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Niger : Libération de prisonniers politiques et d’anciens putschistes

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(Échos du Niger 1 avril) Conformément à l’engagement qu’il a pris et suite à l’ordonnance signé le 26 mars dernier, le Président de la République, le Général Abdourahamane Tiani, a acté la libération de plusieurs prisonniers civiles et militaires dont la liste a été dévoilée ce mardi 1er avril dans un communiqué du Secrétaire général du gouvernement lu dans la soirée sur la télévision publique. Parmi les bénéficiaires de cette mesure d’élargissement qui découle des résolutions des Assises nationales de la refondation, des anciens ministres, officiers des FDS et personnalités politiques de l’ancien régime impliquées dans diverses affaires de “tentative de coup d’état”, “complot et atteinte à la sureté de l’Etat” ou “tentative de déstabilisation”. Des affaires qualifiées de politique dont certaines ont été définitivement jugées alors que d’autres sont en pleine procédure. De grands absents toutefois sur la liste dont celle du Président Bazoum Mohamed ainsi que d’autres personnalités politiques et acteurs de la société civile emprisonnés au lendemain des évènements du 26 juillet 2023 et l’avènement du CNSP au pouvoir.

Beaucoup de leurs partisans et membres de la famille avaient espéré pouvoir célébrer la fête de l’Aïd avec eux suite à l’engagement solennel pris par le Président du CNSP, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, de concrétiser “sans faiblesses” les recommandations et résolutions des Assises nationales de la Refondation qui se sont déroulées du 15 au 20 février 2025 à Niamey, en particulier celle relatif à la libération des détenus civils et militaires. D’autant que le 26 mars dernier au Centre des Conférences Mahatma Ghandi de Niamey, le Chef de l’Etat a donné suite à son engagement à la suite de son investiture en signant l’ordonnance portant libération des détenus civils et militaires impliquées dans des affaires considérées comme “politique”.

Le d’armée Abourahamane Tiani président de la République

Cela n’avait pas été le cas en dépit des instructions données au ministre de la Justice, Garde des Sceaux et l’attente a commencé à être longue pour les membres des familles des prisonniers avant que ce mardi 1er avril, la décision du chef de l’Etat ne soit véritablement actée. Et ce n’est pas un poisson d’avril comme l’aurait pu le croire certains dans le contexte actuel marqué par la propagation de la désinformation à outrance. Dans un communiqué lu à la télévision publique dans la soirée de ce mardi, le ministre secrétaire général du Gouvernement dans la soirée, Mahaman Laouali Roufai, a donné la liste des détenus civils et militaires qui viennent de bénéficier de cette mesure d’élargissement qui s’inscrit également dans la droite ligne de “l’appel au pardon, à l’oubli et à la réconciliation” prônée par le Général Tiani.

Des officiers de l’armée et des FDS …

La liste nominative des mesures de clémence du Chef de l’Etat comprend des dizaines de personnalités civiles et militaires actuellement détenues dans diverses prisons du pays. Des détenus dont certains sont des prévenus et qui sont impliquées dans diverses affaires dont certaines définitivement jugées alors que d’autres sont en cours de procédure ou d’instructions.

Des affaires de “tentative de coup d’état”, “complot et atteinte à la sureté de l’Etat” ou “tentative de déstabilisation” pour lesquels certains des détenus ont même bénéficié de liberté provisoire mais ont continué à garder prison. Pour certains, les affaires remontent à l’ancien régime de la Renaissance du PNSD Tarrayya, sous Mahamadou Issoufou et Bazoum Mohamed, comme c’est le cas de l’ancien général Salou Souleymane, impliquée dans une affaire de tentative de coup d’état avec l’ex lieutenant Ousmane Hambali, l’ancien commandant des FAN Oumarou Issifi ou l’ex capitaine Chekaraou, ainsi que l’ex capitaine Sani Saley Gourouza, le présumé instigateur de l’opération de déstabilisation des institutions de la République qui a été avortée à la veille de la passation des charges entre les présidents Issoufou et Bazoum ou d’autres co-accusés comme l’ancien général Seydou Badié.

Plusieurs de leurs conjurés, des officiers, sous officiers et hommes de rang des Forces de défense et de sécurité (FDS) font également parti de la liste des libérés tout comme d’autres officiers arrêtés et détenus au lendemain du coup d’etat contre Bazoum Mohamed du 26 juillet 2023, à l’image du colonel-major Midou Guirey, ancien Haut-commandant de la Garde nationale du Niger ou l’ancien colonel Alio Matani ainsi que d’autres officiers, sous-officiers et soldats interpellés et poursuivis dans le cadre de l’affaire de complot contre l’Etat.

Des personnalités politiques dont des anciens ministres proches de l’ancien régime…

La liste des prisonniers élargis fait surtout la part belle aux dignitaires de l’ancien régime dont des anciens ministres, ex députés et leaders du PNDS Tarrayya et de l’ancienne majorité au pouvoir.

Parmi les figures les plus emblématiques, l’ancien ministre du pétrole et président du parti rose au moment du coup d’Etat, Foumakoye Gado, son successeur au ministère du Pétrole et fils de l’ancien président Issoufou, Mahaman Sani Mahamadou dit “Abba”, l’ancien chef de la diplomatie nigérienne Ibrahim Yacoubou ou les anciens ministres des Finances, Ahmed Jidoud, ou du Plan, Rabiou Daouda. D’autres anciens ministres et ex députés comme Daouda Marthé ou Kalla Moutari ainsi que l’ancien ambassadeur du Niger au Nigeria, Alat Mogaskiya, le journaliste Ousmane Toudou ainsi que plusieurs acteurs politiques et de la société civile comme le syndicaliste Omar Albadé ont également bénéficié de cette libération. Il faut noter cependant qu’en dehors de l’ancien Président Bazoum Mohamed, dont le maintien en détention n’est véritablement pas une surprise, d’autres prisonniers politiques dont on espérait la libération restent maintenus en détention.

C’est le cas de l’ancien ministre Hama Souley dit “Philo”, qui était à l’intérieur et assurait l’intérim de la défense au moment du coup d’etat ou le journaliste et acteur de la société civile Moussa Tchangari, SG de l’Association Alternatives Espace Citoyen (AES), incarcéré depuis pres de 3 mois à Filingué et poursuivi pour “association de malfaiteurs” et “complot contre l’Etat” en lien avec une entreprise terroriste.La question des exilés proches de l’ancien régime déchu de Bazoum Mohamed dont certains ont été déchu de leurs nationalités n’a également été prise en compte dans le cadre de cette main tendue du général Tiani qui a été investi la semaine dernière pour cinq années “modulables” pour jeter les bases de la refondation du pays selon les conclusions des Assises nationales.

Aboubacar Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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