(Echos du Niger 13 août) Réunis en Assemblée générale extraordinaire (AGE), ce mardi 12 Août 2025 à Niamey, l’ordre des Avocats du Niger s’est insurgé contre la décision des autorités de dissoudre les syndicats du secteur de la justice ainsi que les propos tenus par le ministre Alio Daouda pour motiver cette décision et qui sont de nature à “jeter à la vindicte populaire”, les acteurs du système judiciaire dont il est le premier garant. Le Barreau a saisi l’occasion pour dénoncer la répétition des atteintes aux libertés fondamentales ainsi qu’à l’immixtion du politique dans le système judiciaire, des “dérivent graves qui fragilisent le système judiciaire nigérien”. En guise de protestation, les Avocats nigériens ont décidé de déposer la Robe pour les jeudi 14 et vendredi 15 août pour, entre autre, à la cessation immédiate de toutes les violations des droits de citoyens et des libertés fondamentales; condamner toute forme d’ingérence politique dans l’administration de la justice, exiger le rétablissement des syndicats de la justice suspendus ainsi qu’appeler le ministère de la justice au dialogue social avec l’ensemble des acteurs du secteur judiciaire, seule voie pour résoudre les maux qui assaillent la justice nigérienne selon l’Ordre des avocats.
Les avocats nigériens sont en colère et haussent le ton pour le faire savoir! La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été visiblement la dissolution par le ministère de l’Intérieur, de tous les syndicats du secteur de la justice et surtout le dernier point de presse du ministre de la justice qui a suivi pour expliquer les raisons qui ont motivé les autorités à prendre cette décision des plus radicales. Dans la déclaration publiée ce mardi à l’issue de l’Assemblée générale extraordinaire (AGE) qui a été spécialement convoquée pour se pencher sur la question, l’Ordre des avocats du Niger a rappeler que lors de ce point de presse animé le vendredi 08 Août dernier, le Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme a tenté de justifier “les arrêtés illégaux” en date de 7 aout 2025 portant dissolution des syndicats du secteur judiciaire. Selon le Barreau nigérien, “ces décisions ne comportent aucune motivation et par cet exercice empreint de condescendance, le Ministre de la justice visait à “jeter à la vindicte populaire les acteurs judiciaires concernés dont il devrait être le premier garant”.
En effet, déplore l’Ordre, en plus d’expliquer sans pouvoir justifier les arrêtés de dissolution des syndicats du secteur judiciaire, il s’arroge la police du parquet gendarme en menaçant les responsables desdits syndicats de poursuite. “Par ces actes d’une gravité sans précédent, le Ministre de la justice assume avec gloire et éclat la compromission de la liberté syndicale, l’indépendance de la justice, la liberté d’expression et même le droit à la défense dans une certaine mesure”, dénoncent les avocats nigériens pour qui, “le point de presse alarmant du Ministre de la justice ne peut que susciter la réaction du Barreau du Niger, gardien de l’indépendance de la justice et sentinelle traditionnelle des droits et libertés”.
Le Barreau alerte sur les “dérives autoritaires”…
C’est pourquoi, réuni en Assemblée Générale extraordinaire ce Mardi 12 Août 2025, l’Ordre des Avocats du Niger qui rappelle que depuis plusieurs mois, il alertait sur “les dérives graves qui fragilisent notre système judiciaire et sapent les fondements mêmes de l’Etat de droit”, a cru bon de revisiter ce qu’il a qualifié de “tableau sombre des violations répétées des droits humains constamment décriées”. Il s’agit notamment du refus d’assistance aux justiciables devant certaines instances; des Interpellations illégales et les détentions extrajudiciaires dans les locaux de la DGDSE et de la résistance et l’entrave à l’exécution de certaines décisions de justice.
Ainsi, poursuit le Barreau, par ces actes, “le pouvoir s’écarte des valeurs de l’État de droit et ravive les pratiques arbitraires d’un passé sombre que le peuple nigérien croyait à jamais révolu”. Pire, est-il ajouté dans la déclaration, “la répression s’exerce avec une sélectivité inquiétante lorsque le pouvoir se montre d’une célérité implacable pour dissoudre des organisations ou raser les habitations de citoyens vulnérables et dans le même temps affiche une lenteur coupable à sanctionner les crimes économiques les plus graves”. Par ailleurs, souligne l’Ordre des avocats, “une sanction déguisée, totalement illégale en violation flagrante du principe d’inamovibilité a été prise”.
Curieusement, poursuit le barreau, “le Ministre de la Justice a tenté de justifier ladite décision alors même qu’il ne saurait ignorer en homme averti, que la critique contre une décision de justice ne se fait pas à travers les médias mais par l’exercice des voies de recours”. Et d’ajouter qu’en prononçant la dissolution des syndicats du secteur de la justice, “le pouvoir vise à réduire au silence ceux qui, par leur mission, garantissent l’indépendance de la justice et assurent le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire”.
Pour l’ordre des avocats, cette décision, contraire à la Charte de la Refondation, aux Conventions 87 et 98 de l’OIT et à la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, “marque un recul d’une gravité sans précédent”. Au regard de tout ce qui précède, le Barreau qui a réaffirmé sa fidélité à sa vocation a tenu à dénoncer, “avec fermeté les interpellations illégales, les détentions extrajudiciaires et autres pratiques arbitraires qui font peser une menace grave sur l’Etat de droit et la sécurité juridique et judiciaire au Niger”, condamner “toute forme d’ingérence politique dans l’administration de la justice, en particulier les mutations arbitraires visant à sanctionner les magistrats pour leurs décisions, actes qui portent atteinte à l’indépendance de la justice et à la séparation des pouvoirs” et réclamer “le rétablissement immédiat et sans conditions des syndicats du secteur judiciaire dans l’intégralité de leurs droits, prérogatives et libertés syndicales, conformément aux engagements nationaux et internationaux souverainement souscrits par le Niger”.
Les avocats en grève de protestation…
Dans la même lancée, l’Ordre des avocats a réaffirmé “avec force” son engagement indéfectible à défendre, partout et en tout temps, les droits humains essentiels, garants d’une justice indépendante et équitable ainsi que d’un État de droit véritable et vivant, tout en affirmant sa solidarité totale avec toutes les victimes de ces atteintes, et se dit résolument prêt à s’engager pour la réhabilitation de leurs droits. Il a également appelé à “la cessation immédiate de toutes les violations des droits de citoyens et des libertés fondamentales” avant de rappeler au Ministre de la Justice que “le dialogue social avec les acteurs du secteur judiciaire est la voie la plus indiquée pour résoudre les maux qui assaillent la justice nigérienne”. Enfin, last but not the least, les avocats nigériens ont décidé de poser la robe les Jeudi 14 et 15 Août 2025 comme indiqué dans la déclaration signée par le Bâtonnier, Me Oumarou Sandra KADRI et qui a été lue publiquement lors de l’Assemblée générale des avocats.
Pour rappel Le Ministre de la justice Aliou Daouda a dans un point de presse animé le vendredi 08 août expliqué les motifs de la dissolution des syndicats du secteur de la justice notamment le puissant syndicat des magistrats, le SAMAN ainsi que le SNAJ, le SYNCAT et l’UMAN. Selon le garde des Sceaux »la justice ne saurait s’accommoder de structures mettant en avant les intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général ».

