(Echos du Niger 23 juin) Les délestages électriques à peine contrôlés avec le rétablissement de la ligne132 KVA Birnin Kebbi le vendredi dernier, la Nigelec refait surface dans le débat public avec cette fois ci, une déclaration aux allures d’un meeting de parti politique. Assurément, il a fallu que le gouvernement annonce leur éjection du capital de la société au même titre que la Sonibank et l’AFD pour que les agents de la NIGELEC rompent un silence pluri-décennal à l’ombre de privilèges énergétiques et professionnels. Dans une déclaration rendue publique ce lundi, la Fédération des organisations des travailleurs de la NIGELEC (FOTN) ont pris acte de la décision du Conseil des ministres du 19 juin tout en rejetant les raisons avancées par l’Exécutif pour justifier son acte. Ils ont également pour la 1ere fois cru devoir fustiger les attaques légitimes dont leur société fait l’objet en clarifiant les véritables causes du déséquilibre financier qui plombe le secteur de l’électricité au Niger. Fait majeur, ces agents se disent favorable à la suppression de la redevance ORTN, une taxe qui suscite un débat dans les médias depuis quelques années.
Tout part de l’Emission Grand Débat de la RTN récemment diffusé sur le sujet « problème de fourniture d’électricité à Niamey et dans les autres villes du Niger, pourquoi le délestage ? » diffusée le 17 juin avec pour objectif d’éclairer la population sur les délestages dans la zone fluviale. Suite à cette émission, les agents de la NIGELEC se sont indignés du fait que cette initiative ait été selon eux détournée par des propos jugés diffamatoires, émanant du journaliste présentateur de l’émission qui affirment-t-ils enfreint à l’éthique professionnelle. Les agents de la NIGELEC n’ont pas épargné même leur collègue en l’occurrence le Directeur de l’Energie au ministre de l’Energie. Ce dernier, selon les auteurs de la déclaration aurait été promu secrétaire général du ministère de l’Énergie dès le lendemain du débat, ce qui suscite des soupçons de manœuvres politiques.
Mais le cœur de la déclaration réside dans la défense des agents face aux accusations portant sur leurs avantages jugés excessifs par l’opinion. Les signataires réfutent fermement que ces avantages soient à l’origine des difficultés financières de la société contrairement ce qui put être indiqué lors de l’émission en question. À leurs yeux, les causes sont ailleurs, et multiples.
Parmi elles figure en premier lieu le recours massif à la production thermique depuis les sanctions imposées par la CEDEAO en août 2023, jusqu’à février 2024. Cette production, combinée aux pannes de pylônes en mai et juin 2025, a entraîné un coût moyen de production du kWh de 198 francs, contre un prix de vente de seulement 96 francs – un écart intenable.
S’ajoute à cela un lourd fardeau d’impayés de l’État et de ses démembrements, qui s’élèverait à plus de 40 milliards de FCFA, forçant la NIGELEC à contracter des découverts permanents pour un montant total dépassant les 5 milliards de FCFA.
Face à cette situation, les agents formulent plusieurs recommandations : à savoir doter la NIGELEC de moyens de production suffisants pour couvrir la demande ; honorer les dettes de l’État envers la société, et surtout supprimer plusieurs taxes sur les factures d’électricité, notamment la redevance ORTN, la taxe d’habitation, la taxe spécifique sur l’électricité et les timbres fiscaux. Au total, ces taxes représenteraient une charge de plus de 9 milliards de FCFA pour les consommateurs en 2024.
Cette sortie des agents de la NIGELEC met en lumière les enjeux profonds de la souveraineté énergétique au Niger et appelle à un sursaut étatique pour sortir le pays de l’ombre.
Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

