Ancien siège sociale de la Somair à Niaamey

Somaïr : Le Niger reprend la main sur son uranium

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(Echos du Niger 20 juin) Dans une décision historique, le Conseil des ministres a adopté, ce jeudi, un projet d’ordonnance portant nationalisation de la Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR SA) filiale d’Orano, principal acteur de l’exploitation de l’uranium à Arlit depuis plus de cinq décennies. Le Niger affirme ainsi sa souveraineté sur une ressource stratégique longtemps dominée par des intérêts extérieurs, notamment ceux du groupe français Orano.

Créée en 1968, la SOMAÏR exploitait l’uranium depuis 1971 à Arlit, dans la région d’Agadez. Jusqu’ici, la société était détenue à 63,40 % par Orano et à 36,60 % par la Société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN). Un déséquilibre capitalistique qui s’est traduit dans la pratique par une prédominance écrasante d’Orano sur l’orientation stratégique de l’entreprise.

La production totale commercialisée depuis 1971 s’élève à 80 518 tonnes d’uranium (TU), dont 86,3 % ont été enlevées par Orano, contre seulement 9,2 % pour SOPAMIN, en contradiction flagrante avec le principe d’enlèvement au prorata des parts sociales. Ce déséquilibre alimente de vives interrogations sur la transparence et l’équité dans la gestion des ressources minières nationales.

La rupture entre l’État du Niger et Orano s’est accélérée depuis le changement de régime survenu le 26 juillet 2023. La partie française a multiplié les actes de rupture : retrait unilatéral de ses ressortissants, tentatives répétées de mettre fin à l’exploitation, coupure du système informatique de la société, résiliation des licences, et même tentative de cession de ses parts. Pire encore, Orano a porté plainte contre le Niger devant le CIRDI, le 20 janvier 2025, arguant avoir « perdu le contrôle » de la SOMAÏR.

Dans le même temps, Orano a cessé les travaux de réhabilitation sur le site de la COMINAK, fermé depuis 2021, en violation des obligations environnementales légales.

Face à ce qu’il qualifie de « comportement illégal, irresponsable et déloyal », le gouvernement nigérien justifie la nationalisation par un impératif de souveraineté, de justice économique et d’intérêt national. Il entend garantir une gestion plus transparente, durable et équitable de la SOMAÏR. Les actions et les actifs de la société sont désormais intégralement transférés à l’État nigérien, avec indemnisation des ex-actionnaires, notamment pour les obligations environnementales non remplies.

Le Conseil d’administration est dissous, mais la direction générale actuelle continuera à gérer la société jusqu’à la mise en place d’une nouvelle gouvernance.

Un virage géostratégique majeur…

Au-delà de l’enjeu économique, cette nationalisation marque un tournant géopolitique majeur. Le Niger à travers cette décision affirme son droit de reprendre le contrôle de ses ressources face à un partenaire jugé hostile. Une décision qui pourrait faire jurisprudence dans la relation entre les pays africains et les multinationales minières.

Mais après la souveraineté juridique, viendra le véritable défi : la souveraineté opérationnelle. Le Niger saura-t-il gérer seul une industrie aussi stratégique, technique et exposée ? L’avenir dira si cette rupture est le début d’un nouveau modèle ou d’un isolement risqué.

Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

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