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France-Afrique: selon  Emmanuel Macron, « la France n’est pas en recul mais se réorganise »

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Le Président français a évoqué, ce lundi 06 janvier à l’occasion de la 30ᵉ Conférence des annuel des ambassadeurs, le sujet sensible de la présence de l’ancienne puissance coloniale sur le continent avec notamment le départ en série  de ses troupes stationnées dans son pré- carré francophone où comme en Afrique de l’ouest et plus particulièrement au Sahel, elles ont été poussées à la porte. Selon Emmanuel macron, la France n’est pas en recul en Afrique mais se réorganise à travers une nouvelle approche moins visible mais plus stratégique avec de nouveaux partenaires comme le Nigéria et le Bénin. L’occasion pour le chef de l’Etat français de régler ses comptes, dans une sorte de baroud d’honneur avec le même ton paternaliste et condescendant qui irrite sur le continent, avec les dirigeants de certains pays qui ont osé remettre en cause cette influence établie depuis les indépendances et qui est en train de perdre du terrain sur le continent malgré les dénégations de Macron qui au passage, s’est lancé emporté dans une sorte de “one man show” dans lequel il a certes lancé des piques mais a aussi avoué à demi-mots, certaines velléités de déstabilisation attribuées à la France contre les pays de l’AES. Comme l’a relevé il y a quelques jours le Général Tiani…

La pilule est visiblement difficile à avaler  comme l’a laissé transparaitre le Président français Emmanuel Macron dans son intervention ce lundi devant les diplomates français réunis pour la 30e édition de leur traditionnelle Conférence annuelle des Ambassadeurs. Face aux diplomates français, Macron s’est pour la première fois longuement épanché sur la série de retrait effectif, en cours et annoncé des soldats français basés depuis des années dans plusieurs pays du continent. Après le départ forcé des troupes français du Mali, du Burkina Faso et du Niger (Confédération AES), le Sénégal a aussi annoncé la fermeture des bases françaises de son territoire avant que le Tchad n’enfonce le clou en allant jusqu’à rompre ses accords de défense avec l’ancienne puissance coloniale. Tout dernièrement, c’est le Président ivoirien Alassane Ouattara qui a annoncé, à la surprise générale, “le retrait concerté et organisé” des soldats français du pays considéré comme un des alliés les plus sûrs de Paris sur le continent.

C’est le cas de le dire, la présence militaire française en Afrique est en train de se réduire comme peau de chagrin mais dans son “one man show” de ce lundi, le Président Macron a rejeté l’idée d’un “recul”, mais plutôt, d’ “une réorganisation” pour mieux s’adapter et répondre aux réalités actuelles. “On a choisi de bouger en Afrique. La France n’est pas en recul en Afrique, elle est simplement lucide, elle se réorganise. Nous avons demandé aux chefs d’État africains de réorganiser notre présence”. Selon Macron, ce réajustement qui est perçu comme une perte d’influence en Afrique est plutôt une initiative portée par la France. “Ce n’est pas parce qu’on est poli, correct et qu’on se réorganise nous- mêmes, qu’il faudrait que ce soit retourné contre nous en disant: ils sont chassés d’Afrique”, a-t-il déclaré tout en adoptant une posture de victimisation face à ce qu’il a qualifié d’ingratitude de certains pays ainsi que de leurs dirigeants. “ Je crois qu’on a oublié de nous dire merci. Ce n’est pas grave. Ça viendra avec le temps. L’ingratitude, je suis bien placée pour le savoir. C’est une maladie non transmissible à l’Homme. Je le dis pour tous les gouvernants africains qui n’ont pas eu le courage de le porter vis-à-vis de leurs opinions publiques”, a asséné Emmanuel Macron qui a saisi l’occasion pour revenir et justifier certaines décisions de la France comme l’intervention militaire de 2013 au Mali contre le terrorisme. Selon Macro, la France a eu “raison” d’intervenir militairement en Afrique contre le terrorisme depuis plus d’une décennie, à la demande des dirigeants africains avant d’estimer, avec la même rengaine habituelle qui a fait son temps à une époque et selon laquelle qu’«aucun d’entre eux [dirigeants africains et plus particulièrement du Sahel, NDLR] ne serait aujourd’hui avec un pays souverain si l’armée française ne s’était pas déployée».

Le Baroud d’honneur de Macron

Pour le Président français, le départ des soldats français de certains pays est donc en réalité une initiative proposée par la France et “il a fallu même pousser certains dirigeants”, pour qu’il accepte cette réorganisation. De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui jusque-là restent sceptiques quand à l’annonce faite par certains pays comme le Tchad et surtout la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara.

Évoquant cette fois le départ des soldats français du Mali, du Burkina Faso et du Niger (sans les mentionner), où il n y a aucun doute que ce retrait a été forcé, le chef d’Etat français a donné une autre version des faits . Devant les ambassadeurs français, où il est certain d’avance qu’il ne risque pas d’être contredit,  Macron a souligné que les récents coups d’État sur le continent avaient changé la donne, poussant à un repositionnement basé sur des partenariats et la concertation avec les dirigeants locaux. “On est parti parce qu’il y a eu des coups d’État, parce qu’on était là à la demande d’États souverains qui avaient demandé à la France de venir”, a rappelé Emmanuel Macron pour qui, dès lors, “la France n’y avait plus sa place parce que nous ne sommes pas les supplétifs de putschistes”. Et d’ajouter que “le dialogue avec l’Afrique ne peut pas être l’otage d’un panafricanisme de bon aloi, contemporain, qui utilise en quelque sorte un discours post-colonial”. Les panafricains et autres souverainistes saur ont certainement apprécier la boutade qui, de la manière dont elle a été prononcée, est à inscrire dans le registre du “un président ne devrait pas dire ça”.

Des aveux à peine voilés qui confortent les révélations du Général Tiani

Ainsi donc, pour le président Macron, la France reste un acteur clé en Afrique mais sous une forme différente, plus axée sur la coopération que sur une présence militaire traditionnelle. S’agissant justement de la coopération militaire, il a réaffirmé la nouvelle approche qui va se traduire par moins de soldats déployées sur le continent mais avec plus de formations, d’équipements et de renseignements comme c’est le cas avec Djibouti où la France va renforcer sa base stratégique à vocation régionale mais aussi qu’ elle va inventer une nouvelle relation avec de nouveaux partenaires comme elle est en train de le faire avec le Bénin et le Nigeria où, selon ses propres aveux, “un dialogue stratégique” qui n’existait pas jusque-là, est déjà en cours.  “On aura des bases stratégiques, Djibouti en fait parti. Cette base sera pérenne et stable parce qu’elle est régionale et on va demander à nos partenaires de savoir exprimer leurs besoins en termes de défense et on va faire plus de formation, plus d’équipements, plus de renseignements, plus de contrat de défense et dans la durée.”, a annoncé le Chef de l’Etat français. Et poursuivant sur la même lancée, il a dévoilé les grandes orientations de cette nouvelle approche française. “On va qualifier la menace avec eux et on va aussi inventer une nouvelle relation comme on l’a fait ces dernières années avec le Bénin, une relation inédite. Comme on va le faire avec le Nigeria, où on a commencé un dialogue stratégique qui n’existait pas jusque-là, ce qui était une aberration”, a ainsi avouer Macron qui sans le dire vient implicitement de confirmer les révélations faites le 25 décembre dernier par le Chef de l’Etat nigérien, le Général de Brigade Abdourahmane Tiani, sur les velléités de Paris, de déstabiliser le Niger et les pays de la Confédération des États du Sahel (AES), en s’appuyant sur des pays africains voisins notamment le Nigeria et le Bénin ainsi que d’autres valets locaux comme les groupes armés terroristes et les dignitaires du régime déchu de Bazoum Mohamed. Des révélations assez vite réfutées par Abuja et Porto-Novo mais dont les arguments n’ont guerre convaincus surtout les soutiens du CNSP et des transitions militaires en cours au Sahel.

Dans le chapitre consacré aux relations entre l’ancienne puissance coloniale et les pays du continent, il a ressasser le discours en vogue. « Il faut regarder l’Afrique francophone avec fierté. On y a des intérêts, on y a des amitiés chères, des dirigeants dans la société civile. Nos lunettes sur l’Afrique ne sont plus les bonnes. C’est un continent où il y a de grands émergents, il y a des potentiels de croissance formidable… », a déclaré Macron dans son show plus médiatique que découlant d’une vraie vision d’une stratégie diplomatique rénovée avec, pour l’occasion tout l’arsenal de ce qui est actuellement reprochée à la France lorsqu’il s’agit de l’Afrique : paternalisme et condescendance !

Aboubacar Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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