Comment ils ont assassiné la société civile…

Editorial Opinion/Tribune Société

(Editorial de Soumana I. Maïga, Quotidien L’Enquêteur du Vendredi 27 Juin 2025)

Le spectacle est devenu tristement familier. Des figures de la société civile, hier chantres de la vertu et pourfendeurs du pouvoir, se muent aujourd’hui en ses plus zélés courtisans. Sous le masque de l’activisme se cache trop souvent le visage de l’ambition personnelle, transformant des organisations prétendument citoyennes en simples tremplins vers les palais de la République. Le récent théâtre politique orchestré par certains mouvements n’est que le dernier symptôme d’une pathologie profonde : la déliquescence de l’idéal de contre-pouvoir.

Comment peut-on encore parler de « société civile » lorsque ses leaders, à la première opportunité, troquent leur indépendance pour un portefeuille ministériel ou un poste de conseiller ? Ces entités, que l’on pourrait désormais qualifier de « société captive » ou de « syndicats d’opportunistes », perdent toute crédibilité. L’on assiste à une privatisation de l’engagement citoyen au profit de carrières individuelles. Leur indignation devient sélective, leur silence complice. Hier, ils dénonçaient la mauvaise gouvernance avec une ferveur qui semblait inébranlable ; aujourd’hui, installés dans les salons du pouvoir, ils en sont les propagandistes, justifiant l’injustifiable et chassant en meute les « ennemis » désignés par leurs nouveaux maîtres.

Cette métamorphose cynique a un coût dévastateur. Elle érode la confiance des citoyens, déjà mise à rude épreuve, envers toute forme d’engagement collectif. À force de voir ces prétendus garde-fous devenir les ‘’chiens de garde’’ du régime, le peuple finit par mettre tous les acteurs dans le même sac. Une question cruciale demeure : qui finance ces tournées nationales et ces campagnes de communication dignes d’un parti au pouvoir ? Le silence assourdissant qui répond à cette interrogation est un aveu. En refusant la transparence sur leurs propres moyens, ces organisations disqualifient leur prétention à en exiger des autres.

Au final, ces associations de la société civile satellisée, instrumentalisée, soumise, n’apportent aucune plus-value au développement national. Elles ne sont que les instruments d’une promotion personnelle éhontée. Loin de servir le peuple, elles se servent du peuple comme d’un marchepied pour atteindre les sommets de l’État. En violant le socle fondamental de toute société civile qui est son indépendance absolue vis-à-vis du pouvoir, ces activistes devenus courtisans ne trahissent pas seulement leur propre engagement ; ils assassinent l’idée même d’une société civile forte, garante de l’intérêt général. Le véritable tribunal, celui de l’Histoire et de la conscience citoyenne, saura reconnaître ces acteurs de la duplicité.

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