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Energie: le Niger s’accapare du contrôle total de la Nigelec, la principale société publique d’électricité

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(Echos du Niger 29 juin) Le gouvernement nigérien a décidé, lors du Conseil des ministres du jeudi 19 juin 2025, de nationaliser la Nigérienne d’Électricité (NIGELEC SA), la Société Anonyme d’économie mixte ayant pour mission la production, le transport et la distribution d’électricité au Niger. La Société, dont le capital social est détenu par l’Etat  à plus de 99 % des actions, fait face depuis plusieurs années à de graves dysfonctionnements de gestion, ce qui s’est traduit par des prestations en deçà des attentes de l’Etat et surtout des consommateurs comme en témoigne les récurrents délestages constatées ces dernières années notamment en période de haute chaleur. Ainsi, à travers la nationalisation de la principale société d’électricité du pays, les autorités éjectent les autres acteurs ultra-minoritaires notamment l’Agence Française de Développement (AFD), ce qui permettra de lui donner un nouveau souffle et surtout une nouvelle orientation stratégique dans un contexte de quête de souveraineté énergétique. C’est en ce sens du reste que le gouvernement vient d’adopter le Document du Compact Énergétique National du Niger (DCEN/N)  qui vise à développer et accélérer l’accès des populations aux services énergétiques, notamment l’accès à l’électricité et aux solutions de cuisson propre conformément à la Déclaration de Dar Es Salam.

Selon le Projet d’ordonnance portant nationalisation de la Société Nigérienne d’Électricité (NIGELEC SA) adopté par le Conseil des ministres, présidé par le Chef de l’Etat, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, le gouvernement a rappelé que la NIGELEC,  Société Anonyme d’économie mixte de production, de transport et de distribution d’électricité au Niger, dispose d’un capital social est estimé à 76.448.870.000 F CFA, détenu par l’Etat Nigérien à plus de 99 % des actions. Les autres actionnaires qui détiennent les moins de 1% du tour de table de la société sont constitués du personnel de la NIGELEC; de la Société Nigérienne de Banque (SONIBANK); de l’Agence Française de Développement (AFD); de la Banque Internationale pour l’Afrique (BIA-NIGER) et des villes de Niamey, de Zinder, de Maradi et de Tahoua.

Des dysfonctionnements qui ont fait de la NIGELEC, une société défaillante

Entreprise stratégique par excellence, la NIGELEC a connu de multiples réformes en vue de la rendre plus performante, y compris des tentatives de privatisation dans les années 1990, sans grand succès”, selon le gouvernement. En effet, est-il précisé dans le communiqué publié à l’issue du Conseil, la NIGELEC rencontre depuis plusieurs années, des difficultés financières nonobstant des investissements de plusieurs milliards réalisés par l’Etat en vue de rétablir son équilibre financier. “Elle affiche actuellement un déficit budgétaire qui affecte sa crédibilité à l’égard de ses créanciers, des investisseurs et de ses clients”, déplore le gouvernement qui précise également qu’en dépit de ce sombre tableau, “la NIGELEC persiste à servir à son personnel des avantages exorbitants notamment un abattement de 90% sur leur consommation d’électricité, des cadeaux, une prime de treizième mois et une prime d’intéressement au résultat et des acomptes spéciaux”.

Selon le gouvernement, face à cette situation financière alarmante, “l’Etat du Niger a décidé de procéder à la nationalisation de cette société, ce qui lui donnerait une plus grande maîtrise de la gestion et permettrait une meilleure orientation de la politique et des décisions en matière d’électricité”. Ainsi, par cette nationalisation, les actions et le patrimoine de la NIGELEC sont intégralement transférés, en toute propriété, à l’Etat du Niger. Les détenteurs d’actions transférées à l’Etat bénéficient d’une indemnité en compensation des actions détenues dans le capital de la NIGELEC. Par ailleurs, est-il précisé, le Conseil d’Administration de la NIGELEC est dissous.

Un nouveau cap pour relever les défis et accompagner la souveraineté énergétique du pays

A travers cette décision, le gouvernement nigérien assume désormais le contrôle total de la NIGELEC. Il faut dire que depuis des années et face à l’amplification des dysfonctionnements qui se traduisent par des lacunes en matière de prestation notamment l’approvisionnement régulier du pays en énergie, la société avait besoin d’un nouveau souffle. Cependant, comme l’a relevé le gouvernement, les réformettes entreprises jusque-là n’ont pas permis d’impulser la dynamique nécessaire à la société qui, à sa décharge, dépend en grande partie des investissements de l’Etat en matière notamment de disponibilité d’énergie.

Jusqu’aux évènements du 26 juillet 2023 et l’avènement des militaires du CNSP au pouvoir, le pays dépendait à plus de 70% du Nigeria pour la fourniture d’énergie que la NIGELEC se chargeait de transporter et distribuer à ses clients. Conséquence, le pays fait face régulièrement et chaque année, surtout en période de canicule donc de grande consommation, à des délestages en série en raison du déficit criant de la production nationale. Malgré les investissements réalisés par l’Etat ces dernières années avec la réalisation d’infrastructures énergétiques notamment des centrales thermiques et solaires, l’offre n’a pas suivi la demande qui n’a fait qu’exploser d’année en année.

Alors que les autorités de la Refondation, sous l’égide du CNSP, se sont engagées dans une véritable quête de souveraineté énergétique, le changement de cap s’est imposé de lui-même à la NIGELEC et en ce sens, la prise de contrôle total du tour de la table de la société s’explique largement. Il reste qu’avec cette décision, la pression va s’accentuer sur l’Etat qui a désormais la lourde responsabilité de conduire la stratégie d’auto-suffisance énergétique du pays qui regorge d’énormes potentiels en matière de ressources naturelles pour rehausser considérablement sa production d’énergie en misant notamment sur les énergies renouvelables.

Une nouvelle stratégie pour accélérer l’accès des populations aux services énergétiques

C’est certainement conscient de ces défis et surtout des attentes des populations que le gouvernement nigérien a lors du même Conseil des ministres, adopté le Projet de décret portant adoption du Document du Compact Énergétique National du Niger. Il s’agit d’une série de plans et d’actions à mettre en œuvre pour développer et accélérer l’accès des populations aux services énergétiques, notamment l’accès à l’électricité et aux solutions de cuisson propre conformément à la Déclaration de Dar Es Salam.

Selon le gouvernement, l’objectif global est d’amener les pays du continent à s’entendre et à souscrire à un ensemble commun de mesures et de réformes nécessaires pour garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes à un coût abordable d’ici 2030. Le compact énergétique national comprend trois (3) principaux axes qui visent à accroître l’accès à l’électricité et à des solutions de cuisson propre; augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique et rehausser le montant des capitaux privés mobilisés pour la réalisation de projets structurants du secteur.

Les objectifs spécifiques visés sont d’améliorer l’offre de production, de transport et de distribution d’énergie électrique; d’augmenter l’accès à l’électricité à un rythme annuel de 14% pour atteindre un taux de 60% en 2030; d’ augmenter l’accès à une cuisson propre à un rythme annuel de 12% d’ici 2030 ainsi que de rehausser la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique avec un objectif de 30% du mix, en 2030 et de booster les capitaux privés pour l’atteinte de ces objectifs. “Le  projet de décret a pour objet l’adoption du document du Compact Énergétique National comme document de référence pour l’accélération de l’accès aux services énergétiques dans notre pays”, a indiqué le gouvernement nigérien.

AY Barma(lesechosduniger.com)