Il est difficile de ne pas s’indigner face à la décision du président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), le général Tiani, de décerner la médaille de la souveraineté, Saraounia Mangou, à la Radio et Télévision du Niger (RTN), tout en ignorant de manière flagrante la presse privée, pourtant incontournable dans le paysage médiatique du pays. Certes, la RTN a joué un rôle indéniable dans la diffusion des messages du CNSP, mais il est profondément regrettable de minimiser la contribution significative, bien que souvent méconnue, des médias privés dans la consolidation de l’adhésion populaire aux idéaux des militaires au pouvoir depuis le coup d’État du 26 juillet 2026. En omettant de reconnaître ces efforts, le CNSP renforce l’impression d’un mépris calculé à l’égard d’une presse privée déjà affaiblie et marginalisée.
Le geste du général Tiani est symptomatique d’une tendance plus large à négliger la presse indépendante, pourtant essentielle à la pluralité des opinions. Alors que le CNSP multiplie les gestes de reconnaissance à l’égard de diverses corporations du pays, il est frappant de constater que les représentants de la presse privée n’ont jamais été conviés à la table du dialogue. Ce silence n’est pas seulement une injustice, il est révélateur d’une stratégie visant à invisibiliser des voix critiques, celles qui ne se plient pas à la narrative officielle, mais qui, malgré leurs fragilités, continuent d’exercer un rôle de contre-pouvoir, tout en soutenant activement la lutte de libération du pays du joug des puissances néocoloniales et impérialistes en cours dans notre pays depuis le 26 juillet 2023.
Il est inadmissible de réduire le mérite de la mobilisation citoyenne à la seule action de la RTN, aussi légitime soit-elle dans son soutien aux autorités. La presse privée, malgré ses divisions et ses difficultés, a su, elle aussi, relayer les aspirations d’un peuple en quête de stabilité et de souveraineté. Elle a, à maintes reprises, pris des risques considérables pour informer, éduquer, et soutenir les idéaux de ceux qui gouvernent aujourd’hui. Ce sont ces mêmes risques qui, aujourd’hui, semblent condamnés à l’oubli, faute de reconnaissance publique.
Mais le mépris apparent du CNSP à l’égard de la presse privée n’est pas le seul qu’il convient de dénoncer. Le ministre de la Communication, après treize mois à la tête de ce portefeuille stratégique, porte une responsabilité accablante. Que dire de son bilan ? Rien, sinon l’abandon pur et simple de la presse privée à son sort. Pas un geste concret, pas une réforme significative pour soutenir ce secteur en proie à des difficultés financières chroniques, et à une censure toujours plus insidieuse. Pendant que certains journalistes sont confrontés à l’arbitraire du pouvoir, d’autres luttent, dans l’indifférence générale, pour maintenir à flot des rédactions exsangues. Si ce n’est pas un acte d’abdication de la part du ministère de la Communication, alors qu’est-ce ?
En ignorant la presse privée, le CNSP et son ministre de la Communication ne se contentent pas de tourner le dos à des professionnels qui, eux aussi, ont contribué à la défense de la nation. Ils posent un acte lourd de conséquences pour l’avenir de la liberté d’expression et du pluralisme dans notre pays. Le message envoyé est clair : seules les voix qui résonnent en harmonie avec le pouvoir méritent d’être honorées, tandis que celles qui osent diverger, ou simplement proposer une perspective différente, sont condamnées à l’oubli, voire à la répression.
Il est grand temps de rectifier cette injustice. La presse privée ne doit pas être reléguée au second plan. Elle mérite non seulement une reconnaissance équitable pour ses efforts et ses sacrifices, mais aussi un soutien réel pour continuer à jouer son rôle vital dans la société. Car sans une presse libre et indépendante, il ne peut y avoir de souveraineté digne de ce nom. La souveraineté, si elle doit être symbolisée par une médaille, ne saurait se limiter à la reconnaissance d’un seul média, fût-il public. Elle doit embrasser toutes les forces vives de la nation, y compris celles qui s’efforcent, jour après jour, de donner la parole à tous les citoyens.
(Soumana I. Maïga, Edito, quotidien L’Enquêteur du lundi 7 octobre 2024)

