(Les Échos du Niger 23 nov.) La diphtérie est une infection respiratoire qui induit des atteintes du système nerveux central, de la gorge ou d’autres organes et peut entraîner la mort par asphyxie. L’OMS estime que chaque année 50 000 personnes, en majorité des enfants, meurent de cette maladie dans les pays en développement. Au mois de Juillet 2023, certains cas de diphtérie ont été déclarés dans la région de Zinder. C’est le début d’une épidémie avec 2029 cas enregistré à ce jour sur toute l’étendue du territoire avec un taux de létalité de 6%. La Représentation nationale de l’OMS et le gouvernement ont alors pris des mesures pour faire face à la situation. Le point de la riposte avec le Docteur Kourouma Mamadou Responsable de la riposte aux épidémies à l’OMS dans cet entretien accordé aux Échos du Niger.
Les Échos du Niger : selon plusieurs sources médicales, le Niger traverse une épidémie de diphtérie, la représentation de l’OMS confirme-t-elle?
Dr Kourouma Mamadou: effectivement nous avons été saisis par les autorités sanitaires qui nous ont notifié un certain nombre de cas de diphtérie notamment dans la région de Zinder plus précisément dans la localité de Matamey. Depuis le 17 juillet les premiers cas ont été déclarés au niveau national.
Les Échos du Niger : quelles sont les statistiques disponibles à ce jour ?
Dr Kourouma Mamadou: oui nous avons des données. Lorsqu’une épidémie survient, les équipes de L’OMS s’organisent pour travailler avec les communautés sous la supervision du ministère de la santé. L’OMS avec l’Unicef et d’autres organisations travaillant dans le domaine de la santé se sont mobilisés pour faire barrière à ce fléau. Ainsi les activités de surveillance initiées sur le terrain, la prise en charge des malades ainsi que les campagnes de vaccination que nous avons lancée, nous ont permis de dénombrer, à ce jour, 2029 cas. Parmi ces cas, certains sont morts à cause d’un référencement tardif des malades. À un stade très grave, il est difficile de soigner la diphtérie. A ce jour, nous avons perdu 124 personnes. Ce qui place le taux de létalité à 6 %. Cela est déplorable. Mais le Niger fait mieux que les pays voisins comme le Nigéria et la Guinée sur ce point.
Question : quelles sont les statistiques au niveau des différentes régions ?
La région de Zinder reste la plus touchée avec 85 % des cas enregistrés. Vient ensuite la région d’Agadez. Mais la population peut être tranquille car des actions sont en train d’être menées pour endiguer la propagation de la maladie.
Question : justement, pouvez-vous nous parler un peu de ses actions entreprises en collaboration avec les autorités pour enrayer ce fléau ?
Actuellement l’OMS dispose d’un programme des urgences mis en place depuis 2015 et 2016. La première chose que nous faisons est d’évaluer le risque. Lorsqu’une épidémie survient dans un pays, le premier mandat de l’OMS est d’évaluer le risque aussi bien au plan national que sur le plan régional et ensuite au plan mondial. C’est selon les informations recueillies que les décisions sont prises concernant les actions à mener.A la suite de cette évaluation, il y a la graduation qui intervient, c’est-à-dire qu’un grade est donné au pays en fonction de la gravité de l’épidémie. Les grades varient de 0 à 3. À 0 c’est le signe que l’épidémie est de faible importance. Le grade 1 indique que le pays peut faire face seule au danger. Le grade 2 indique un risque d’élargissement à la sous-région. Les bureaux régionaux de l’OMS interviennent alors. Le grade 3 indique une épidémie critique avec des répercussions mondiales. L’actuelle épidémie de diphtérie est de grade 2. Nous avons sollicité et obtenu une assistance du bureau régionale Afrique implanté à Brazzaville qui nous a financés à hauteur de 421 000 dollars pour mener des opérations sur le terrain. Parmi ces opérations, il y a le renforcement de la surveillance.
Les équipes de l’OMS se rendent ainsi dans les communautés et les centres de santé pour compter les malades. Une collaboration avec Médecins sans frontières permet de prendre en charge les cas de façon gratuite. Avec la collaboration de l’Unicef, nous disposons actuellement d’assez de médicaments.
Ensuite nous avons la PCI qui est la prévention contrôle de l’infection. Elle permet de protéger le personnel soignant sur le terrain et les communautés à risque pour éviter la contagion.
Nous menons aussi des activités de sensibilisation sur le terrain, notamment à Matamey (région de Zinder) avec le concours de l’Unicef qui a des contrats avec des radios communautaires en langue locale. Cela permet de montrer aux populations ce qu’il faut faire face à un cas de diphtérie. De son côté, le ministère de la santé a tout mis en œuvre pour que cette épidémie soit vite prise en charge. Nous sommes en train de tout mettre en œuvre à travers une grande campagne de vaccination à commencer par le district de Matamey. Cela va permettre de protéger les enfants et les adultes de la ville. Après Matamey, la campagne sera étendue à la région de Zinder puis progressivement aux autres départements du pays.
Question : parlez-nous plus du lead du ministère de la santé, comment se passe la collaboration dans le cadre de la gestion de la riposte ?
La collaboration se passe très bien et c’est le lieu de féliciter le leadership du ministère de la santé. Nous pouvons notamment citer la notification très rapide qui a permis de déployer rapidement les équipes SURGE. L’OMS appuie le ministère dans la mise en place des équipes SURGE. C’est une équipe d’intervention rapide qui a été dotée de 8 véhicules et d’une enveloppe financière pour être présente dans l’intervalle de 72 heures à chaque fois qu’une épidémie est détectée.
Lorsque l’épidémie a été déclarée, le ministère de la défense a pris les devants et a déployé cette équipe qui a pu jouer son rôle et remonter les informations. Rappelons que l’OMS est le premier partenaire technique et financier de tous les pays membres de cette organisation. De notre côté nous avons appuyé l’action du ministère avec la mobilisation des ressources pour que les actions puissent être menées.La collaboration est franche et le leadership du ministère nous encourage à continuer à mobiliser les moyens humains et financiers pour faire face à ce fléau.
Question : comment se passe la collaboration avec les populations qui subissent les ravages de cette maladie ? Les
Les communautés sont les premiers partenaires de l’OMS. Dans le cas de cette épidémie de diphtérie, nous sommes en face d’une communauté qui comprend bien les choses et qui collabore, ce qui n’est pas évident. Le plus souvent, la circulation des rumeurs provoque la réticence des populations. Mais avec la communauté de Matamey on observe une adhésion à toutes les actions de terrain. Nous les encourageons dans ce sens pour enrayer rapidement ce fléau. Nous demandons aux communautés de veiller à leur propre santé et de remonter rapidement les informations concernant les personnes malades. Les symptômes les plus courants de la diphtérie sont les céphalées, la fièvre et le gonflement périodique du coup. Il faut aussi regarder dans l’arrière gorge des enfants pour détecter des enduits blanchâtres. Il s’agit d’un des principaux signes pathologiques. Dans ce cas, l’enfant doit être rapidement amené au centre de santé le plus proche. Toutes les structures sont actuellement capables de détecter et de soigner cette maladie. Nous encourageons donc la communauté à avoir le bon réflexe et à aller dans les centres de santé.
Interview réalisée par Youssouf Sériba et Yahaya Youssouf
Transcription : Mawulolo Ahlijah

