(Echos du Niger 26 déc) Dans un point de presse animé mardi 24 décembre à son siège de Niamey, le Bureau national de la Confédération nigérienne de Travail (CNT) s’est prononcé sur la situation nationale ainsi que la marche de la transition à l’aune du dernier message à la nation prononcé le 17 décembre dernier par le Président du CNSP, le Général Abdourahamane Tiani, à la veille du 66e anniversaire de la Proclamation de la République. Pour la CNT de Mounkaila Halidou, si le pays a pu s’affirmer dans sa quête de souveraineté, beaucoup reste à faire pour la refondation de la République. La CNT, l’une des principales centrales syndicales du Niger, s’est ainsi faite le porte-voix des fortes attentes des populations qui ont été passées sous cape par le Chef de l’Etat notamment la tenue des Assises du Dialogue national inclusif, des Assises nationales ainsi que la mise en place des organes de la Transition mais aussi et surtout la justice sociale et plus particulièrement les dossiers de détournements des deniers publics. Et d’alerter sur certaines « dérives autoritaires » tout en réaffirmant son soutien au CNSP et au gouvernement ainsi qu’aux Forces de défense et de sécurité (FDS).
Dans le contexte national ambiant où peu de voix s’autorisent de sons discordants à contre-sens du discours politique souverainiste et patriotiques, la sortie médiatique du Bureau national du CNT fera grand bruit. D’autant que dans ses déclarations, le Secrétaire général de l’une des principales centrales syndicales du pays, Mounkaila Halidou, s’est fait véritablement le porte-voix de tous ceux qui ont été laissés sur leur faim à l’écoute du dernier message à la nation du Président de la Transition, le Général Tiani. Le moins que l’on puisse dire au regard de la panoplie des commentaires et autres analyses, c’est que le discours du chef de l’Etat après plusieurs mois d’attentes, a eu comme un goût d’inachevé car beaucoup d’aspects importants de la marche de la transition sur lequel le Président du CNSP était attendu, n’ont pas trouvé place dans le message à la nation de commémoration du 66e anniversaire de la Proclamation de la République du Niger.
Une semaine donc après, la CNT est sortie du bois pour décrypter le message du Chef de l’Etat et se prononcer sur l’état de la nation. Au centre de la conférence animée par le SG du CNT, entouré pour la circonstance par les membres du bureau national ainsi que ceux des syndicats affiliés, et en plus du discoursrs du chef de l’État, il y avait la question des engagements pris par les autorités actuelles depuis leur prise du pouvoir mais également d’autres sujets liés aux violations des libertés syndicales ; à la mal gouvernance et à la mauvaise gestion de certaines sociétés notamment étatiques et semi-privées.
Le soutien « patriotique » mais pas inconditionnel de la CNT…
« La CNT fait partie des premiers soutiens de l’avènement du CNSP au pouvoir motivée par des raisons de sécurité et d’injustice sociale qui malheureusement perdurent encore », a déclaré à l’entame de son intervention et certainement pour lever toute équivoque Mounkaila Halidou pour qui, « ce sursaut patriotique est toujours d’actualité » même s’ils sont nombreux, a-t-il indiqué, les nigériens qui s’inquiètent de l’évolution des évènements. « Dans l’esprit, le Niger a retrouvé sa souveraineté à travers la dénonciation de plusieurs accords léonins dans les domaines militaires et économiques. Cependant, dans la lettre, il existe encore des zones d’ombres que le Chef de l’Etat n’a pas évoqué dans son dernier message à la nation et qui constituent de fortes attentes du peuple », dira par la suite le SG de la CNT. Il a évoqué en ce sens, la question du « Dialogue national inclusif pour non seulement permettre la réconciliation entre les nigériens mais aussi et surtout renforcer la cohésion sociale entre tous les citoyens du pays ». Aussi, a-t-il fait savoir, « nous avons également relevés que le Président du CNSP n’a pas fait cas de la tenue des Assises de la Transition » avant de souligner qu’un autre sujet non évoqué par le général Tiani, c’est la justice sociale avec les détournements des deniers publics dont certains dossiers hérités de l’ancien régime. « Nous avons surtout attendu que le Chef de l’Etat nous parle des détournements des deniers publics surtout qu’il y a des cas avérés et reconnus par les auteurs et, aujourd’hui, le constat est que la plupart de ces indélicats sont dans le système et continuent de bénéficier des marchés publics », a martelé, sans langue de bois, le SG Mounkaila avant d’ajouter que « ce que les nigériens attendent aujourd’hui, c’est qu’il faut nécessairement que les délinquant économiques soient châtiés au vu et au su de tout le monde pour que cela puisse servir de leçon à tout le monde, et qu’à l’avenir personne ne puisse nous remettre dans la même situation ».

Sur un tout autre sujet, le SG de la CNT a parlé de la décision du Collège des chefs d’Etat de la confédération des Etats du Sahel (AES) sur la mise en alerte maximale des forces de défense et de sécurité (FDS) face aux velléités de déstabilisation des puissances étrangères et a lancé un appel à tous les militants des syndicats affiliés à se mobiliser pour accompagner les autorités et soutenir les FDS.
Incompréhensions, manœuvres sournoises et dérives autoritaires…
« La CNT reste et demeure aux cotés du CNSP pour cette quête de souveraineté mais au CNSP aussi de respecter les engagements pris en respectant le peuple qui doit être informé sur les tenants et les aboutissants de toutes ces situations qui suscitent aujourd’hui l’incompréhension au sein de l’opinion », a mis en avant Mounkaila Halidou qui a dénoncé certaines situations qui compliquent la vie aux nigériens comme la pénurie du carburant observée ces derniers jours à Niamey et dans certaines villes du pays, ce qui est « incompréhensible » car le Niger est producteur de pétrole depuis plus d’une décennie. S’agissant des libertés syndicales, le SG de la CNT dit que sa Centrale a déjà alerté sur des cas « d’ingérence » des pouvoirs publics dans la gestion des affaires de certains syndicats en prenant plusieurs exemples pour illustrer ses propos. « Nous avons alerté sur les manœuvres sournoises de certains acteurs proches du pouvoir pour torpiller le climat social », a poursuivi le SG Mounkaila pour qui cela est inadmissible. « Il faut que le CNSP et les nigériens le comprennent une bonne fois pour toute : la CNT ne se laissera jamais faire face à des dérives autoritaires », a alerté le Secrétaire général avant de réaffirmer le soutien de la centrale syndicale aux autorités et à la transition en cours, « dans l’intérêt bien compris du Niger », a jugé utile de préciser en guise de conclusion Mounkaila Halidou, sous les applaudissements de l’assistance.
A. Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

