Au lendemain du scrutin du 12 avril 2026 qui a vu près de 7 millions d’électeurs appelés à choisir le prochain président, la Commission électorale nationale autonome (CENA) a proclamé, lundi peu après minuit, les résultats provisoires de l’élection présidentielle. Et comme il fallait s’y attendre, c’est le dauphin du chef de l’Etat sortant et candidat de la majorité, Roumuald Wadagni qui sort vainqueur avec 94% des voix contre un peu moins de 6% pour son challenger, le candidat de l’opposition Paul Hounkpè, qui avait déjà reconnu sa défaite. Un scrutin sans surprises et dont l’enjeu véritable était le taux de participation, lequel s’est finalement hissé à 58%, confortant ainsi la dynamique électorale que connait le pays depuis le virage démocratique des années 90. A 50 ans, celui qui est désormais le prochain chef de l’Etat béninois qui s’est présenté comme le candidat de la continuité de la stratégie de transformation économique entamée sous son mentor et dauphin, dont il a été l’indéboulonnable ministre de l’Economie et des Finances, va désormais faire ses preuves sur le terrain politique.
Les béninois ont voté et ils ont massivement porté leur choix sur le dauphin adoubé par le président sortant Patrice Talon, qui s’en va après ses deux mandats constitutionnels. Tard dans la nuit du lundi, la Commission électorale nationale autonome (CENA) a donné les grandes tendances des résultats du scrutin du 12 avril 2026.
Selon les résultats provisoires qui portent sur 90,55 % des suffrages, incluant le territoire national et la diaspora, sur les 7.897.287 électeurs inscrits, 4.640.354 ont voté, soit un taux de participation de 58,75 %.
En détails, le duo e la majorité composé de Romuald Wadagni – Mariam Chabi Talata arrive en tête avec 4.252.347 voix, soit 94,05 % des suffrages alors que l’autre ticket porté par l’opposition duo Paul Hounkpè – Rock Judicaël Hounwanou a recueilli 269.433 voix, soit 5,95 %.
Un scrutin sans suspens
Les résultats annoncés par la CENA restent provisoires, dans l’attente de leur validation par la Cour constitutionnelle. Une simple procédure car le scrutin s’était tenu sans aucun suspens, en l’absence de véritable challenger à Romuald Wadagni, le candidat de la majorité et dauphin choisi par Talon pour lui succéder à la tête de l’Etat.
Il faut dire qu’avant même la proclamation des résultats provisoires, le candidat qui faisait l’office pour l’opposition, Paul Hounkpè, avait reconnu sa défaite et félicité son adversaire. Dans un communiqué, lundi 13 avril, il a adressé ses « félicitations républicaines ». au candidat de la majorité. « Il apparaît qu’une avance se dessine », en faveur de Romuald Wadagni. « Je prends acte avec responsabilité, de cette dynamique telle qu’elle se dégage des premières observations », a concédé l’opposant.
Dans l’ensemble, le scrutin s’est bien déroulé malgré quelques appels au boycott. La mission électorale de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui a été déployée au Bénin a ainsi salué, dans un communiqué, « un climat de paix » et une « bonne organisation du scrutin ».
« Le droit de vote a pu s’exercer en toute sérénité sur chaque centimètre carré de notre territoire », a d’ailleurs fait observé le Président de la CENA, Sacca Lafia, lors de l’annonce des résultats. Et d’ajouter, « l’issue du scrutin est mathématiquement irréversible ».
Un technocrate mais novice en politique pour consolider la transformation économique
A moins de 50 ans, Romuald Wadagni sera donc le prochain Président du Bénin, le 5e depuis le début de l’ère démocratique au tournant des années 90. Autant dire, son élection aurait dû susciter plus de passions et de débats car cette alternance offrait l’occasion au pays de confirmer sa dynamique démocratique qui a certes été éprouvée par le passée. Talon était lui-même le fruit de cette dynamique et l’un des tableaux sombres de son mandat à la tête du pays, c’est justement cette « régression » enregistrée en matière d’acquis démocratiques notamment en matière de participation politique.
La preuve de ce climat politique assez délétère, l’absence de véritable opposition, le scrutin s’est joué d’avance et sans grand enjeu, ce qui a un peu déteint sur l’éclat de la large victoire de Wadagni mais aussi la sortie de Talon.
Sur le plan économique, les deux mandats du chef d’Etat sortant sont pourtant assez appréciables si on s’en tient à la dynamique de croissance que connait le pays depuis plusieurs années, les grands projets d’infrastructures réalisés et l’industrialisation amorcée. De quoi permettre au pays d’accélérer sa transformation socioéconomique dont certains résultats sont visibles, au-delà des chiffres.
Avec ce qu’il faut considérer officiellement comme une large avance dans ces résultats du scrutin du 12 avril 2026, on peut dire qu’elle reflète le choix du peuple béninois à la continuité de la ligne politique et économique impulsée par Patrice Talon depuis 2016, centrée sur la transformation structurelle de l’économie béninoise et la modernisation des infrastructures.
Le Bénin va donc tourner une nouvelle page de son histoire qui s’annonce pleins de défis. Le nouveau chef d’Etat a certes passé dix ans au cœur de l’action de Talon à la tête de l’Etat, mais il n’est arrivé que sur le tard dans le marigot politique. S’il a les compétences pour poursuivre la mise en œuvre du programme politique et socioéconomique qu’il a beaucoup contribué à mettre en œuvre et qui a inspiré son propre programme électoral, il va lui falloir d’autres atouts. Et c’est sur le terrain qu’il fera ses armes alors que le pays fait face à des menaces terroristes grandissantes, à de mauvaises relations avec ses principaux voisins dont le Niger et le Bénin ainsi qu’à des risques d’instabilité que peut engendrer le climat politique toujours délétère.
De l’avis de plusieurs observateurs et analystes politiques, le plus difficile pour Wadagni sera de parvenir à se défaire de son mentor et ainsi se libérer du passif de son héritage politique qui risque de peser encore longtemps sur la scène politique du pays.
« Quelle que soit l’issue du vote, le Bénin a franchi un cap dans son histoire. Je quitte la charge avec le sentiment d’avoir donné le meilleur de moi-même, d’avoir amené le pays à faire quelques pas dans tous les domaines. (…).Je resterai un citoyen, je resterai un ancien président, je resterai une personnalité sur laquelle il y aura toujours un certain regard », avait déclaré dimanche le Président sortant après avoir accompli son devoir civique, le dernier en tant que Chef de l’Etat.
A.Y.Barma

