(Echos du Niger 5 mai) A la veille de la célébration, le 3 mai de chaque année, de la Journée mondiale de la liberté de la presse instaurée par l’ONU, en 1993 pour le « maintien de la vie démocratique d’un pays », l’ONG internationale de protection des journalistes Reporters Sans Frontières (RSF), a publié son traditionnel classement mondial de la Liberté de la Presse. Dans cette édition 2025, le Niger  a occupé le 83e rang mondial et perd ainsi 3 places par rapport à 2024. Dans son rapport, RSF a estimé que la situation de la presse au Niger reste “problématique” et a pointé du doigt le contexte politique notamment les évènements du 26 juillet 2023 avec le coup d’Etat du CNSP qui a été « le catalyseur d’importantes violations de la liberté de la presse » ainsi que l’environnement économique des médias qui s’est “fortement dégradé”.

Il fallait s’y attendre au regard de la situation politique et socioéconomique que traverse le pays et plus particulièrement l’état de la presse au Niger. Dans le classement mondial 2025 de la Liberté de la Presse, établi chaque année par Reporters sans Frontières (RSF), le Niger a perdu trois (03) places par rapport à 2024 pour se retrouver à la 86e place, entre la Zambie et le Paraguay. Le pays a été classé en “zone orange”, c’est à dire la zone des pays où la situation de la presse est « problématique ».

Contexte politique propice aux violations de la liberté de la presse selon RSF

Dans son rapport,  RSF a expliqué ce nouveau recul par « le coup d’État de juillet 2023 qui a été le catalyseur d’importantes violations de la liberté de la presse dans le pays », alors que « l’environnement économique des médias s’est fortement dégradé »

Selon le rapport, le contexte politique est marquée par « une indépendance de l’information sur les chaînes publiques de télévision et radio qui n’existe pas, et elle demeure rare sur les chaînes privées ». Aussi, le poids de l’ingérence éditoriale des autorités s’est accentué avec l’arrivée au pouvoir des militaires du Conseil national pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), en juillet 2023. En janvier 2024,rappelle l’organisation internationale,  le ministère de l’Intérieur a retiré l’autorisation d’exercice de la Maison de la presse. « Cette organisation faîtière des associations de journalistes a dénoncé les violations de la liberté de la presse aux premières heures du coup d’État », est-il relevé tout en ajoutant que « depuis le changement de pouvoir, au moins deux journalistes ont été poursuivis après des publications sur des sujets liés à l’armée ». 

L’ONG internationale de défense et de protection des journalistes a aussi fait cas de l’adoption d’un Code de la presse en 2010 qui a été une avancée majeure pour la protection des journalistes, mettant fin aux peines privatives de liberté pour les délits de presse. « Pour autant, cette loi plus protectrice est régulièrement contournée. Certains journalistes sont encore arrêtés, voire condamnés à des peines de prison pour leurs enquêtes sur des faits de corruption », a souligné RSF qui relève également que « la modification de la loi sur la cybercriminalité, signée en juin 2024, rétablissant les peines d’emprisonnement en cas de diffamation ou de diffusion de données de nature à troubler l’ordre public commises par voie électronique, inquiète la profession ».

Un environnement économique peu favorable pour les médias nigériens

Autre aspect important mis en évidence dans le rapport, c’est « l’environnement économique au Niger  qui favorise les médias publics qui bénéficient du soutien de l’État alors que les organes privés souffrent d’une grande précarité économique ». Et de faire constater que cette morosité économique dans laquelle végète les médias nigériens  s’est accentuée avec les sanctions imposées par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) depuis le coup d’État de fin juillet 2023.

« La chute des recettes, avec le manque d’annonceurs et les faibles ventes, ainsi que les coûts élevés de l’impression et le développement des réseaux sociaux menacent la survie des journaux. Nombre d’entre eux disparaissent. Les radios privées n’échappent pas à cette fragilité, et seules quelques chaînes de télévision arrivent à tirer profit du marché publicitaire. Cette précarité financière fragilise aussi les journalistes, exposés à la corruption », a estimé RSF. 

Le rapport de RSF a aussi mis en évidence le contexte socioculturel du pays qui n’est pas sans influer sur la dynamique des médias au Niger. « Musulmane et traditionnelle, la société nigérienne accepte difficilement de débattre dans les médias de l’islam et de certains sujets de société tels que la sexualité, l’accès aux contraceptifs et l’adultère. L’autocensure concernant ces sujets est systématique. L’accès aux informations concernant le terrorisme ou des sujets liés aux migrants se révèle très difficile », a déploré RSF. 

Enfin, l’ONG a mis en évidence le volet relatif à la sécurité des médias et des journalistes dénonçant  « les attaques et menaces envers les journalistes, mais aussi les détentions arbitraires ne sont pas rares, surtout depuis l’arrivée au pouvoir de la junte ». Ainsi, note RSF,  des atteintes à la liberté de la presse ont été observées dès juillet 2023 avec des attaques contre des journalistes locaux et internationaux. Les signaux de RFI et France 24 ont été coupés une semaine après le coup d’État et des journalistes de médias internationaux ont été ciblés par des attaques comme c’est le cas de la journaliste nigérienne Samira Sabou qui est restée en détention secrète pendant huit jours en septembre 2023, notamment pour « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public ». 

Une situation difficile pour la liberté de la presse partout dans le monde

Malgré cette situation peu favorable pour les médias et les journalistes et par conséquent pour la liberté de la presse selon RSF, le Niger (83e) est bien classé que tous ses voisins notamment l’ Algérie (126e), le Bénin (92e), le Burkina Faso (105e), le Mali (119e), le Nigéria (122e) et le Tchad (108e).

Autre motif de satisfaction, contrairement à la tendance mondiale qui se dégage, au Niger, seul un (01) journaliste est encore en détention en 2025. Il s’agit notamment de Moussa A. Tchangari, secrétaire général de l’Association Alternatives Espaces Citoyens (AEC), en détention depuis plus de 3 mois pour des soupçons « d’atteinte à la sureté de l’Etat et association avec une organisation terroriste ».  Des accusations rejetés par ses avocats et les associations socioprofessionnelles des médias et des journalistes qui appellent à sa libération.

Il convient de noter que dans cette dernière édition de son classement mondial de la Liberté de la presse, dominé une nouvelle fois par la Norvège, RSF a mis l’accent sur « la fragilisation économique des médias qui constitue l’une des principales menaces pour la liberté de la presse ». Selon le rapport, si les exactions physiques contre les journalistes sont l’aspect le plus visible des atteintes à la liberté de la presse, les pressions économiques, plus insidieuses, sont aussi une entrave majeure. Ainsi, l’indicateur économique du Classement mondial de la liberté de la presse continue de chuter en 2025 et atteint un niveau critique inédit.

Conséquence : pour la première fois, la situation de la liberté de la presse devient “difficile” à l’échelle du monde. « Garantir un espace médiatique pluraliste, libre et indépendant nécessite des conditions financières stables et transparentes. Sans indépendance économique, pas de presse libre. Quand les médias d’information sont fragilisés dans leur économie, ils sont aspirés par la course à l’audience, au prix de la qualité, et peuvent devenir la proie des oligarques ou de décideurs publics qui les instrumentalisent. Quand les journalistes sont paupérisés, ils n’ont plus les moyens de résister aux adversaires de la presse que sont les chantres de la désinformation et de la propagande. Il convient de restaurer une économie des médias qui soit favorable au journalisme et qui garantisse la production d’informations fiables, une production nécessairement coûteuse. Des solutions existent, elles doivent être déployées à grande échelle. L’indépendance financière est une condition vitale pour garantir une information libre, fiable et au service de l’intérêt général », a commenté Anne Bocandé, Directrice éditoriale de RSF, cité par le Rapport.

Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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