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Zinder : Scandale foncier, révélations explosives sur la mairie

Contrebande Gouvernance

(Echos du Niger 2 octobre) Un rapport circonstancié transmis par le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Zinder, Kamaye Mahamadou, au procureur général près la Cour d’appel de la même ville, met en lumière une vaste affaire de fraude foncière impliquant anciens maires, agents municipaux, démarcheurs et particuliers.

Selon ce document qui fait le tour des réseaux sociaux, l’enquête ouverte par le Service interrégional de la police judiciaire (SIRPJ) de Zinder fait état de pratiques illégales systématiques dans la gestion du foncier urbain. Le procureur décrit une situation alarmante où « l’existence au niveau de la ville de Zinder d’un nombre important d’usagers ayant acquis chacun en ce qui le concerne des parcelles avec des actes de cessions délivrés par la mairie ou acquises dans ses rouages mais qu’il s’est révélé après coup que ces actes pour la plupart concernent des parcelles identiques », générant ainsi tensions sociales et troubles à l’ordre public.

Des plaintes en cascade…

L’affaire a éclaté courant août 2025, à la suite de « plusieurs plaintes émanant de personnes diverses contre le nommé Adamou Harouna », un topographe accusé d’avoir vendu de nombreuses parcelles avec des actes de cession frauduleux. Interrogé, Harouna a reconnu certaines ventes mais rejeté toute falsification, impliquant à son tour d’anciens maires et agents municipaux.

Parmi les plaignants figure Mahamadou Mamoudou, ancien chef du service domanial de la mairie et retraité, lui-même déjà poursuivi dans des affaires similaires. Ce dernier affirme que sa signature a été imitée sur des actes de cession. Il a remis aux enquêteurs des documents incriminés qu’il avait collectés auprès de certaines victimes.

Des révélations accablantes…

Face aux enquêteurs, Harouna a dressé un tableau accablant de ce qu’il présente comme un « système généralisé de fraudes foncières » ayant touché aussi bien des terrains agricoles, des réserves foncières, que des forêts classées. Dans son rapport, le procureur mentionne que les investigations sur le terrain ont confirmé la véracité des accusations. Au total, plusieurs sites illégalement morcelés ont été identifiés :

-Sud Kangna, où Mahamadou Mamoudou et le défunt Souley Kalla auraient procédé à plus de 200 morcellements irréguliers.

-Une forêt classée, morcelée sous les ordres de Mamoudou « sans autorisation au temps du Maire Bachir Sabo ».

-Extension AMA (commune 4), soit 160 parcelles issues d’un champ de la famille Asma.

-Commune 3 Dadin Kowa jusqu’à Malam Amar, lotie sans plans officiels par Mamoudou et ses complices.

Harouna accuse également le chef du quartier Kara-Kara d’avoir distribué de faux actes de cession en complicité avec des agents municipaux.

Une mafia foncière bien organisée…

Le rapport du procureur ne se limite pas à pointer du doigt quelques individus isolés. Il décrit un système dans lequel « les responsables communaux de l’époque (Mahaman Bachir Sabo et Abdou Rahim Balarabé dit Babi) ainsi que leurs collaborateurs, tentent chacun de se disculper en jetant la responsabilité sur l’un quelconque d’entre eux ».

L’enquête met également en lumière « la vente irrégulière des biens du domaine public de l’État ou de la collectivité (villas et autres immeubles) et même de forêts classées », avec à la clé un détournement des revenus de la collectivité.Autre révélation du dossier : la corruption présumée de conseillers municipaux, qui auraient été soudoyés pour étouffer une motion de censure contre le maire Bachir Sabo.

Vers des poursuites judiciaires…

Le procureur Kamaye Mahamadou précise que l’affaire est désormais en phase finale. « L’enquête étant presque à son terme et les personnes impliquées sur le point de m’être déférées, je vais adresser sans délai une requête à la Cour d’État », écrit-il. Il justifie cette saisine par le fait que certains des mis en cause, dont les anciens maires Sabo et Babi, avaient la qualité d’officiers de police judiciaire au moment des faits. En attendant la décision de la Cour, une information judiciaire sera ouverte pour une série d’infractions graves : faux et usage de faux, escroquerie, stellionat, corruption, violations des règles d’urbanisme, détournement de biens publics, association de malfaiteurs.

Une affaire test pour la justice nigérienne…

Ce scandale foncier, qui mêle anciens élus, fonctionnaires, démarcheurs et réseaux parallèles, illustre l’ampleur du malaise dans la gouvernance urbaine à Zinder. Faut-il le souligner, Zinder n’est pas un cas isolé, cette mafia foncière est un cancer qui était en train de se métastaser jusqu’au 26 juillet 2023. Echos du Niger a déjà écrit sur un cas similaire de Gaya où un scandale foncier avec même modus operandi avait était jugé en avril dernier avec une dizaine de conseiller municipaux dans le box des accusés. C’est dire qu’au-delà de la sanction des coupables, c’est toute une pratique de gestion foncière qui est remise en cause.

Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

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