(Echos du Niger 26 décembre) Une semaine après son message à la nation, le Président du Conseil national pour la Sauvegarde (CNSP), le Général de Brigade Abdourahamane Tiani, s’est de nouveau adressé aux nigériens dans un grand entretien qu’il a accordé aux médias publics en français mais aussi en Haussa et en Zarma, et qui a été diffusé dans la soirée du mercredi 25 décembre 2025, jour férié au Niger à cause de la fête de Noël. Dans ce long entretien de près de 3h d’horloge, le Chef de l’Etat est revenu avec plus de détails sur les velléités de déstabilisation du Niger et de ses alliés confédérés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Burkina Faso et le Mali. Des “manœuvres sournoises” orchestrées par l’ancienne puissance coloniale, la France, avec ses complices que sont les dignitaires de l’ancien régime déchu et des groupes terroristes ainsi que des “valets” africains notamment les pays voisins et plus précisément le Nigeria, le Bénin dont les Chefs d’Etat ont été nommément cités pour leur implication dans ce complot qui, à en croire le Général, relève d’un vaste plan de recolonisation du continent…
C’est à une véritable leçon magistrale d’histoire et de géopolitique teintée de récits épiques et d’invocations religieuses que les téléspectateurs et auditeurs des médias publiques ont assisté mercredi soir à l’occasion du Grand entretien qu’a accordé le Président du CNSP aux journalistes de la Radio Télévision (RTN). Annoncé en grande pompe, ils étaient nombreux les nigériens à se “câbler” pour écouter, une nouvelle fois encore le Général Abdourahamane Tiani, d’autant que beaucoup espérait qu’à la suite de son message à la nation prononcé il y a une semaine jour pour jour, à l’occasion de la célébration du 66e anniversaire de la Proclamation de la République, certains aspects de la vie de la nation qui y ont été occultés, allaient être finalement abordés par le Président de la Transition. Cette fois encore, il va falloir repasser car le Chef de l’Etat a exclusivement consacré son opération de communication au volet sécuritaire et plus succinctement, les velléités de déstabilisation du Niger et des pays confédérés de l’AES, orchestrés et financés par la France, en collaboration avec les autorités des pays africains voisins et les dignitaires fugitifs du régime déchu, qui ont pris langue avec des groupes terroristes. Une situation, à en croire le Général, qui menace l’existence même du pays, tout comme du Mali et du Burkina, dont le seul crime a été d’avoir engagé une véritable affirmation de leur souveraineté en boutant hors de leur territoire l’ancienne puissance coloniale et ses alliés impérialistes. C’est du reste ce qui a conduit le Collège des Chefs d’Etat de la Confédération AES à placer les forces de défense et de sécurité (FDS), des Trois (03) Etat en alerte maximale et de sonner la mobilisation des populations et des forces vives, en vue de parer à toute éventualité.
Désignée ennemi public N°1, la France au centre du vaste complot de déstabilisation…

Dans le long entretien au cours duquel les journalistes des médias publiques se sont contentés de poser quelques questions de portée somme toute générale, c’est au Chef de l’Etat qu’est revenue la lourde tache d’expliquer en détails et de fournir des preuves du complot qui est en train de se mettre en place à nos frontières. Des “manœuvres sournoises” que le Général Tiani a dévoilé avec des précisions assez intéressantes et des détails suffisamment documentés pour ne point douter de leur provenance car certainement fournis par les services de renseignements et qui ont servi d’éléments de preuve au Chef de l’Etat.
Au banc des accusés, la France, ennemi public N°1 et qui a été très présente dans le grand oral de Tiani. « Cette même France, je le dit et je le répète, qui finance le terrorisme au Sahel. A l’heure où je vous parle, elle a déversé plusieurs milliards de FCFA entre les mains de Boko Haram mais aussi d’autres groupes terroristes en Afrique de l’Ouest, à Sokoto, au Bénin... » a déclaré le Président de Tiani. ET d’ajouter: « Nous sommes stupéfaits d’apprendre que des salaires étaient versés aux terroristes par le régime déchu. C’est ainsi que la France s’est alliée à ces derniers, complotant avec les membres du régime déchu et certains pays qui hébergent ces fugitifs ».
Selon le Général Tiani, “la France a même proposé de donner de l’argent aux autorités nigérianes afin d’établir une base dans l’État de Borno, dans le seul but de déstabiliser nos pays”. En ce sens, il dit avoir informé les autorités du Nigéria notamment Nuhu Ribado [Conseiller à la sécurité national du Président Tinubu, NDLR] et Ahmed Abubakar Rufa’i, “d’un vaste complot visant à déstabiliser le Niger” à partir de leur territoire, notamment la forêt de Gaba, située à la frontière entre Sokoto (Nigeria) et le Niger, qui a été choisie comme base par des terroristes recrutés par la France et l’ISWAP, la province en Afrique de l’ouest de l’Etat islamique. “Mais hélas, il semble que nous ayons mal choisi nos interlocuteurs, car ce sont leurs compétences qui ont été exploitées par la France pour tenter de nous déstabiliser aux frontières entre le Niger, le Nigeria, le Bénin et le Burkina Faso” a déploré le Chef de l’état qui a accusé nommément le Président de la république fédérale du Nigeria, Ahmed Bola Tinubu que le Général Tiani a accusé d’être pleinement impliqué dans ce complot français. “Tinubu doit s’expliquer et éclairer les Nigérians sur l’argent qu’il a reçu en France.”, a accusé le Président Tiani qui a qualifié la Cédéao, une organisation que préside actuellement le chef d’Etat nigérian, de “statuette”, en somme une marionnette aux services des intérêts des puissances occidentales dont la France et un épouvantail qu’on agite pour faire peur aux dirigeants africains qui osent s’affirmer pour la souveraineté de leur nation. A juste titre, le Président Tiani a réaffirmé que l’augmentation du délai de six (06) mois décidée unilatéralement par la CEDEAO s’inscrit dans le cadre de ces manœuvres de la France pour peaufiner son plan de déstabilisation. “C’est un non-événement pour la Confédération des États du Sahel (AES) et notre décision est ferme et irrévocable”, a martelé le Général Abdourahamane Tiani.
Dans la même lancée, le Chef de l’Etat a également accusé le président d’un autre pays voisin, en l’occurrence Patrice Talon du Bénin, d’être trempé jusqu’aux aux dents dans le plan de déstabilisation du Niger et de l’AES. « Patrice Talon s’est rendu neuf (0)9 fois en France pour discuter de leur complot au sein de la CEDEAO avec les autorités françaises », a assené le Général qui a fait d’importantes révélations sur la présence des forces spéciales françaises en chargé de former, d’ici la fin de l’année, des membres des groupes armées terroristes (GAT) au service de la cause. A cet effet, le Président de la Transition a donné les indications et coordonnées géographiques des centres d’instructions installés au Niger, au Bénin et en Cote d’ivoire où les formateurs français s’activent à la tache. Pour le cas du Niger, il a révélé que plus de 400 terroristes ont été recrutés et sont actuellement formés et équipés par les forces françaises déployées au Bénin dans deux centre d’instruction dont l’un à la frontière du pays et l’autre au Burkina, pas très loin de la frontière.

Révélations et accusations contres les “ennemis du Niger’’…
Dans son long entretien qui pour l’essentiel a plus consisté en un monologue, le Général Tiani s’est laissé aller à d’autres révélations mais aussi à certaines confidences en plus des accusations contre la France, ses complices et valets pour la déstabilisation du Niger et de l’AES. Le Président a par exemple indiqué que la France d’Emmanuel Macron est allé jusqu’à s’emporter afin de torpiller l’achat d’uranium nigérien par des pays européens où qu’elle a tenté de bloquer l’acquisition par les autorités nigériennes de véhicules militarisés auprès du constructeur Toyota. S’agissant du plan de déstabilisation par la France, il a indiqué qu’il s’inscrit dans une vaste stratégie de “recolonisation de l’Afrique” par les puissances impérialistes et a cité d’autres pays concernés comme le Cameroun, la RDC, l’Ouganda ou la Tanzanie avant d’appeler les autres pays ainsi que leurs citoyens à la vigilance afin de faire échec à ce scénario. « Nous savons d’où nous venons et où nous allons, c’est pourquoi la France a été chassée du Niger le 26 juillet 2023 » a fait savoir le Général qui a tenu, encore une fois de plus, à réaffirmer son engagement solennel ainsi que celui du CNSP et du gouvernement, à poursuivre cet effort d’affirmation de la souveraineté du Niger. « Vis à vis du Niger, notre position, c’est la patrie ou la mort » a assuré le chef de l’État avant d’inviter ses concitoyens à « rester solidaires et mobilisés pour défendre notre souveraineté coûte que coûte ».
Aboubacar Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

