Sept (7) ans de prison ferme c’est la peine que le parquet a requis contre Abdou Nassirou, un jeune employé d’une agence de communication de la place. La vingtaine révolue, titulaire du baccalauréat, A.N est accusé d’avoir détourné près de 20 millions de francs CFA par des manœuvres ultra frauduleuses. Le prévenu ayant reconnu les faits plaide une situation familiale difficile et demandes des circonstances atténuantes. Le procureur n’est pas de cet avis. Reportage
Les faits se sont déroulés entre 2021 et 2023. En février 2024, le pot aux roses est découvert, A.N n’est plus sur le territoire nigérien. Il s’est retranché à Lomé au Togo pour échapper à la poursuite judiciaire de sa patronne R.D. Cette dernière, plus fourbe ressui à le faire revenir à Niamey de lui-même en le rassurant qu’elle ne va pas le poursuivre. Cette manœuvre a pu réussir grâce aux rapports très cordiaux qui unie l’employé et son employeur au-delà de la relation professionnelle. Voilà comment A.N s’est retrouvé devant le tribunal du pole spécialisé en matière de délit économique et financier du TGI de Niamey pour faux usage de faux.
Tout commence en 2021. A.N est employé dans l’agence RD, un prestataire de service de communication et marketing en tant que gardien. L’entreprise est fondée par une jeune expatriée qui gagne honnêtement sa vie à Niamey et emploie des jeunes nigériens. Les clients de R.D sont essentiellement des entreprises de téléphonie mobile parmi lesquelles Airtel Niger. Ses entreprises lui versent régulièrement de l’argent pour assurer la visibilité de leurs plateformes numériques notamment les réseaux sociaux par des services de marketing digital.
Au service de gardiennage de la société, A.N se révèle très efficace, dynamique et proactif. Il est très serviable vis-à-vis de tout le personnel particulièrement la patronne R.D qui commence à lui confier des taches assez particulières, parfois délicates et extraprofessionnelles. Le jeune homme les exécutait toujours avec promptitude et gagne tous les jours le cœur de sa patronne. En moins d’un an, il obtient une promotion. Cumulativement à ses fonctions de gardien il est désormais coursier de la patronne avec une moto flambant neuve à la clé de cette promotion. Très vite il devient un élément central de RD communication. En plus du patron le personnel administratif lui confie des taches. Peu après, A.N bénéficie du soutien de son entreprise pour passer l’examen en vue de l’obtention du BTS d’Etat en tant que candidat libre. Il réussit son examen avec succès et obtient son diplôme. Bientôt R.D gagnera la confiance du comptable. Celui-ci lui confie des taches en lien direct avec les finances de la société. La patronne n’y voyait pas d’inconvénient vue qu’elle-même demande au coursier souvent de lui effectuer des dépôts à la banque.
Ceci permet au jeune A.N de comprendre comment fonctionne R.D et comment l’entreprise se rémunère.
14 millions en un coup, la goutte d’eau qui fait jaser le vase…
Le cœur de métier de R.D c’est le marketing digital plus précisément la sponsorisation des contenues et offres diffusées sur les réseaux sociaux. Pour se faire, l’entreprise dispose d’une carte prépayée utilisée pour les achats en ligne. Cet instrument reçoit chaque semaine plusieurs centaines de milliers voire millions de nos francs qui servent à sponsoriser les plateformes des clients de R.D et leurs contenus.
Au tout début, seule la patronne et le comptable avaient la prérogative et la qualité d’effectuer les taches de recharges. Puis de temps en temps les deux faisaient recours à A.N pour cette tache vue qu’il jouit de la confiance de la patronne. Là également, le jeune coursier gagne vite la confiance de ses supérieurs. Or, mieux vaut un démon qu’on connait qu’un ange qu’on connait mal disait prévient une sagesse. Désormais il était seul à effectuer les opérations de recharge et c’est en ce moment précis qu’A.N débute son coup. Il commence à retenir des petites sommes sur les frais de recharges, et cela passe inaperçu, chose qui encourage le jeune homme. « La prière fois c’était 14.000 francs que j’ai pris et quand j’ai vue qu’ils n’ont pas remarqué j’ai continué » explique le prévenue devant le juge. A mesure que le jeune se servait, il prenait gout et augment les montants par coup. 14 milles, puis 20 milles, 25, 50, puis 60 milles et c’est là que les soupçons commence au sein de l’entreprise. Mais nulle inquiétude pour « le chouchou de la boite » qu’on on le surnomme, son capitale de confiance vis de la patronne et les bordereaux de versement le mettait hors de tout soupçon. Le mystère demeure mais A.N se sachant à l’abri des soupçons poursuit sa basse besogne. Peu de temps après, il effectue un coup de 500 milles.
Les soupçons montent d’un cran et dans l’entreprise c’est l’alerte au rouge. Et c’est dans ce climat que le jeune a prévue de faire son coup de l’année et détourne alors la coquette somme de 14.000.000 FCFA de R.D et c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La patronne après avoir passé au peigne fin tous ses employés et tendu tous les piges sans succès commence à soupçonner la banque. Elle saisit celle-ci et exige un relevé de ses versement et c’est ainsi que le pot-aux-roses est découvert. La patronne tombe des nues en découvrant que son employé n’est pas l’ange qu’il parait être. Celui-ci en effet depuis longtemps, ne versait pas la totalité des sommes à lui confier pour recharger les cartes prépayées de la société. Comment cela a pu se produire demandait R.D et c’est là qu’on découvre après vérification que A.N s’est fait fabriqué un faux cachet de la banque en question pour justifier ses forfait à l’abri de tout soupçon. Mais cela n’explique pas tout selon R.D puisque les bordereaux de versement reçus ne sont pas des documents trafiqués ils sont bel et bien ceux de la banque. En fait, le voleur A.N a bien planifié sa mafia à l’avance. Il a en fait pu soustraire une bonne quantité parmi les bordereaux de versement qui sont dans la plus part des banques déposés en accès libres dans les banques à Niamey. RD n’avait que ses yeux pour pleurer mais décide en ce moment de de ne pas se laisser faire elle veut faire revenir le voleur par tous les moyens.
Le montant des fonds détournés entre 2021 et le 31 décembre 2023 s’élèvent à 19.920.000 FCFA. Mais qu’a bien pu faire A.N avec tout cet argent ? Le juge lui pose la question. « J’ai acheté deux taxis et un terrain avec » indique le voleur à la gueule d’ange qui demande des circonstances atténuante. Pour son avocat, c’est la société qui a abusé du prévenue à qui elle a demandé d’être à la fois gardien, agent de sécurité et coursier et même comptable car explique-t-il « dans toutes les entreprises, les opérations de retrait et de versement bancaires sont dévolues au comptable, or, mon client n’a pas été recruté en tant que comptable mais gardien » explique l’Avocat de la défense.
Quant au procureur, il reste de marbre, « les raisons familiales avancées par le prévenu ne peuvent être retenues pour une circonstance atténuantes » il requière par conséquent une peine d’emprisonnement de 7 ans pour AN.
Youssouf Sériba

