(Echos du Niger 14 juillet 2025) L’ancien président nigérian Muhammadu Buhari est décédé ce dimanche 13 juillet à Londres, où il était hospitalisé depuis plusieurs semaines pour une maladie non révélée. L’annonce a été faite par la présidence nigériane, précisant que la dépouille sera rapatriée “dans les plus brefs délais” pour des funérailles musulmanes dans son fief de Daura, dans l’État de Katsina. Buhari, figure centrale de la politique Nigriane était un Grand ami du Niger.
Né le 17 décembre 1942, Muhammadu Buhari s’engage dans l’armée en 1961 et gravit rapidement les échelons. Major-général, il prend le pouvoir le 31 décembre 1983 à la faveur d’un coup d’État qui renverse le président civil Shehu Shagari. Sa junte impose une discipline de fer, baptisée “War Against Indiscipline, mais est elle-même balayée en août 1985. Cette première parenthèse marque durablement sa réputation d’homme austère, intransigeant, et nationaliste.
Trois décennies plus tard, Buhari revient par les urnes. Son élection historique en mars 2015, première alternance démocratique du Nigeria, repose sur une triple promesse : vaincre Boko Haram, assainir les finances publiques et relancer l’économie. S’il engrange quelques succès militaires initiaux contre l’insurrection dans le Nord-Est, son double mandat (2015-2023) est assombri par la profonde récession de 2016, la contestation du mouvement #EndSARS en 2020 et les polémiques sur ses longues absences médicales à l’étranger. Il se retire du pouvoir en mai 2023, laissant une image contrastée, partagée entre son éthique anticorruption et un bilan socio-économique jugé décevant par de nombreux Nigérians.
Un Grand ami du Niger…
Les liens de Muhammadu Buhari avec le Niger furent constants. Dès juin 2015, il effectue sa toute première visite présidentielle à Niamey pour sceller avec Issoufou Mahamadou une offensive régionale contre Boko Haram, préfigurant la montée en puissance de la Force multinationale mixte du bassin du lac Tchad, à laquelle participe fortement Niamey.
Sur le plan économique, son gouvernement signe en 2018 un protocole d’accord pour un oléoduc et une raffinerie transfrontalière ainsi que, en 2020, le contrat du chemin de fer Kano-Katsina-Maradi destiné à doper les échanges commerciaux entre les deux pays. Buhari, dont la ville natale de Daura n’est qu’à une vingtaine de kilomètres de la frontière nigérienne, revendiquait des attaches historiques et culturelles avec le Niger. En juillet 2023, il se disait “choqué” par le coup d’État qui a renversé le président Mohamed Bazoum et plaidait pour la restauration de l’ordre constitutionnel.
Les hommages affluent : le président Bola Tinubu a salué “un patriote qui a dédié sa vie à la nation”, tandis que des responsables nigériens rappellent “un frère stratégique” ayant “renforcé la coopération sécuritaire et les liens de sang” entre Abuja et Niamey. Un deuil national de sept jours a été décrété au Nigeria. Les chefs d’État de la région sont attendus pour la prière funéraire à Daura, témoignage de l’influence durable de Muhammadu Buhari sur l’équilibre politique et sécuritaire en Afrique
Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

