(Echos du Niger 16 sept)Deux militaires, un militant panafricaniste et un spécialiste du numérique entrent au gouvernement. Présenté comme technique, le réaménagement du 15 septembre touche à des domaines essentiels de l’action publique. Les parcours des nouveaux ministres éclairent certains choix, sans permettre de conclure aux raisons du départ de leurs prédécesseurs.
En remaniant les ministères de l’Agriculture et de l’Élevage, de la Refondation, de l’Énergie et de la Communication, le chef de l’Etat intervient à la fois sur les conditions matérielles de la souveraineté et sur sa traduction politique. Produire, alimenter le pays en énergie, mobiliser les citoyens, moderniser l’administration sont visiblement des piliers sur lesquels le président de la République ne tolère pas la léthargie
Le colonel Bilaly Elhadj Gambobo, qui succède au colonel Mahaman Elhadj Ousmane, arrive à l’Agriculture avec une connaissance directe d’un instrument opérationnel du secteur. Avant sa nomination, il dirigeait l’Office national des aménagements hydro-agricoles, l’ONAHA. Cette fonction est notamment attestée par une publication de l’établissement en mai 2026.
Son parcours récent le place au contact des programmes d’irrigation et de valorisation de la production nationale. Le 20 mai dernier, il participait ainsi au lancement d’une opération de vente de riz local à prix subventionné, organisée avec l’appui du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie. Cette opération associait soutien aux producteurs et accès des ménages aux denrées alimentaires.
Cette nomination peut donc être interprétée comme un choix de continuité opérationnelle. Le nouveau ministre connaît déjà une partie des outils qu’il devra désormais piloter à une échelle plus large. Mais diriger un office et conduire l’ensemble d’une politique agropastorale sont deux responsabilités différentes. Son action devra aussi répondre aux besoins de l’élevage, à l’accès aux intrants, à la commercialisation et aux contraintes des producteurs. La connaissance de l’irrigation constitue un atout ; elle ne dispense pas d’une vision d’ensemble.
Avec Abdourahamane Oumarou, nommé à la Refondation et à la Promotion des Valeurs sociales en remplacement du Sheikh Ali Ben Salah, le registre change. Connu sous le nom d’« Abder », il possède une expérience politique antérieure au pouvoir actuel. Élu député de Niamey en 2016 sous les couleurs du MPN Kiishin Kassa, il avait démissionné de l’Assemblée nationale en septembre 2020. Ses prises de position sur la souveraineté lui avaient déjà donné une visibilité particulière.
Candidat à la présidentielle de 2020, homme de médias associé au Groupe Liptako et militant panafricaniste, il a participé, après juillet 2023, à des initiatives favorables aux orientations des nouvelles autorités. Son parcours conjugue ainsi expérience parlementaire, communication et mobilisation politique.
Son entrée au gouvernement peut se lire comme l’intégration institutionnelle d’un soutien civil au projet de refondation. Elle ne permet toutefois pas d’affirmer qu’il s’agit d’une récompense politique : aucune explication officielle ne l’établit. L’enjeu, pour lui, sera désormais de convertir une capacité de mobilisation en action administrative. Un ministère consacré aux valeurs sociales doit pouvoir expliquer ses objectifs, identifier ses publics et rendre compte de ses résultats.
Hamani Kargne, qui remplace Adji Ali Salatou à la Communication et aux Nouvelles Technologies de l’Information, présente un autre type de parcours. Ingénieur informaticien formé à l’Institut africain d’informatique de Libreville, il a exercé dans la gouvernance électronique, notamment au cabinet du Premier ministre et à l’Agence nationale pour la société de l’information. Il a également occupé la direction du contrôle et de la conformité à la Haute Autorité de protection des données à caractère personnel.
Ce profil suggère que la dimension numérique du portefeuille pourrait gagner en importance. L’expérience de l’administration électronique et de la protection des données apporte des compétences utiles à la modernisation des services publics. Il faudra cependant attendre ses premières orientations pour parler d’une inflexion gouvernementale.
Son défi sera aussi de prendre pleinement en charge le versant médiatique du ministère. jusqu’ici peu valoriser par ses prédécesseurs sous la Réfondation. Le dialogue avec les médias, l’accès à l’information publique et les conditions d’exercice du journalisme exigent une attention politique autant que technique.
Le lieutenant-colonel Seyni Alzouma prend, lui, les commandes de l’Énergie, en remplacement de la professeure Amadou Haoua. Son parcours demeure le moins documenté des quatre nouveaux entrants dans les sources consultées au 16 septembre. Sa formation, ses précédents commandements et son éventuelle expérience du secteur énergétique n’ont pas pu être établis avec suffisamment de certitude.
A noter que ce remaniement intervient quelques jours après des changements au sommet du commandement militaire. Cette proximité chronologique mérite d’être relevée, mais elle ne démontre pas l’existence d’une même logique derrière les deux séries de décisions.
Les Echos du Niger
