(Echos du Niger 3 mai) A l’instar de leurs homologues du monde entier, les travailleurs de Zinder ont également célébré, jeudi 1er mai 2025, le 139e anniversaire commémorant les événements tragiques de Chicago de 1886. A cette occasion, la coordination syndicale régionale regroupant les principales centrales syndicales ont organisé un grand défilé à la tribune officielle de la capitale du Damagaram en présence des autorités administratives et coutumières à qui ils ont remis leurs cahiers de doléances. Contrairement aux éditions précédentes, cette année la célébration a été particulièrement sobre en raison du contexte socioéconomique ambiant marqué par une cherté de la vie qui pèse de plus en plus sur les ménages notamment pour les salariés végétant dans une sorte de précarité mais aussi l’absence de perspectives pour de milliers de jeunes sans emploi, dans l’attente d’éventuels recrutements à la fonction publique et une vague de nouveaux chômeurs dont les perspectives ont été assombries par la série de fermeture des ONGs, projets et programmes de développement, grands pourvoyeurs d’emplois dans la région. Avec le moral en berne, une résilience à l’épreuve de la précarité et des perspectives peu reluisantes, beaucoup n’avait pas le cœur à la fête. Reportage.
Il y avait d’abord le coté célébration avec le défilé symbolique et les différents activités traditionnellement organisées pour commémorer, comme chaque année, les tristes évènements de Chicago au cours desquels les braves femmes et hommes sont lâchement abattus par les balles du capitalisme en revendiquant des meilleures conditions de vie et de travail. A ce niveau, les différentes centrales, les syndicats ainsi que les autres organisations socioprofessionnelles ont répondu présent à la manifestation suivie de défilé organisée à la Tribune officielle de Zinder. Une manifestation qui s’est déroulée en présence du Gouverneur de la région, du Sultan du Damagaram, des responsables des FDS ainsi que des autorités administratives et coutumières.
Des revendications, des doléances et des attente…
« Au Niger, cet événement constitue à la fois un symbole et un détonateur, qui nous permet, au niveau des centrales syndicales de la Région de Zinder, de saisir cette opportunité afin de nous prononcer sur la vie des travailleurs mais aussi de la patrie » a souligné à la tribune, Hamza Mamane, coordinateur USTN Zinder, avant de s’incliner et rendre hommage, au nom des centrales syndicales, à la mémoire des victimes du terrorisme et de l’insécurité notamment les braves soldats qui combattent nuit et jour contre les ennemis de la patrie. Abordant la situation nationale, le leader syndicale a rappelé la situation que vit le pays depuis les événements du 26 juillet 2023 ainsi que la refondation en cours sous l’égide du CNSP. Il a salué à cette occasion la participation des centrales syndicales de la région de Zinder aux Assises Nationales ayant débouché sur une Charte de la Refondation dont l’article 38 consacre les libertés syndicales.
“En consacrant les libertés syndicales dans la Charte de la Refondation, en plus des dispositions déjà contenues dans les normes nationales et internationales ratifiées par notre pays, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie et le Gouvernement doivent mettre fin désormais aux violations des libertés syndicales relevées à tous les échelons”, a ajouté Hamza Mamane qui a saisi l’occasion pour saluer certains acquis engrangés depuis l’avènement du CNSP au pouvoir. Il s’agit notamment, a-t-il énuméré, de “la dénonciation de tous les accords coloniaux; le départ des troupes impérialistes du territoire nigérien; la création de l’Alliance des Etats du Sahel (AES); la mise en place de la COLDEFF; la tenue des Assises nationales et la mise en œuvre des recommandations et résolutions qui en sont issue dont les consultations pour la mise en place du conseil consultatif de la refondation”.

Sur le plan régional, les centrales syndicales ont, à travers les déclarations de leur porte-parole, constaté avec amertume, “l’insécurité grandissante dans le monde de travail; les mauvaises conditions de vie et de travail; la précarité que vivent au quotidien les contractuels de l’éducation et de la santé; les licenciements économiques des travailleurs des ONG; la faible implication des centrales syndicales dans les activités qui touchent la vie de la région”. D’autres constats plus généraux ont été également soulevés comme la persistance du problème d’eau dans la ville de Zinder, la prolifération des accidents routiers dans la région, la lenteur dans le traitement des dossiers à la caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ainsi que des cas d’agression physique de travailleurs sur leurs lieux de travail.
Des promesses et encore des promesses...
Au regard de tout ce qui précède, les centrales syndicales de la Région de Zinder ont exigé des autorités de la transition et du CNSP, “de recruter les contractuels à la fonction, rehausser les revenus de travail dans la fonction publique dans l’immédiat et sans condition, sécuriser les travailleurs sur leurs lieux de travail, garantir aux travailleurs licenciés des issus heureuses et d’accélérer le processus de traitement judiciaire des dossiers des travailleurs”. Les syndicats ont également demandé au Gouverneur de la Région de s’impliquer pleinement pour un dénouement heureux de la situation de l’hôpital de Zinder, d’impliquer les structures syndicales dans les actions du développement et les organes de décisions, de créer les conditions pour mettre fin définitivement au problème d’eau de la ville de Zinder, de sensibiliser les conducteurs au respect de code la route et la sécurité au travail. “ Nous adressons nos sincères remerciements au sultan du Damagaram pour ses multiples efforts dans la résolution des conflits entre les employés et les employeurs, à tous nos partenaires, aux syndicats affiliés et l’ensemble de la population de Zinder pour leur soutien”, a enfin conclu le porte-parole des centrales syndicales de Zinder.
En réponse, le Gouverneur de la Région a dit prendre acte de toutes les doléances et revendications formulées par les représentants des différentes corporations et syndicats et a assuré qu’elles seront transmises à qui de droit pour diligence. “Le gouvernement n’a cessé d’impliquer tous les acteurs du dialogue social dans les réflexions visant la recherche des solutions aux préoccupations des partenaires sociaux. En effet, pour réguler, les tensions ou conflit, qui affectent les relations professionnelles, quoi de plus normal, qu’un cadre promotionnel de dialogue social » a mis en avant le Colonel Massalatchi Mahaman Sani, Gouverneur de la Région de Zinder qui a tenu à féliciter les travailleuses et travailleurs, qui se sont brillamment distingués, par leur dévouement au travail, avant de rendre également un vibrant hommage aux forces de défense et de sécurité nigériennes qui se sacrifient nuit et jour pour défendre la patrie, souvent au péril de leurs vies tout en souhaitant un hivernage fécond afin que soit banni à jamais, le spectre de la faim et de la précarité.
Il faut noter qu’en plus du traditionnel défilé, la manifestation a été aussi l’occasion de remettre plusieurs témoignages de satisfaction et de reconnaissance à des autorités, personnalités et autres acteurs qui se sont distingués dans la promotion du dialogue social mais aussi l’amélioration de l’environnement du travail dans le cadre des actions de développement de la région de la région et du pays.
Moral des travail en berne, la résilience à l’épreuve de la précarité et d’absence de réelles perspectives pour les travailleurs, sans emplois et chômeurs…
Comme d’habitude, la population a aussi massivement à la manifestation et s’est beaucoup régalée de la démonstration faite par les différentes corporations de leur travail. Cependant, la célébration était loin de celles des années antérieurs et pour beaucoup, même parmi les travailleurs, le cœur n’y était vraiment pas la fête. Le fait que ce mois, les salaires ont un peu tardé à être virés dans les banques n’expliquent pas tout puisqu’il y avait un temps que le spleen était ambiant chez les ménages des salariés et autres employés avec un moral de plus en plus en berne. La morosité économique de ces derniers mois qu’expliquent le contexte que traverse le pays est venu amplifier une cherté de plus en plus pesante de la vie particulièrement des produits de première nécessité. “Nous nous attendons depuis des années à une augmentation des salaires pour faire face à l’inflation mais dans le contexte actuel, ce n’est visiblement plus d’actualité”, se désole A. Razak, un enseignant du secondaire.

Chez les contractuels, notamment de l’éducation et de la santé, c’est la précarité ambiante et l’espoir qui s’éloigne de plus en plus d’un recrutement à la fonction publique qui amplifie le moral en berne. “Malgré les promesses de recrutement à chaque fois repoussées, notre génération est celle qui sera certainement sacrifiée car il y a ceux qui ont plus de 20 ans dans le contrat et n’ont aucun espoir d’intégrer la fonction publique malgré le sacrifice consenti à la nation”, constate avec amertume Mme Rahila, une mère de famille et enseignante contractuelle dans une école primaire d’un village périphérique de la villes aux milles collines.
A cela s’ajoute l’absence de perspectives particulièrement chez les jeunes mais aussi les diplômés. “Il n y a plus de recrutement dans la fonction publique, les seuls corps qui recrutent ce sont les FDS et là aussi, ce n’est pas garanti”, se désole G. Galadima, un jeune de 28 ans, qui dit passer presque tout son temps à la Fada.
Cette année, dans la région de Zinder, la vague de fermeture des ONGs nationales et internationales ainsi que par ricochet, des projets et programmes, a aggravé le taux de chômage dans la région. Ces structures actives dans l’humanitaire et dans le développement sont, en effet, de grands pourvoyeurs d’emplois et l’impact de la décision des autorités de les fermer, se fait sentir avec acuité. “Je gagnais bien ma vie en travaillant pour une ONG avec laquelle j’ai passé une dizaine d’années. Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés au chômage sans aucun préavis. Comment je vais faire maintenant pour prendre en charge ma famille alors qu’aucune alternative ou mécanisme d’atténuation n’a été prévu?” , déplore sous forme d’interrogation, Omar T., marié et père de 3 enfants qui passe plus son temps à se morfondre aussi avec ses amis de la Fada. “Désormais, tout le quartier sait que je suis chômeur et même le boutiquier du coin me refuse du crédit”, persifle-t-il sur fonds d’insultes.

En attendant de lendemains meilleurs, l’espoir s’amenuise de plus en plus et pour beaucoup de jeunes et d’anciens travailleurs que nous avons rencontré, leur rappeler cette fête de travail, c’est presque une insulte. Les discours et autres promesses que ressassent les autorités commencent à ne plus produire d’effet, ce qui constitue un véritable risque pour toutes les tentations. Fort heureusement, Zinder est une ville assez religieuse, à la limite conservatrice et comme une cantine, ce qui revient le plus comme c’est: “komi daga Allah né”, Tout vient de Dieu, en langue haussa locale…!
A Zinder, Ikali DH(lesechosduniger.com)
