(Echos du Niger 27 déc) L’Administration Tinubu n’a pas tardé à réagir aux accusations du Président du CNSP, le Général de Brigade Abdourahamane Tiani, sur l’implication des autorités nigérianes dans le complot de déstabilisation orchestrées sous l’égide de la France, contre le Niger et la Confédération des États du Sahel (AES). Dans une déclaration ce jeudi, le ministère fédérale de l’Information a qualifié ces accusations “d’allégations sans fondement”. Malgré les preuves avancées par le Chef d’Etat, Abuja a nié en bloc, exhortant les autorités militaires nigériennes au dialogue et à la collaboration constructive. Un nouvel épisode du bras de fer diplomatique qui ne cesse de s’amplifier entre les deux pays voisins.
C’est à travers un communiqué signé par le ministre de l’Information, Mohamed Idriss, que les autorités nigérianes ont réagi, ce jeudi 26 décembre 2024, aux accusations portées par le Président de la transition nigérienne contre le Président Ahmed Bola Tinubu sur son implication dans les velléités de la France d’Emmanuel Macron de déstabiliser le Niger, en complicité avec des groupes armés terroristes et des dignitaires du régime déchu de Bazoum Mohamed. « Les allégations du Général Abdourahmane Tiani, Chef de l’État militaire du Niger, contre le président Ahmed Bola Tinubu et le Nigeria sont sans fondement » a répondu la Présidence de la République Fédérale du Nigeria. Et Abuja d’estimer que « les accusations du chef militaire nigérien sont une tentative de détourner l’attention de l’opinion publique sur son échec et l’incapacité de son gouvernement à diriger le pays ».

La veille, dans un entretien diffusé sur les médias publics, le Président du CNSP avait accusé le Président Tinubu d’être impliqué dans les manœuvres de déstabilisation orchestrées par la France contre le Niger et les pays de l’’AES, en collaboration avec des groupes armés terroristes et des dignitaires de l’ancien régime déchu de Bazoum Mohamed qui se sont réfugiés au Nigeria pour nombreux. « Le Président Tinubu doit s’expliquer et éclairer les Nigérians sur l’argent qu’il a reçu en France », a accusé le Général Tiani dans l’entretien diffusé en français, Hausa et Zarma.
Selon le Général Tiani, dans la planification de ce complot, “la France a même proposé de donner de l’argent aux autorités nigérianes afin d’établir une base dans l’État de Borno, dans le seul but de déstabiliser nos pays”. En ce sens, il dit avoir informé les autorités du Nigéria notamment Nuhu Ribado [Conseiller à la sécurité national du Président Tinubu, NDLR] et Ahmed Abubakar Rufa’i, “d’un vaste complot visant à déstabiliser le Niger” à partir de leur territoire, notamment la forêt de Gaba, située à la frontière entre Sokoto (Nigeria) et le Niger, qui a été choisie comme base par des terroristes recrutés par la France et l’ISWAP, la province en Afrique de l’ouest de l’Etat islamique. “Mais hélas, il semble que nous ayons mal choisi nos interlocuteurs, car ce sont leurs compétences qui ont été exploitées par la France pour tenter de nous déstabiliser aux frontières entre le Niger, le Nigeria, le Bénin et le Burkina Faso” a déploré le Chef de l’état.
Des accusations que la première puissance d’Afrique de l’Ouest réfute fermement. « Le Nigeria reste fermement engagé à promouvoir la stabilité régionale et continuera à jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre le terrorisme et les autres défis transnationaux » a indiqué la Présidence nigériane dans sa réponse dans laquelle Abuja a saisi l’occasion pour exhorter le Niger à « privilégier le dialogue et la collaboration constructive, plutôt que de propager des accusations dénuées de fondement ».
Regain de tension diplomatique entre Niamey et Abuja
Ce nouvel épisode illustre la dégradation persistante, depuis l’avènement des militaires du CNSP au pouvoir suite au coup d’état du 26 juillet 2023, entre les deux pays voisins pourtant intimement lié par l’histoire et la géographie. La semaine dernière, les autorités nigériennes de transition ont convoqué à Niamey, la chargée d’Affaires de l’Ambassade du Nigeria pour protester contre les récentes attaques perpétrées par des assaillants, dans la région de Dosso, contre le pipeline d’exportation du pétrole Niger-Bénin. Des assaillants présumés membres du nouveau groupe terroriste “Lakurawa” qui a pris ses quartiers dans les États fédérés de Kebbi et de Sokoto au Nigeria, que le Niger accuse de servir de “base arrière” pour déstabiliser le Niger, sous l’égide de la France comme l’a fait savoir à la diplomate nigériane, le chef de la diplomatie nigérienne Bakary yaou Sangaré.
Des accusations réfutées également avec vigueur par le ministre des Affaires étrangères du Nigeria qui a assuré que « les auteurs n’étaient ni soutenus ni assistés par les autorités nigérianes ». Abuja a aussi tenu à reaffirméer « son engagement ferme dans la lutte contre le terrorisme ». La diplomatie nigériane a aussi fermement rejeté les accusations sur une prétendue présence militaire française dans le nord du pays avant d’assurer que les relations entre Abuja et Paris n’affecteront en aucun cas les relations avec Niamey et ne se feront pas au détriment du Niger.
A.Y.Barma (Lesechosduniger.com)

