Site icon

Niger : Après les accusations du général Tiani, le CICR réagit enfin à son expulsion du pays

Illustration: Garin Wanzam distribution de nourriture aux dèplacés ayant fui les attaques de groupes armés

Publicités

(Echos du Niger 7 juin)Dans un communiqué officiel ce mercredi 05 juin 2025, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a enfin réagit à la fermeture par les autorités nigériennes, fin janvier dernier, de la fermeture de ses bureaux et le rappel de son personnel expatrié du pays. Tout en disant respecter pleinement cette décision qui met fin à 35 ans de présence dans le pays en faveur des communautés, l’ONG humanitaire a déploré le fait que sa démarche pour dialoguer avec les autorités n’ait pas abouti avant de rejeter toute “collusion avec des groupes armés”, des accusations portées publiquement par le Président de la République,  le Général Tiani, lors d’un entretien diffusé samedi dernier sur les chaines publiques.

Il a fallu attendre la sortie médiatique du chef d’Etat nigérien et les accusations qu’il a portées contre l’ONG humanitaire pour que le CICR daigne enfin sortir de son silence et se prononcer sur la fermeture, fin janvier dernier, de ses bureaux au Niger. Dans son communiqué publié ce mercredi, le CICR a confirmé qu’il a été contraint de suspendre ses activités humanitaires en faveur des communautés. Et de rappeler que le ministère des Affaires étrangères du Niger a exigé par note verbale du 31 janvier 2025 la fermeture des bureaux du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le départ, sans délai, de son personnel expatrié. “Tout en respectant pleinement cette décision, le CICR est demeuré disponible pour dialoguer avec les autorités, comprendre les motifs de leur décision et y apporter toute clarification utile. Ses démarches n’ont pas abouti”a souligné l’ONG avant d’ajouter que le samedi 31 mai, le gouvernement du Niger a communiqué publiquement sur les motifs de l’expulsion du CICR en l’accusant de ‘’collusion avec des groupes armés’’.

“ Le CICR déplore cette décision qui met un terme à 35 ans d’activités humanitaires dans le pays. Au Niger comme partout ailleurs, notre priorité a toujours été et reste de venir en aide aux personnes les plus vulnérables affectées par les conflits armés en cours et ce, de manière transparente, indépendante, neutre et impartiale”, a expliqué Patrick Youssef, directeur régional du CICR pour l’Afrique.

Des accusations de collusion avec des groupes armés terroristes (GAT)

Le CICR a saisi l’occasion pour rappeler que le dialogue avec toutes les parties au conflit est son mode d’action pour mettre en œuvre son mandat strictement humanitaire. “Le CICR ne fournit jamais un soutien financier, logistique ou de toute autre nature aux parties aux conflit”, a déclaré le Directeur Afrique, Patrick Youssef. “Nous réitérons notre disponibilité à maintenir un dialogue constructif avec les autorités du Niger en vue d’une reprise de nos activités strictement humanitaires de protection et d’assistance”, a plaidé le CICR  qui a une fois de plus fait appel au bilan de ses activités dans le pays, notamment en 2024, pour appuyer ses déclarations sur l’impact de ses activités humanitaires en faveur des communautés dans le besoin.

Il convient de rappeler que  lors de l’entretien qu’il a accordé à la télévision nationale et qui a été diffusé samedi 31 mai dans la soirée,  le Général d’Armée Abourahamane Tiani a dévoilé les griefs que les autorités militaires nigériennes reprochent à l’ONG humanitaire. Selon le président nigérien, des représentants du CICR avaient participé à deux réunions à Abuja, au Nigéria, les 25 janvier et 3 février dernier, avec des “délégations française, américaine, nigériane, béninoise et ivoirienne”. Des réunions auxquelles prenaient part également des responsables de de groupes armés terroristes notamment  Boko Haram et la province de l’État Islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), selon le Président nigérien qui a révélé qu’au cours de ces rencontres, il aurait été convenu un renforcement du soutien financier, logistique et en armement à ces groupes armés terroristes (GAT), qualifiés par le Chef de l’État “d’ auxiliaires néocoloniaux des puissances impérialistes”

Et de préciser que des relais humanitaires, notamment le CICR,  auraient été désignés pour servir de circuits financiers pour acheminer ces fonds. “Pour tout soutien inférieur à un milliard de FCFA, c’est à travers le compte de la Croix-Rouge nigérienne. Pour les montants supérieurs, c’est via les Croix-Rouge du Bénin, de Côte d’Ivoire et du Nigéria”, a révélé le Patron de l’exécutif nigérien. Selon le Président Tiani, c’est suite à ces implications dans les circuits de financement du terrorisme, que les autorités nigériennes ont décidé  l’expulsion du CICR de son territoire, fin janvier dernier. Et jusque-là, l’ONG internationale, partenraire de la Croix-Rouge nigérienne, n’a pas officiellement réagit. Dans l’attente des motifs de son expulsion qui ont fini par venir des dires du chef d’Etat nigérien.

Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

Quitter la version mobile