(Les Echos du Niger 31 janvier) La diphtérie est une maladie infectieuse des voies respiratoires dont les complications peuvent affecter le système nerveux central, de la gorge ou d’autres organes et peut entraîner la mort par asphyxie. L’OMS estime que chaque année 50 000 personnes, en majorité des enfants, meurent de cette maladie dans les pays en développement. Au mois de Juillet 2023, certains cas de diphtérie ont été déclarés dans la région de Zinder. C’est le début d’une épidémie qui au mois de novembre avait touché 2029 personnes essentiellement des enfants sur toute l’étendue du territoire avec un taux de létalité de 6%.
Si ces chiffres peuvent sembler élevés, ils demeurent faibles en comparaison aux nombres de personnes atteintes et de victimes dans les autres pays de la sous-région comme le Nigéria. La rapide réaction du Niger et de son partenaire qu’est l’OMS ont permis au pays de vite circonscrire le mal et d’éviter sa propagation. « Lorsqu’une épidémie survient dans un pays, le premier mandat de l’OMS est d’évaluer le risque aussi bien au plan national que sur le plan régional et ensuite au plan mondial. C’est selon les informations recueillies que les décisions sont prises concernant les actions à mener. A la suite de cette première évaluation, il y a la graduation qui intervient » explique le docteur Kourouma Mamadou, responsable de la riposte aux épidémies de L’OMS. Un grade est donné au pays en fonction de la gravité de l’épidémie. Les grades varient de 0 à 3. À 0 c’est le signe que l’épidémie est de faible importance. Le grade 1 indique que le pays peut faire face seul au danger. Le grade 2 est le signe d’un risque d’élargissement à la sous-région. Les bureaux régionaux de l’OMS interviennent alors. Le grade 3 de son côté indique une épidémie critique avec des répercussions mondiales. Il explique que l’épidémie de diphtérie que connaît le Niger est de grade 2.
Les équipes de l’OMS collaborant avec les services de la santé du Niger se sont rendus dès le signalement des premiers cas dans les communautés et les centres de santé pour compter les malades. Une collaboration avec Médecins sans frontières a permis de prendre en charge les cas de façon gratuite. L’Unicef est également intervenu pour fournir des médicaments.Mais la riposte n’a pas uniquement été offensive, les autorités de la transition et l’OMS ont également mis en place une politique de prévention en initiant des activités de sensibilisation sur le terrain. La localité de Matamey (région de Zinder) située à 785 km de Niamey est au cœur de cette épidémie. Elle a fait l’objet d’une attention particulière avec la diffusion de messages de sensibilisation en langue locale et plusieurs autres actions coordonnées dans différents village de cette localité notamment le dépistage et la vaccination. Le but est de montrer aux populations ce qu’il faut pour faire face faire face à un cas de diphtérie d’une part et d’autre part diagnostiqué très tôt les cas pour une meilleure prise en charge.
Selon l’OMS, la collaboration se passe très bien avec le ministère chargé de la santé. L’Organisation mondiale de la santé s’appuie sur les services locaux du ministère dans la mise en place des équipes SURGE qui sont des groupes d’intervention rapide déployées pour la circonstance. « Ces équipes ont été dotée de 8 véhicules et d’une enveloppe financière pour être présente dans l’intervalle de 72 heures à chaque fois qu’une épidémie est détectée » indique le docteur Kourouma. Mariam, la quarantaine et mère de 5 enfants résidant à Kantché, une commune située à 68 km de Zinder a vu deux de ses cinq enfants être hospitalisés en même temps. « D’abord c’était mon fils de neuf ans qui est revenu à la maison avec une forte toux, se plaignant de maux de gorge. Il toussait toute la nuit et ça allait en empirant. Il a fini par être hospitalisé au centre de santé de Kantché, et c’est là que sa sœur de onze ans aussi tombe malade et finalement tous les deux étaient couchés là, luttant contre cette maladie mortelle. C’était très difficile pour moi» explique la jeune dame.
Pour les enfants de Mariam, la stratégie mise en place par l’OMS et le gouvernement du Niger a porté fruit. Elle se réjouit d’avoir regagné son domicile avec ses enfants qui sont maintenant guéris. « J’ai beaucoup prié pour qu’on retourne sains et saufs chez nous. Grâce à Dieu et au bon travail des médecins, mes enfants vont bien à présent. Je suis très contente. »La mère de famille s’est engagée à devenir une championne de la vaccination. « Avec l’expérience que j’ai vécue à l’hôpital, surtout le cas des enfants qui n’étaient pas vaccinés, j’ai vu par moi-même à quel point la vaccination est importante et même indispensable. » a-t-elle déclaré.En plus de l’hospitalisation des malades.
Une vaste campagne de vaccination a été lancée. En effet la diphtérie peut être efficacement évitée grâce à la vaccination des enfants. « La riposte vaccinale contribue d’une part à couvrir 72 % des cas ayant présenté la maladie et d’autre part à réduire de 94 % les décès enregistrés. La campagne nous a par ailleurs permis de renforcer dans les zones concernées la vaccination de routine en atteignant les enfants dits ‘’ zéro dose’’ ou ceux qui ne sont pas à jour dans leurs vaccins. Le système de surveillance épidémiologique a de la même façon été renforcé par la détection, la notification et la prise en charge des cas », explique Dr Diaw Mor, Coordonnateur des urgences au Bureau de l’OMS au Niger.
Notons qu’en plus du Niger, deux autres pays d’Afrique de l’Ouest, le Nigéria et la Guinée, connaissent aussi une augmentation inhabituelle des cas de diphtérie ces derniers mois. Dans le lot, le Niger est le pays qui enregistre les chiffres les plus bas et les plus faibles nombres de victimes selon le bureau de l’OMS au Niger qui nous informes que les chiffres qui décrètent la fin de l’épidémie seront publiés dans quelques jours.
Youssouf Sériba
Ce reportage a été produit avec l’appui de Speak-Up Africa dans le cadre de l’initiative ‘’ Lines for Impact’’ (Des lignes pour un Impact)

