Incinération de drogue et produits prohibés par les autorités de Gaya

Gaya : incinération record de drogues preuve d’une contrebande de plus en plus inquiétante à la frontière avec le Bénin

Contrebande Criminalité

(Echos du Niger 30 juin) A Gaya, localité frontalière du Niger avec le Benin, les saisies de drogue et autres substances prohibées sont devenues monnaies courantes. Cependant, l’ampleur du phénomène prend des proportions plus qu’inquiétantes. En marge de la Journée Internationale de la Lutte contre l’abus et le trafic illicite de drogue, célébrée en différé ce dimanche 29 juin à Gaya (en lieu et place du 26), les autorités locales ont procédé à l’incinération d’une quantité colossale de produits stupéfiants. D’une valeur marchande estimée à plus de 333 millions de francs CFA, ces saisies constituent un signal d’alarme sur l’évolution du trafic dans cette zone stratégique pour la sécurité et l’économie du pays.

La cérémonie, présidée par le préfet du département, le chef d’escadron Moussa Saley, a réuni les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), les autorités judiciaires, les chefs coutumiers et la population du Dendi. Au total, 292 briques de cannabis, 1 406 cornets, 47 boules, près de 180 000 comprimés de diazepam, 18 774 gélules de tramadol, 4 904 comprimés d’Exol, 12 cartons de cigarettes frelatées et plus de 3 000 autres comprimés jugés dangereux ont été flagré.

Selon le procureur de Gaya, Chaibou Issa, 190 personnes ont été arrêtées entre juin 2024 et juin 2025 dans le cadre de ces affaires. Une statistique révélatrice de l’enracinement du phénomène dans le tissu local. La variété et la quantité des drogues saisies traduisent l’existence d’un réseau structuré, opérant avec une régularité qui inquiète.

« La jeunesse est la principale cible de cette marchandise », a déploré le préfet, appelant à une vigilance accrue. Il a salué le rôle crucial des FDS, mais aussi l’implication des leaders communautaires dans la lutte contre ce fléau. Pour lui, les ravages de la drogue dépassent le simple cadre sanitaire, ils sapent les fondements économiques, sociaux et familiaux du département.

Mais au-delà du constat, un malaise s’installe. Comment expliquer la progression fulgurante du trafic dans cette zone du sud du Niger ? Qui alimente ces réseaux ? Si l’on en croit plusieurs acteurs sécuritaires locaux, cette contrebande massive pourrait nourrir une économie parallèle qui va bien au-delà du narcotrafic.

Avec sa position frontalière avec le Bénin, le département de Gaya se trouve sur une route stratégique du commerce licite, mais aussi illicite. La porosité de cette frontière induite en grande partie par le trafic fluvial peu contrôlé par la police et la douane favorise l’enracinement de réseaux qui, à terme, pourraient alimenter les groupes armés actifs dans la région. De nombreuses analyses font aujourd’hui le lien entre trafic de drogues, armes légères et financement du terrorisme. Une hypothèse encore difficile à documenter localement, mais que l’intensité des flux illicites semble renforcer.

Il devient donc urgent de passer d’une approche réactive (saisies et incinérations) à une stratégie proactive de démantèlement des réseaux, de coopération transfrontalière et de réinsertion des jeunes exposés. Car si rien n’est fait, la drogue pourrait devenir le carburant silencieux d’une insécurité rampante, au cœur d’un département longtemps épargné par les violences armées mais désormais exposé.

Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

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