(Echos du Niger 6 août) L’affaire du chef de katiba libyen Bahridine Medouane Rifi “Barhadine”, interpelé en juillet dernier par les forces de sécurité nigériennes près de Tesker, dans la région de Zinder, sera probablement l’un des sujets qui seront abordés au cours des échanges entre les autorités nigériennes et tchadiennes, au cours de la visite officielle de travail qu’effectue, ce mercredi 06 août 2025, le Président tchadien, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, à Niamey. Depuis son interpellation, en compagnie d’une vingtaine de ses éléments, puis son transfert à Niamey pour les besoins des investigations par les services compétents, beaucoup de choses ont été dites sur cette affaire qui est loin d’avoir livrée tous ses secrets. Parallèlement, elle donne lieu à d’importantes tractations entre Niamey, N’Djaména et les autorités de Benghazi d’autant que bien qu’il soit de nationalité libyenne, “Bahridine” est de mère d’origine nigérienne et de père tchadien et surtout, loin de ce que certaines suppositions tendancieuses tentent jusque-là de faire croire.
Les faits d’abord! Le 13 juillet dernier, aux environs de 13h, les éléments de la Brigade Territoriale de gendarmerie de Tesker ont procédé, sur la base de renseignements, à l’interpellation de cinq (05) véhicules avec à leur bord, vingt-une (21) personnes, parmi lesquelles, Barhadine Medoun Refi, un chef de groupe armé opérant principalement en Libye, dans la zone frontalière avec le Niger et l’Algérie. Selon les premiers éléments de l’enquête dévoilés par les sources sécuritaires, suspects es individus ont été appréhendés à 20 km au nord de Tesker, dans la région de Zinder, et lors des fouilles de leurs véhicules, deux (02) pistolets automatiques ont été retrouvés par la patrouille de gendarmerie.
D’après les mêmes sources, après une nuit dans les locaux de la brigade territoriale de gendarmerie de Tesker, ils ont été acheminés le 14 juillet à Zinder et mis à la disposition de la section des recherches de la Gendarmerie de Zinder. C’est lors du contrôle d’identité qu’il a été découvert que leur chef, ayant donné une fausse identité, n’était autre que “Barhadine” Medoun Refi, activement recherché en Libye pour son implication présumée dans une série d’attaques.
À la suite des premières investigations, la décision a été prise de les acheminer sous bonne escorte à Maradi le 16 juillet puis le lendemain à Niamey pour un complément d’enquête sur les motifs réels de leur présence au Niger. Le chef du groupe, “Barhadine”, a lui été embarqué à partir de Maradi dans un vol spécial vers Niamey, où il a retrouvé le reste de sa bande. Depuis, ils sont aux mains des services compétents pour faire la lumière sur cette affaire.
Qui est Barhadine Medoun Refi, le Chef de Katiba libyen au cœur de l’affaire ?…
L’interpellation au Niger, et à des centaines de kilomètres de sa zone d’opération, de “Barhadine” et de ses éléments a surpris beaucoup de monde et surtout ceux qui le connaissent bien. De nationalité libyenne mais dont la mère est d’origine nigérienne et le père tchadienne, est connu pour avoir participé à la révolution du 17 février 2011 en Libye. Lors de la guerre civile qui a suivi la chute du “Guide libyen”, Barhadine avait d’abord servi dans une Brigade de Benghazi avant de s’installer à Sebha dans une nouvelle unité surnommée « Chouhada Oumran« . Par la suite, il a mis en place une autre compagnie appelée « Ahrar Fazzan« , toujours à Sebha, dans le sud libyen.
D’après ses proches et des spécialistes de la question, c’est son groupe qui contrôlait quasiment, avec l’accord et même la bénédiction des autorités de Benghazi, les frontières avec le Niger et l’Algérie et à ce titre, plusieurs groupes de trafiquants d’armes en route vers le Niger et ceux de drogue venant du Niger ont été neutralisés par ses éléments. La preuve est confirmée par plusieurs reportages par des médias internationaux, qui ont suivi les activités de la katiba de “Barhadine” dans cette Libye post-Kaddafi qui était devenue un véritable no man’s land en l’absence de véritable Etat qui contrôle le pays. A ce titre, son groupe ou “Katiba” a joué un rôle important dans la sécurisation de ce vaste territoire où opèrent des trafiquants de tout acabits.
Des témoignages de migrants, également disponibles sur la toile, témoigne du soutien apporté par les éléments de “Barhadine”, à plusieurs convois de migrants en détresse ainsi que l’interpellation de plusieurs trafiquants de migrants, d’armes et de drogues qui ont été remis par la suite aux autorités libyennes de Benghazi, sous le couvert de qui, la Katiba agissait comme confirmé par les autorités de Sebha. Dans les reportages susmentionnés, des victimes de trafics notamment des migrants nigériens témoignent du reste de l’appui qui leur a été apporté par le Chef de la Katiba qui est également connu pour sa générosité envers les migrants surtout nigériens pris dans l’enfer du désert et des trafiquants.
Selon ceux qui l’ont croisé, lorsqu’il assumait des responsabilités dans la ville de Sebha, il a toujours bien traité les migrants Nigériens qui sont réputés être des musulmans pacifistes. Beaucoup des Nigériens ont bénéficié de Bahridine quand il avait le vent en poupe. Certains témoignages des Nigériens que nous avons recueillis sont édifiants sur le traitement qui leur a été réservé.
Comment a t-il été arrêté et pourquoi s’est-il retrouve t-il au Niger ?…
Des sources bien au parfum de la situation dans la zone affirment que Barhadine était, depuis plusieurs années, le véritable verrou qui protégeait le sud libyen contre les trafiquants. Et selon certaines sources, il avait été mandaté par les autorités libyennes de l’époque pour sécuriser les frontières sud de la Libye. Comment alors expliquer sa présence au Niger, loin de sa base d’opération et surtout l’avis de recherche lancée par les autorités libyennes à son encontre ?
Il faut reconnaître que ces derniers temps la situation sécuritaire dans le sud libyen est quasiment incertaine en raison de la domination et l’influence progressive de l’armée nationale libyenne dirigée par le maréchal Haftar et ses fils. Selon notre propre enquête, Bahridine avait été récemment dépouillé de son arsenal militaire à Sebha en même temps que la “Katiba 128” qui a été dissoute et serait traqué et recherché par l’armée du maréchal Haftar. C’est sans doute ce qui explique sa venue au Niger pour passer du temps en milieu nomade et se mettre à l’abri. Bahridine n’est pas armé comme le démontrent les premières investigations. Il serait venu en homme cherchant refuge dans un Niger connu pour son hospitalité légendaire. Bien que certaines sources affirment qu’au regard de la coopération militaire entre le Conseil National pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) et le gouvernement de L’est libyen, Bahridine pourrait être remis à la longue à Benghazi mais cette hypothèse est peu probable vu que le Niger est un État de droit et que jusque-là, les procédures normales ont été respectées.
Il y a quelques semaines, le chef d’état-major de l’Armée nationale Libyenne (ANL), le général Saddam Haftar, a séjourné au Niger où il a rencontré les principaux membres du CNSP notamment le Président de la République, le Général Abdourahamane Tiani ainsi que les ministres en charge de la Défense et de l’Intérieur. En juillet, le patron de l’ANL était à Ndjaména où il a également eu des échanges avec le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Le cas “Bahridine” a été certainement l’un des sujets au cœur de ces échanges et nul doute qu’il le sera encore lors de la rencontre prévu ce mercredi à Niamey, entre le Président Tiani et son homologue tchadien.
En attendant, les investigations se poursuivent au Niger mais les informations déjà recueillis battent en brèche certaines suppositions tendancieuses qui visent à imputer au chef de la katiba libyenne, la responsabilité de certaines attaques survenues dans le nord du Niger. Certains vont jusqu’à affubler qu’il serait impliqué dans plusieurs opérations sur les bandes frontalières avec le Niger et l’Algérie mais aussi d’avoir planifié l’enlèvement du préfet de Bilma et de ses collaborateurs le 21 juin 2024. Un rapt qui a été pourtant revendiqué officiellement par un mouvement politico-rebelle qui n’a pas fait mystère de ses revendications.
“Barhadine” est certes un chef d’un groupe armé libyen qui a beaucoup contribué à sécuriser la frontière entre la Lybie, le Niger et l’Algérie avec plusieurs faits d’armes à succès à l’actif de sa “Katiba”, et avec la bénédiction des autorités de Benghazi dont il a servi les intérêts pendant de longues années. Ces derniers temps, il était devenu un chef dépouillé de sa gloire suite à une mésentente avec le clan du maréchal Khalifa Haftar et recherché, il s’est refugié au Niger où interpellé par les FDS sans véritable intention de nuire puisque ne disposant pas d’arsenal de guerre et s’étant rendu sans résistance avant de coopérer sans difficultés avec les services nigériens. Les investigations se poursuivent et nous y reviendrons sur cette affaire qui est loin d’avoir tirer son épilogue au regard de l’enjeu stratégique et diplomatique dont est désormais devenu “Bahradine”…
A.Y.B (lesechsoduniger.com)

