Libération des prisonniers politiques au Niger : le cas de Mohamed Bazoum, un enjeu politique majeur

Gouvernance Justice Niger

(Echos du Niger 2 avril) Le ministre secrétaire général du gouvernement du Niger a annoncé hier 1er avril 2025 sur la chaîne de la télévision nationale Télé Sahel, la libération de plusieurs prisonniers politiques dans le cadre de la mise en œuvre des résolutions issues des Assises Nationales. Cette initiative, décidée par le président Abdourahamane Tiani, semble répondre à un besoin de réconciliation et de pacification politique, après des mois de tensions internes. Toutefois, la question qui s’impose est celle de l’exclusion de certaines figures politiques emblématiques, dont l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse Khadija, de cette mesure de grâce. Leur absence dans la liste des personnes libérées, soulève des interrogations sur le plan national et internationale dans la mesure où la libération du président déchu intéresse le monde entier.

La libération de prisonniers politiques, surtout dans un contexte aussi délicat qu’un coup d’État, devrait être un acte de rassemblement national. Toutefois, en excluant Mohamed Bazoum et son épouse, les autorités semblent inscrire cette mesure de grâce dans une logique de justice sélective. Alors que plusieurs ministres et proches du président renversé, inculpés, bénéficient de cette clémence, l’absence de Bazoum de cette liste semble plus politique que juridique. Est-ce une manière de sanctionner son refus obstiné de démissionner lors des premiers jours de sa séquestration, après le coup d’État du 26 juillet 2023 ? Ce geste de résistance pourrait expliquer, en partie, sa détention prolongée.

En effet, la question de la durée de la détention de Mohamed Bazoum ne peut être dissociée des enjeux politiques en jeu. Le général Tiani, ayant pris le pouvoir par un coup d’État, semble réticent à se séparer de la figure de Bazoum, qu’il garde comme une sorte de « garantie » politique dans la haute sphère de l’État. La détention prolongée du président renversé pourrait ainsi servir d’outil de pression et d’assurance pour le pouvoir en place, dans un contexte de gouvernance militaire fragile. Si le président déchu était libéré, cela pourrait symboliser un retour en arrière, voire une remise en cause de la légitimité du coup d’État. Dès lors, la situation devient une question de rapport de forces internes et non de justice équitable.

Un autre aspect préoccupant est celui de la transparence des critères de libération. Si la mesure de grâce s’applique à certains membres du précédent gouvernement, pourquoi Bazoum, qui reste détenu avec des accusations similaires à quelques variantes près, n’en bénéficie-t-il pas ? Ce double standard suggère un traitement partial et non fondé sur des principes clairs. Cela laisse supposer une manipulation politique des décisions de justice, où certains détenus sont libérés pour des raisons de convenance tandis que d’autres restent derrière les barreaux pour servir de « leviers » dans les négociations internes ou même venant du gotha international.

L’on se rappelle il y a un peu plus d’un mois, le 24 février précisément, le chef de l’Etat a reçu une délégation Qatarie de haut niveau conduite par le chef de la très-très forte diplomatie Qatari Dr Mohamed Bin AbdoulAziz Al-Khulaifi au Palais présidentiel en présence du Garde des Sceaux Aliou Daouda. Selon plusieurs indiscrétions, cette mission du Qatar s’est montrée très intéressé par la libération du Bazoum mais à l’issue de la visite rien n’a filtré. Bien avant cette démarche du Qatar, c’est le Roi du Maroc Mohamed VI qui était à la manœuvre pour la libération du président déposé le 26 juillet

À ce stade, il est légitime de se demander si cette situation n’est pas le reflet d’un choix stratégique du pouvoir en place. En retardant la libération de Mohamed Bazoum, le général Tiani cherche-t-il à maintenir une forme de contrôle sur les enjeux politiques du pays, en conservant son paravent politique que constitue la détention de l’ancien président ? L’un dans l’autre, le climat politique reste tendu, et l’incertitude entourant la libération de Bazoum laisse présager des luttes de pouvoir internes, qui risquent d’affecter la stabilité du pays.

Il est urgent que les autorités militaires clarifient rapidement les raisons de cette exclusion. Le principe d’égalité devant la loi et l’intérêt de la réconciliation nationale imposent que la libération des prisonniers politiques ne soit pas un outil de division, mais un véritable acte d’apaisement. L’avenir proche nous dira si cette promesse de justice sera effectivement tenue, ou si elle ne sera qu’un autre outil de manipulation politique.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)